La crise sanitaire pousse la RSE vers une meilleure valorisation des ressources humaines

PARTAGEONS L'ECONOMIE. La RSE (responsabilité sociétale des entreprises) est très à la mode en ce moment. Mais comment les salariés vivent-ils les initiatives RSE de leur entreprise ? Et quelles sont les bonnes pratiques en la matière ? Deux questions soulevées lors du Forum Partageons l'Économie organisé le 21 mai par la Tribune et auxquelles ont répondu Stéphane Champion, co-fondateur de CitizenWave, Bruno Guillemet, directeur des ressources humaines du Groupe Valéo, Gilles Vermot-Desroches, senior vice-président citoyenneté et relations institutionnelles de Schneider Electric, Hélène Valade, présidente de l'ORSE, Emilie Riess, membre du C3D et directrice RSE du groupe Pierre & Vacances Center Parcs et Laure Frugier, directrice communication et RSE de Vivarte.

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De gauche à droite, Gilles Vermot-Desroches, Laure Frugier, Emilie Riess, Stéphane Champion, Hélène Valade et Bruno Guillemet.
De gauche à droite, Gilles Vermot-Desroches, Laure Frugier, Emilie Riess, Stéphane Champion, Hélène Valade et Bruno Guillemet. (Crédits : DR)

Gilles Vermot-Desroches était auparavant directeur du développement durable de Schneider Electric. Il est désormais senior vice-président citoyenneté et relations institutionnelles. Un changement d'intitulé qui n'est pas anodin puisqu'il illustre le glissement d'une vision de la RSE focalisée sur l'environnement vers une autre qui englobe l'ensemble des parties prenantes de l'entreprise.

« Il y a vingt ans, les entreprises ont été invitées à contribuer à réduire la fragilité de la planète sous l'effet du changement climatique, avec des démarches comme l'agenda des solutions, les engagements carbone, l'économie circulaire. Vingt ans plus tard, il faut y introduire la vision humaine et réduire aussi la fragilité de la société », analyse Gilles Vermot-Desroches.

Chez Valeo, on mesure l'engagement des salariés une fois tous les deux ans depuis dix ans au travers d'une enquête de 16 questions.

« Sur 40 000 personnes interrogées, Il y a toujours eu 80 % de participation. Le taux de satisfaction est en légère baisse, de 68 à 60 %, lors de la dernière vague de février/mars. Deux items ont vraiment décroché : l'implication de l'entreprise dans la vie locale et la vision à long terme de la stratégie. À l'inverse, la question sur l'effort de communication a beaucoup augmenté », explique Bruno Guillemet, directeur des ressources humaines du Groupe Valeo.

Pour faire remonter ce score, l'équipementier va revenir sur certains fondamentaux, réaffirmer ses valeurs, mettre en avant son programme de neutralité carbone.

Afin d'aider les entreprises à développer l'engagement de leurs salariés, CitizenWave propose une plateforme logicielle et du conseil. Selon son co-fondateur Stéphane Champion, les corporate (grandes entreprises) sont plus avancées sur la RSE que les ETI et PME. Un de ses clients patron de PME a ainsi raté deux recrutements car les jeunes candidats ont posé des questions autour du développement durable, sujet qu'il ne maîtrisait pas.

« II a pris conscience qu'il devait améliorer ce point pour pouvoir séduire les millenials. Nous avons mis en place un parcours d'accueil, co-construit avec les candidats », décrit Stéphane Champion.

Le télétravail, sujet brûlant


CitzenWave fournit des parcours d'engagement autour de thématiques diverses. L'une des plus demandées depuis le début de la crise sanitaire concerne les risques psycho-sociaux liés au télétravail. Un sujet d'actualité « brûlant » chez Valeo, qui négocie avec les syndicats pour mettre à jour ses politiques de travail à distance dans le monde entier.

« Un an après le confinement, l'engouement pour le télétravail reste fort, excepté dans certains pays d'Asie », précise Bruno Guillemet.

L'idée étant de revenir à une période de télétravail de deux jours, sans l'imposer aux salariés. Chez Schneider Electric France, le senior vice-président citoyenneté et relations institutionnelles fait une différence entre les populations : « pour les jeunes, ça dépend beaucoup de leurs conditions de logement ».

