Politique étrangère : Macron et Le Pen entretiennent le flou

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Emmanuel Macron et Marine Le Pen n'ont pas fait beaucoup de propositions en matière de politique étrangère dans leurs programmes respectifs.
Emmanuel Macron et Marine Le Pen n'ont pas fait beaucoup de propositions en matière de politique étrangère dans leurs programmes respectifs. (Crédits : Reuters)
Les programmes d'Emmanuel Macron et Marine Le Pen demeurent relativement flous en matière de politique internationale. Les nominations aux postes diplomatiques seront déterminants sur l'orientation de la politique étrangère de chacun des candidats.

Les propositions en matière de diplomatie et de relations internationales n'ont pas été en première ligne lors des débats de cette campagne présidentielle. Pourtant, le contexte du Brexit, les tensions avec la Russie, l'élection de Donald Trump, la guerre en Syrie ont émaillé la campagne pendant des mois. Si les programmes électoraux ne sont pas riches en promesses sur ces sujets, Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont cependant fait quelques déclarations sur des thèmes qui divisent tels que la Russie ou la diplomatie.

La Russie, centre des antagonismes

- Marine Le Pen : la présidente du Front national n'a fait aucune proposition sur ce sujet dans son programme. Elle s'est néanmoins montrée favorable pour un rapprochement avec la Russie à plusieurs reprises. Outre l'obtention de deux prêts russes, la députée européenne a été reçue officiellement par Vladimir Poutine, fin mars, et demeure la seule candidate à être accueillie par le chef du Kremlin dans de telles conditions. Elle s'est également prononcée en faveur d'un rapprochement avec le président russe pour lutter contre l'Etat islamique. Elle avait déclaré, lors de sa visite à Moscou :"je suis partisan de développer les relations avec la Russie dans le cadre de cette longue histoire qui lie nos deux pays".

Enfin, elle a estimé, au micro de RMC, début janvier, que l'annexion de la Crimée par la Russie n'était en rien illégale. "Je ne crois absolument pas qu'il y a eu une annexion illégale: il y a eu un référendum, les habitants de Crimée souhaitaient rejoindre la Russie".  Dans son programme, elle défend par ailleurs une alliance trilatérale "Paris- Berlin-Moscou".

Sur les Etats-Unis et la présidence de Donald Trump, la candidate frontiste a déclaré vouloir "des relations pacifiées" avec la première puissance mondiale. Elle avait effectué un déplacement à la Trump Tower au début du mois de janvier sans rencontrer le président américain.

Dans un interview à l'agence Associated Press, Donald Trump a affirmé que l'attaque récente des Champs Elysées "aidera probablement [Marine Le Pen, ndlr] parce qu'elle est la plus dure sur les questions frontalières et elle est la plus dure sur ce qui se passe en France".

- Emmanuel Macron: le candidat d'En marche! ne souhaite pas de rapprochement avec la Russie et veut tenir un discours ferme à l'égard du Kremlin tout en restant ouvert.

"La Russie assume désormais, dans sa doctrine militaire et son discours public, une stratégie hybride combinant intimidation militaire et bataille de l'information. Cela crée une nouvelle donne sur le plan international et tout particulièrement pour la sécurité européenne. La Russie de Vladimir Poutine mène une politique étrangère dangereuse qui n'hésite pas à s'affranchir du droit international. [...] Ma conviction est que seules la fermeté et l'unité des Européens nous permettront de maintenir le dialogue ouvert avec Moscou, qui est indispensable."

Pour l'ancien secrétaire général adjoint à l'Elysée, "l'Europe a vocation à s'entendre avec la Russie" mais il s'affiche en faveur d'un maintien des sanctions à l'encontre de cette puissance tant que les accords de Minsk ne seront pas respectés.

     Lire aussi : L'UE prolonge ses sanctions économiques contre la Russie pour six mois

Concernant les Etats-Unis, Emmanuel Macron a rappelé que "la présidence de Donald Trump inquiète nos concitoyens et bouleverse les équilibres mondiaux, au profit de la Chine". Et s'il a rappelé que les Etats-Unis ont une diplomatie qu'il qualifie "d'isolationniste", le candidat d'En Marche! a souligné, à plusieurs reprises, que la France avait besoin de "l'amitié transatlantique et d'une bonne collaboration avec Washington". Les divergences des deux candidats sur les Etats-Unis et la Russie pourraient être déterminants dans la résolution ou non du conflit syrien.

Entre réalisme et ouverture pour la diplomatie

- Marine Le Pen: la conseillère régionale des Hauts-de-France veut "engager la France au service d'un monde multipolaire fondé sur l'égalité en droit des nations, leur concertation permanente et le respect de leur indépendance. Fonder la politique internationale sur le principe de réalisme et rendre à la France son rôle de puissance de stabilité et d'équilibre".

- Emmanuel Macron: l'ancien banquier d'affaires n'a pas exprimé de vision tranchée sur la diplomatie en général mais celui-ci n'a pas annoncé de vraie rupture avec la politique étrangère de la France. Il souhaite :

"Mettre en œuvre une diplomatie claire et résolue, dans la tradition gaulliste et mitterrandienne, pour faire de la France une puissance indépendante, humaniste et européenne [..]Notre diplomatie doit garder sa vocation universelle, dans l'intérêt des Françaises et des Français".

