Dans la loi sur l'immigration adoptée cette semaine figure la réintroduction de la double peine. C'est exactement ce qu'elle aura été aussi pour la Macronie. D'un côté, celle-ci est apparue comme la grande perdante pour avoir trop concédé à des Républicains qui, dépourvus désormais de culture de gouvernement, se sont comportés comme des maîtres chanteurs. De l'autre, elle s'est spectaculairement fracturée sur la place publique. À l'Assemblée, où 27 députés de la majorité ont voté contre le texte et 32 autres se sont abstenus, ces lézardes étaient prévisibles : le sujet migratoire y a toujours été épidermique. Les conséquences au sein même du gouvernement auront en revanche davantage surpris.
C'est mardi matin que la fronde a commencé. La tournure des débats entre Élisabeth Borne, qui a repris le dossier en main, et Les Républicains sur la durée du délai de carence qui doit être fixée pour un étranger avant qu'il puisse accéder à l'APL (aide personnalisée au logement) heurte des ministres qui viennent de la gauche. Clément Beaune, le ministre délégué aux Transports, échange avec Aurélien Rousseau, le titulaire du portefeuille de la Santé, qui lui-même discute avec Patrice Vergriete, chargé du Logement... En milieu de journée, le premier décide donc de créer une boucle WhatsApp. Baptisée « Valeurs », elle compte quatre autres membres du gouvernement Borne en plus d'Aurélien Rousseau, de Patrice Vergriete et de lui-même : Sylvie Retailleau (Enseignement supérieur), Agnès Pannier-Runacher (Transition énergétique), Rima Abdul Malak (Culture), et Roland Lescure (Industrie). Clément Beaune leur propose de se retrouver à son ministère en fin de journée pour débattre de la situation.