Un navire détourné en mer d'Arabie, la marine indienne à la rescousse
latribune.fr
La marine indienne a annoncé ce vendredi s'être portée au secours d'un vraquier ayant lancé un appel de détresse pour détournement en mer d'Arabie (Photo d'illustration).
La marine indienne a annoncé avoir envoyé un de ses destroyers sur place, après le détournement d'un navire en mer d'Arabie. Non loin, la mer Rouge est le théâtre d'une multiplication des attaques à l'encontre des navires commerciaux. Une menace pour le commerce maritime mondial.
[Article publié le vendredi 05 janvier 2024 à 10h32 et mis à jour à 18h12] Les attaques contre les navires se multiplient dans la région, au point de voir la zone géographique s'étendre désormais de la mer Rouge à la mer d'Arabie, au large des côtes d'Oman et du Yémen, et de voir l'Inde intervenir. La marine indienne a annoncé ce vendredi s'être portée au secours d'un vraquier, ayant lancé un appel de détresse pour détournement en mer d'Arabie. En conséquence, elle a envoyé un de ses destroyers sur place.
Dans le détail, les forces navales ont indiqué dans un communiqué que le navire est un vraquier battant pavillon libérien. Cinq ou six « inconnus armés » sont montés à bord du navire jeudi soir. L'INS Chennai, un destroyer de la marine indienne, s'est dirigé vers le navire pour lui porter secours, selon la même source. Dans son communiqué, la marine indienne a bien rappelé sa détermination à « garantir (la) sécurité de la marine marchande dans la région aux côtés de ses partenaires étrangers et des nations alliées ».
Plus tard dans la journée, la marine indienne a annoncé que des commandos étaient intervenus à bord du MV Lila Norfolk en mer d'Arabie, après son appel de détresse. L'INS Chennai, un destroyer de la marine indienne, a intercepté vendredi après-midi le navire, qui bat pavillon libérien, et « des commandos de la marine indienne (...) sont montés à bord du MV », a indiqué la marine dans un communiqué. Ils se sont chargés de s'assurer « qu'il ne reste aucune des personnes illégales » qui étaient montées à bord, vers 13 heures GMT.
«Les 21 membres d'équipage (dont 15 de nationalité indienne) à bord ont été évacués en toute sécurité», a-t-on complété, ajoutant que la tentative de détournement semblait avoir été abandonnée après un «ferme avertissement».
Attaques au large de l'Inde
Géographiquement, la mer d'Arabie est située au carrefour de routes commerciales stratégiques : l'une en provenance du canal de Suez, via la mer Rouge puis le détroit Bab-el-Mandeb, l'autre contournant le continent africain via le Cap de Bonne-Espérance et passant par l'Océan Indien.
La première route est le théâtre d'attaques de drones et de missiles menées par les rebelles Houthis du Yémen, soutenus par l'Iran, sur fond de guerre entre Israël et le Hamas, dans la bande de Gaza. Depuis le 18 novembre, 25 bateaux commerciaux circulant dans le sud de la mer Rouge et dans le golfe d'Aden ont été attaqués.
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Depuis, les attaques semblent faire tache d'huile. A l'image de cette attaque en décembre : un chimiquier, le MV Chem Pluto, qui naviguait sous le pavillon du Libéria - appartenant
à une entreprise japonaise et opéré par une compagnie néerlandaise -
a été touché le mois dernier au large de l'Inde par un drone, tiré depuis l'Iran, selon les Etats-Unis. De son côté, Téhéran a nié toute implication.
Dans ce contexte, l'Inde a annoncé le déploiement de trois navires de guerre et d'un avion P8I de reconnaissance en mer d'Arabie fin décembre. Objectif, « maintenir une présence de dissuasion ». Elle a également renforcé ses efforts contre la piraterie dans le golfe d'Aden, au large du Yémen, où un vraquier battant pavillon maltais a été pris pour cible mi-décembre. New Delhi a dès lors envoyé un destroyer capable de lancer des missiles dans la région.
Ces attaques se répercutent directement sur le commerce maritime mondial. Avec les derniers événements en mer Rouge, les vaisseaux privilégient désormais l'autre route commerciale énoncée précédemment, contournant l'Afrique. Or, ce choix conduit à rallonger le voyage entre l'Asie et l'Europe de 10 à 20 jours en moyenne, selon Arthur Barillas, directeur général d'Ovrsea, un commissionnaire de transport.
Les compagnies maritimes ont déjà annoncé des hausses de tarif importantes pour couvrir les frais liés à ce détour. CMA CGM (propriétaire de La Tribune) a doublé le prix d'un conteneur de 40 pieds entre l'Asie et la Méditerranée (3.000 à 6.000 dollars). Idem du côté du leader du secteur, l'italo-suisse MSC, dont les tarifs sont passés de 2.900 à 5.900 dollars pour le transport d'un conteneur de 40 pieds sur le même trajet.
Ces hausses ne sont pas sans rappeler les années Covid, au cours desquelles les taux de fret avaient atteint des niveaux inédits, en raison de la désorganisation des chaînes logistiques. L'un des indicateurs de référence pour mesurer le taux (tarif) de fret des marchandises acheminées depuis la Chine, le Shanghai Contenarized Freight Index (SCFI), a quasiment doublé en quelques semaines.
Mercredi, 12 pays ont exhorté les Houthis à cesser « immédiatement leurs attaques illégales » en mer Rouge, les menaçant de « conséquences ». Pour ramener de l'ordre dans la région, les Etats-Unis avaient annoncé le 18 décembre la formation d'une coalition pour défendre le trafic maritime en mer Rouge et dans le golfe d'Aden, à laquelle se sont ralliés depuis une vingtaine de pays dont la France, le Royaume-Uni, le Canada, l'Italie, la Grèce, la Norvège, les Pays-Bas et Bahreïn.
L'armateur Maersk renonce à faire passer sa flotte par la mer Rouge
Comme d'autres armateurs, le géant danois du transport maritime Maersk a annoncé ce vendredi détourner sa flotte par le cap de Bonne-Espérance, au sud du continent africain, pour éviter la mer Rouge où il a suspendu tout passage suite aux attaques des rebelles Houthis.
« Tous les navires Maersk devant transiter par la mer Rouge et le golfe d'Aden seront détournés vers le sud, autour du cap de Bonne-Espérance, dans un avenir proche », a ainsi indiqué le transporteur dans un communiqué, précisant que « tous les renseignements disponibles confirment que le risque pour la sécurité (en mer Rouge, ndlr) reste à un niveau considérablement élevé ».