Il veut également renforcer "la diplomatie économique et simplifier le dispositif de soutiens aux entrepreneurs français basés à l'étranger". Du côté des ambassades et des consulats, la vision de M.Macron pourrait passer par des économies et un regroupement d'agences diplomatiques. "La rationalisation et le renforcement d'institutions, aujourd'hui dispersées, permettra de valoriser à l'étranger le savoir-faire de nos établissements, de nos industries culturelles et des acteurs privés."

Il plaide par ailleurs pour un élargissement du Conseil de sécurité de l'ONU à de nouveaux membres permanents, "pour refléter les équilibres de l'ordre mondial". Pour M.Macron, "l'Allemagne, le Japon, l'Inde, le Brésil et un pays africain ont vocation à accéder à ce statut, avec les droits et les devoirs qu'il comporte. Par ailleurs, nous serons favorables à un encadrement précis du droit de veto dans des risques avérés de crimes de masse."

Emmanuel Macron défend également une diplomatie numérique qui "doit être érigée au rang de priorité, sur le plan offensif (création, promotion de nos entreprises innovantes) et défensif (protection des données, régulation des GAFA). C'est aussi notre capacité d'attractivité qui en dépend".

L'aide au développement

- Marine Le Pen: la députée européenne veut "mettre en œuvre une véritable politique de co-développement avec les pays d'Afrique, fondée prioritairement sur l'aide au développement de l'école primaire, l'aide à l'amélioration des systèmes agricoles et l'aide au renforcement des outils de Défense et de sécurité".

- Emmanuel Macron: l'ancien ministre de l'Economie veut augmenter l'aide au développement de la France pour renforcer "son influence et celle de nos entreprises" dans le monde. Pour cela, il propose d'atteindre l'objectif d'une aide publique à hauteur de 0,7% du produit national brut comme le fixe les objectifs de l'Union européenne "avec une trajectoire d'augmentation progressive entre 2017 et 2030, conditionnée à nos résultats économiques." Elle doit viser principalement "l'Afrique sub-saharienne, le Sahel, le Maghreb, les pays en crise et l'espace francophone." Les secteurs visés par l'aide ont fait l'objet d'un ordre de priorité: éducation, santé, promotion des femmes, développement durable.

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Sur la position d'Emmanuel Macron et Marine Le Pen à propos de l'Otan, lire aussiDéfense : Le Pen et Macron, des programmes au son de la canonnière

Pour aller plus loin sur la place de la France dans le monde proposée par les deux candidats à la présidentielle, lire l'opinion de Frédéric Charillon, professeur de science politique à l'université d'Auvergne: Macron - Le Pen, deux France dans le monde

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Commentaires
a écrit le 04/05/2017 à 23:37 :
Soyons honnêtes, le niveau de compréhension de la politique étrangère par un électeur moyen n'est même pas nul, mais strictement négatif: il ne comprend rien et ce qu'il pense de comprendre est basée sur l'image médiatique et n'a rien à voir avec la réalité. Cela concerne >>90 % des électeurs (si ce n'est pas >>99%) et j'ai peur que parmi les journalistes cela ne soit pas énormément mieux. Ainsi, pour un politicien raisonnable il est normal d'être le plus flou possible en essayant de plaire au plus grand nombre d'électeurs. Sans parler des faits que a. pour le moins ce n'est pas uniquement le président qui détermine la politique étrangère, b. les politiciens mentent, surtout dans ces questions. Je vous rappelle une histoire récente liée au financement libyen. Le soucis est que les dirigeants libyens de l'époque ne pourront jamais raconter du rendement de cet investissement. Parce qu'ils sont morts. Ainsi, il ne faut pas s'étonner si un jour on voit Macron félicitant sincèrement le "grand chef Poutine" ou Marine Le Pen applaudissant "le renversement du régime sanglant poutinien".
a écrit le 04/05/2017 à 17:16 :
Ils n'entretiennent rien du tout. Les programmes des deux candidats sont du rafistolage, Macron , des mesurettes dans le prolongement de la politique de Hollande. Marine, des incantations. Aucun des projets n'est susceptible de redonner des perspective. Avec quoi Macron va t-il créer des emplois? Des aménagements du temps de travail , une assurance chômage transformée qui garantirait moins mais universelle. Une CSG pour taxer les cadres et les retraités? Macron ne s'attaque pas non plus à la dette, donc pas de baisse d'impôts à attendre. Pour Marine, le flou sur l'euro, pour le reste , le protectionnisme intelligent à base de taxes, l'expérience n'a pas encore été testée. Fillon avait un programme élaboré , baisse des dettes massives, retraite à 65 ans , hausse de la TVA pour financer la baisse des charges mais aussi pour taxer les importations. Hélas, Fillon a été détruit par une campagne de presse virulente . Campagne peut-être justifiée mais qui a empêché qu'une efficace réforme ne voit le jour.
a écrit le 04/05/2017 à 16:02 :
Il est souhaitable de garder le lien avec la Russie, les US et même la Turquie .
On peut toujours discuter, mais ce n'est pas pour autant qu'il faut faire benoîtement confiance à un Poutine, un Trump ou un Erdogan. Dans le cas de Madame LePen on sent poindre l'allégeance, ce qui est une naïveté crasse. Mais on ne peut pas attendre mieux de quelqu'un qui pense avant tout à son fond de commerce qu'est le FN, plutôt qu'à l'avenir et à la vraie sécurité des Français.

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