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Pour l'année des JO, l'exécutif ouvre une « nouvelle page » des services de renseignement

Photo de Marc Endeweld

Marc Endeweld

Publié le 23 décembre 2023 à 10:14 - Mis à jour le 23 décembre 2023 à 10:14

Nicolas Lerner, nouveau patron de la DGSE.

Nicolas Lerner, nouveau patron de la DGSE.

© DGSI

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POLITISCOPE. Pour préparer l'année des JO de Paris 2024, soumis à un risque sécuritaire élevé dans le contexte international, Emmanuel Macron a nommé la semaine dernière un proche à la tête de la DGSE. Nicolas Lerner, jusqu'ici patron de la DGSI, n'est pas un diplomate de carrière, profil jusqu'ici privilégié. Une « mainmise de la DGSI sur la DGSE », critiquent certains, se rappelant du projet de Nicolas Sarkozy de rapprocher les deux maisons. Même volonté de rupture à la DGSI avec l'arrivée de Céline Berthon, première femme à diriger le renseignement intérieur.

À sept mois de la tenue des Jeux Olympiques à Paris, l'Élysée a décidé de frapper un grand coup en nommant cette semaine à la fois un nouveau patron de la DGSE, les services de renseignement extérieurs, et un nouveau patron de la DGSI, les services de renseignement intérieurs. Emmanuel Macron semble conscient des défis sécuritaires que vont poser cet événement planétaire dans un contexte international plus que jamais tendu. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il a évoqué lors de l'émission télévisée C à vous sur France 5, l'éventualité d'organiser une autre cérémonie d'ouverture, si les conditions ne sont pas réunies, alors que le programme prévu prévoit une déambulation spectaculaire le long de la Seine : « On prépare avec beaucoup de professionnalisme ce rendez-vous. Tout est fait pour que ça soit prêt, en termes de sécurité et d'organisation. Comme on est professionnels, il y a évidemment des plans B, C, etc. Il y a une différence entre s'organiser et tout de suite être dans le catastrophisme, se dire qu'on rapatrie (au Stade de France). Non : on s'organise », a déclaré le chef de l'État.

Justement, la décision de nommer à la tête DGSE, Nicolas Lerner, jusqu'ici patron de la DGSI, est une manière de « jouer la sécurité pour Emmanuel Macron », comme nous le fait remarquer un ancien dirigeant du renseignement français. Lerner, 45 ans, a en effet toute la confiance du président, les deux se sont connus il y a vingt ans sur les bancs de l'ENA, au sein de la fameuse promotion Leopold Senghor. Ce profil détonne au regard des habitudes de nominations à la tête de « la boîte », les services extérieurs étant généralement dirigés par un haut diplomate au vu de leur vocation internationale. Cette rupture est assumée par l'exécutif. Sébastien Lecornu, le ministre des Armées a salué la nomination de Nicolas Lerner « à l'heure d'ouvrir une nouvelle page dans l'histoire de la DGSE ».

Forcément, dans les services, en fonction des différences de cultures entre les deux maisons, cette nomination à la tête de la DGSE - d'un transfuge venant de la DGSI -  n'est pas du goût de tout le monde. D'un côté, un ancien du renseignement intérieur s'en félicite : « C'est bien car il y avait trop de "diplos". Il va devoir redresser une boutique en pleine réforme et qui a connu des revers, et dont on a besoin. Il va assurer le continuum, notamment en ce qui concerne la coordination entre menaces internes et externes. Il va réussir car c'est un gros bosseur ». De l'autre, plusieurs sources issues de la DGSE vont jusqu'à critiquer « une mainmise de la DGSI sur la DGSE », se rappelant du projet d'un certain Nicolas Sarkozy de rapprocher les deux maisons.

Ce coup de pied présidentiel à l'égard des services extérieurs n'est guère étonnant. Depuis près d'un an, il était attendu que Bernard Emié, 65 ans, soit remplacé à la tête de la DGSE. Après avoir grandement servi au président en Algérie et au Liban (deux pays où ce haut diplomate avait été ambassadeur), les critiques se multipliaient à son encontre. À l'Élysée, on lui reprochait de ne pas avoir vu venir le coup d'État au Niger, pas plus que les précédents au Mali. Au cours de son long mandat, Emié n'a pourtant pas démérité en lançant une grande réorganisation qui a amené à remplacer les traditionnelles « directions » par des « centres de missions » transversaux, sur un modèle américain. C'est aussi sous sa direction que le projet de déménagement de la DGSE au Fort Neuf de Vincennes a été mis en route. Mais comme avec le Quai d'Orsay, le président Macron ne se sent pas particulièrement en confiance avec l'institution du renseignement extérieur. La crise internationale autour du logiciel espion Pegasus n'a pas arrangé les choses. De fait, ces dernières années, l'Élysée n'a eu de cesse de multiplier les canaux informels avec certaines personnes ressources au sein du service.

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En ce qui concerne le remplacement de Lerner à la tête de la DGSI, les vieux routiers du renseignement éprouvent un même sentiment de rupture : « Il est curieux de mettre une flic à la tête de la DGSI, le renseignement et la police, ce n'est pas le même métier », s'étonne l'un deux. Céline Berthon, première femme à diriger le renseignement intérieur, était jusqu'à présent la numéro 2 de la police nationale. Ce choix poussé par Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur, est stratégique : depuis 2018, la DGSI est devenue le chef de file de la lutte anti-terroriste, suite à une décision présidentielle. Désormais, concernant le contre terrorisme, la DGSI intègre dans ses locaux un correspondant de la DGSE et inversement, pour des communications en temps réel entre les deux services. Un rapprochement nécessaire. Mais ce ne sont pas les seuls défis auxquels sont confrontés les services face à un monde en plein bouleversement : contre-espionnage, risques d'ingérences étrangères, guerre économique, et lutte contre la prolifération nucléaire. Le président Macron a prévenu les nouveaux patrons du « rens » : maintenant au boulot !

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