Le dialogue avec les parties prenantes a lui aussi évolué. L'engagement de neutralité carbone ne peut plus être pris sans intégrer les émissions de ses clients, ses prestataires, etc. Sur le volet social, Schneider Electric va s'assurer que ses fournisseurs proposent un salaire décent à leurs employés.

« Nous avons en France le French Business Climate Pledge (engagement commun en faveur du climat d'une centaine d'entreprises employant 6 millions de personnes dans le monde). Les signataires sont en train de chercher dix de leurs partenaires pour qu'ils le signent à leur tour », rappelle Gilles Vermot-Desroches.

Schneider et Valeo, groupes mondialisés, ont plutôt bien traversé la crise.

Mais quid des milliers de PME qui ont davantage souffert depuis mars 2020 ? Peuvent-elles, et veulent-elles, se lancer dans la RSE alors qu'elles traversent des difficultés économiques nettement plus urgentes ?

« C'est le bon moment de développer cette performance sociétale qui va créer plus de compétitivité, environ 13 à 20 %, à moyen et long terme », estime Stéphane Champion.

Les bonnes pratiques en matière de RSE sont nombreuses et variées. Chez Vivarte, où cette notion était encore inconnue il y a trois ans de l'aveu même de Laure Frugier, directrice communication et RSE, les enjeux sont conséquents : responsabilité sur les conditions de travail chez ses fournisseurs, souvent implantés en Asie ; sur l'origine des matières premières, comme le coton issu du travail forcé des Ouighours ; sur la souffrance animale, la réduction du plastique, le choix des modes de transport des marchandises, etc.

Une remise en cause des business models


« La mode est par essence non durable et la RSE remet en cause notre business model. En Europe, les femmes ne portent qu'un tiers de leur garde-robe, le reste est dans les placards » rappelle Laure Frugier qui pose une question fondamentale : la RSE peut-elle forcer les entreprises du secteur textile à modifier leur manière de travailler ?

Le législateur peut aider à accélérer cette mutation.

« Le volet raison d'être de la loi Pacte n'aurait pas existé s'il n'y avait pas eu ce mouvement autour de la RSE », pense Hélène Valade, présidente de l'ORSE.

Pour Emilie Riess, membre du C3D (Collège des Directeurs du Développement Durable) et directrice RSE du groupe Pierre & Vacances Center Parcs (PVCP), « la loi aide beaucoup. Un des problèmes auquel on se heurte, c'est que les sujets RSE sont souvent perçus comme très éloignés dans le temps. Ce que j'essaie de faire, c'est de m'occuper de cas concrets qui sont déjà là : le rétrécissement des côtes, la tempête Xynthia. Tous nos nouveaux projets seront construits sur des zones déjà artificialisées, pour préserver la biodiversité, ou en employant des modes de construction réversibles ». Peut-on attendre une accélération des initiatives RSE dès la rentrée ? Pour Hélène Valade, les entreprises n'auront pas le choix :

« Les attentes des consommateurs ont été transformées par la pandémie. Et la génération climat dont on parle souvent existe bien, ce qui pose la question de l'attractivité des talents. Il y aura six mois compliqués puis les bonnes décisions seront prises ».

Autre sujet très actuel, celui de l'entreprise à mission.

« Le nouveau mode de gouvernance, avec une instance dédiée aux parties prenantes hors actionnaires est une véritable avancée », note Laure Frugier.

Si la RSE devient un élément constitutif des stratégies d'entreprise, on peut s'interroger sur la pérennité du poste de directeur du développement durable ou responsable RSE. « C'est ce que je dis depuis dix ans. Cette fonction à l'origine militante doit, à terme, disparaître et être intégrée dans chaque département » estime Hélène Valade. Laure Frugier fait le parallèle avec le digital, qui était au départ la chasse gardée de quelques personnes et qui est aujourd'hui partout : « l'avenir de nos fonctions sera plus dans la veille et l'innovation, afin d'anticiper les attentes de la société pour identifier les sujets de demain. Par exemple, la souffrance animale ». Pour Hélène Valade, la RSE atteindra son apothéose quand les personnes en charge de cette thématique deviendront directeurs généraux ou Pdg.

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