Droits de douane : le torchon brûle entre les « 7 magnifiques » et Donald Trump

Maxime Heuze

Même le patron de Tesla, Elon Musk, s’est dit samedi favorable à la fin des droits de douane entre l’Union européenne et les États-Unis.
Reuters

Maxime Heuze

Même le patron de Tesla, Elon Musk, s’est dit samedi favorable à la fin des droits de douane entre l’Union européenne et les États-Unis.
Reuters
Les soutiens de premier ordre de Donald Trump faiblissent. « Les tensions montent entre les dirigeants de grandes entreprises et le nouveau gouvernement, à l'image des insultes proférées par Elon Musk mardi sur le proche du président, Peter Navarro », constate Eric Lafrenière, gérant spécialisé dans les actions américaines chez Sunny AM.
Une nervosité qui trouve son origine dans les conséquences désastreuses sur les cours de Bourse de valeurs technologiques des droits de douane mis en place par le républicain. Depuis l'investiture de ce dernier, le 20 janvier, le S&P 500 a perdu 17,6 %. Pis encore, l'indice technologique américain Nasdaq a chuté de 22,7 %, avec, au palmarès des plus fortes dégringolades, les « 7 magnifiques », valeurs jusqu'alors reins du marché : Apple, Alphabet, Amazon, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla.
Cette débâcle boursière n'a pourtant que très peu ému le secrétaire américain au Trésor. « Pour tous ceux qui pensent que ces baisses de marché sont entièrement dues aux politiques économiques du président, je peux vous dire que ce déclin a commencé par l'annonce chinoise de l'IA DeepSeek », a ainsi balayé d'un revers de la main Scott Bessent vendredi dernier, avant de trancher : « C'est un problème Mag-7, pas un problème Maga » (soit, respectivement, les « 7 magnifiques » et le courant « Make America Great Again », qui porte Trump). Un dédain qui a de quoi inquiéter les géants de la tech américaine alors que plusieurs d'entre eux avaient finalement rallié le candidat républicain.
Nombre des grandes entreprises américaines ont en effet été séduites par les promesses de Donald Trump de baisse de la fiscalité et de dérégulation, des mesures censées renforcer leur croissance et leurs bénéfices. Après la victoire du milliardaire, tous les économistes et analystes financiers s'attendaient à ce que la croissance économique soit dopée par le nouveau chef d'État.
Du côté des « 7 magnifiques », la proposition du républicain d'annuler le décret pour une « IA sécurisée, sûre et de confiance » a aussi pesé dans la balance. En pleine course à l'intelligence artificielle, les géants du cloud que sont Microsoft, Amazon, Google et Meta ainsi que le champion des puces Nvidia ont bien cru que cette barrière levée allait leur faire gagner beaucoup d'argent.
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Forts de cet espoir, Elon Musk, patron de Tesla, Mark Zuckerberg, patron de Meta, mais aussi les investisseurs de la tech américaine Marc Andreessen et Ben Horowitz ont affiché leur soutien au candidat républicain.
Près de trois mois après l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, force est de constater que la réalité est bien loin de leurs attentes.
Or les droits de douane sont catastrophiques pour certaines des plus grosses entreprises de la Bourse américaine. Parmi les sept, Apple pourrait particulièrement souffrir puisque le prix de ses iPhones 16, en majorité fabriqués en Chine, pourrait passer de 599 dollars à 846 dollars. De son côté, dans une lettre envoyée au bureau du représentant américain au commerce en mars, Tesla expliquait craindre que les droits de douane « nuisent par inadvertance aux entreprises américaines ».
Ils ont, en tout cas, déjà plombé à leurs cours de Bourse puisque la marque à la pomme a perdu près de 30 % de sa valeur boursière depuis le début de l'année quand le constructeur de voitures électriques a dévissé de 41 % ! « Le président est en train de perdre la confiance des dirigeants d'entreprises à travers le monde », a donc prévenu dimanche dans un post sur X le milliardaire Bill Ackman qui avait soutenu le candidat républicain en novembre.
Même Elon Musk, pourtant membre du gouvernement, s'est dit samedi favorable à la fin des droits de douane entre l'Union européenne et les États-Unis.
Si Donald Trump semble, pour le moment, impassible face à la colère des « 7 magnifiques » et des milieux financiers, cela pourrait cependant changer d'ici à quelques mois. « La dérégulation et la baisse de la fiscalité pourraient arriver en fin d'année pour préparer les élections de mi-mandat de 2026 », estime Eric Lafrenière. L'avis des plus grosses sociétés du monde et de leurs très médiatiques dirigeants pourrait, en effet, influencer le prochain scrutin et limiter les pouvoirs de Trump pour la deuxième partie de son mandat.
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Une échéance que le milliardaire a sûrement en tête mais sur laquelle il n'a que peu communiqué pour le moment. « Il y a énormément d'incertitudes et les investisseurs sont focalisés sur les tarifs et une éventuelle récession aux États-Unis, ce qui plombe les cours de Bourse », regrette le gérant de Sunny AM.
Maxime Heuze