À la veille des Européennes, "l’affaire Strache" en Autriche ébranle l’extrême-droite

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Le vice-premier ministre et leader du parti d’extrême droite FPÖ, Heinz-Christian Strache, a démissionné de ses fonctions. C'est la seconde fois qu'une participation du FPÖ à un gouvernement se termine piteusement pour ce parti qui, sous la direction de Jörg Haider, avait implosé lors la précédente coalition formée avec les conservateurs entre 1999 et 2002..
Le vice-premier ministre et leader du parti d’extrême droite FPÖ, Heinz-Christian Strache, a démissionné de ses fonctions. C'est la seconde fois qu'une participation du FPÖ à un gouvernement se termine piteusement pour ce parti qui, sous la direction de Jörg Haider, avait implosé lors la précédente coalition formée avec les conservateurs entre 1999 et 2002.. (Crédits : Reuters)
La débâcle brutale en Autriche de la coalition entre conservateurs et extrême droite, dont une sulfureuse vidéo a précipité la chute, bouscule la campagne pour les Européennes du 26 mai et le jeu politique dans le pays, qui va retourner aux urnes après l'été.

[Article mis en ligne le 20.05.2019 à 9h25, mis à jour à 12h18 avec les déclarations de Marine Le Pen]

La presse autrichienne décrivait dimanche les troupes du Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ) comme en état de sidération après la disgrâce de l'homme fort de cette formation d'extrême droite, Heinz-Christian Strache, acculé samedi à la démission de tous ses mandats. Ce Viennois de 49 ans a quitté la tête du parti qu'il dirigeait depuis quatorze ans mais aussi son poste de numéro deux du gouvernement de Sebastian Kurz, qui avait noué une alliance avec le FPÖ après sa victoire aux législatives d'octobre 2017.

Des législatives anticipées ont dans la foulée été annoncées par M. Kurz. Elles devraient se tenir en septembre, comme l'a souhaité dimanche le chef de l'Etat Alexandre Van der Bellen, même si le calendrier précis n'est pas encore arrêté.

La situation était devenue intenable pour le patron du FPÖ après la publication d'extraits d'une vidéo tournée secrètement dans une villa d'Ibiza en 2017.

Un "thriller digne du cinéma"

On y voit M. Strache et l'un de ses lieutenants discutant, notamment, de l'octroi de contrats publics autrichiens en échange de soutiens financiers, avec une interlocutrice qui se présente comme la nièce d'un oligarque russe.

Pendant les six heures que dure l'entretien, M. Strache dit aussi être prêt à remodeler la presse autrichienne "comme Orban", le Premier ministre hongrois qui a verrouillé le paysage médiatique de son pays. Et il évoque un mécanisme de financement illégal des campagnes électorales qui serait pratiqué par son parti. Beaucoup d'interrogations demeurent sur l'élaboration du piège qui semble avoir été tendu au responsable autrichien dans une villa truffée de micros et de caméras.

« On ne peut pas lier la Russie à cette vilaine histoire en se basant sur la vidéo existante », a réagi dimanche un sénateur russe membre du comité pour les Affaires étrangères, Oleg Morozov, qualifiant les extraits diffusés de « thriller digne du cinéma ».

« Les démissions des stars de la vidéo d'Ibiza ne pouvaient pas sauver la coalition », a estimé dimanche le quotidien conservateur Die Presse qui, à l'instar de tous les commentateurs, juge inévitables des élections anticipées, après seulement 18 mois de coalition entre les deux partenaires.

« Strache va entraîner tout le FPÖ dans sa chute »

La pression reste forte sur Sebastian Kurz, mis en demeure par l'opposition de purger le gouvernement des cinq autres représentants du FPÖ toujours en poste, dont le très contesté ministre de l'Intérieur Herbert Kickl. Sebastian Kurz « est celui qui a donné (au FPÖ) un rôle aussi prééminent », a accusé Beate Meinl-Reisinger, cheffe du parti libéral NEOS. M. Kickl s'en est aussi pris au chancelier, lui reprochant d'avoir sacrifié la coalition par appétit du "pouvoir". « Nous sommes prêts pour la confrontation » des législatives, a-t-il assuré.

Mais l'extrême droite autrichienne, qui se voulait un modèle de crédibilité, doit d'abord se remettre en ordre de marche pour les Européennes. « Strache va certainement entraîner tout le FPÖ dans sa chute », pronostique le quotidien centriste Kurier. C'est la seconde fois qu'une participation du FPÖ à un gouvernement se termine piteusement pour ce parti qui, sous la direction de Jörg Haider, avait implosé lors la précédente coalition formée avec les conservateurs entre 1999 et 2002.

Plus nuancés, d'autres analystes soulignaient la capacité de résistance du FPÖ, doté d'une solide base électorale.

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[NE PAS UTILISER] Parlement Autriche, 2017

[Composition du Parlement autrichien élu en octobre 2017, en sièges par parti comparé au sortant et résultats en %. Crédits : ednHUB]

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Un scandale gênant pour ses alliés Marine Le Pen et Matteo Salvini

Avant l'"Ibiza-gate", le parti d'extrême droite était en légère perte de vitesse, crédité de 23% dans les sondages après une série de dérapages xénophobes de plusieurs de ses membres. Crédité d'environ 30%, l'ÖVP de Sebastian Kurz devançait les sociaux-démocrates (SPÖ, 27%).

Au niveau européen, ce scandale est un coup dur pour l'extrême droite, qui ambitionne de devenir la troisième force du parlement européen. La crise a d'ailleurs gâché la grand-messe organisée samedi à Milan par le chef de la Ligue italienne Matteo Salvini avec ses alliés européens.

Plusieurs responsables européens ont vu dans ce scandale un avertissement pour les partis tentés par un rapprochement avec l'extrême droite.

« Nous sommes confrontés à des courants (... ) qui veulent détruire l'Europe de nos valeurs, et nous devons y résister catégoriquement », a averti la chancelière allemande Angela Merkel.

Si Marine Le Pen a condamné ce lundi les agissements de l'ex-vice-chancelier autrichien, elle a toutefois soulevé un "questionnement" sur le calendrier des révélations qui ont provoqué sa chute.

« Le questionnement que nous avons évidemment, et je pense que chacun l'a, c'est que cette vidéo, elle a deux ans », a poursuivi la présidente du RN. « On se pose la question de savoir pourquoi ceux qui ont monté ce piège, car il s'agit d'un piège, n'ont pas rendu publique cette vidéo pour empêcher Heinz-Christian Strache d'être vice-chancelier. »

Lire aussi : Européennes : Matteo Salvini prépare sa grande alliance des souverainistes

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Commentaires
a écrit le 21/05/2019 à 13:00 :
6 heures d'entretien avec cette pseudo-Rouskie et ils n'ont pas vu qu'ils étaient manipulés ! Ils devaient vraiment être bourrés comme des...Polonais...ces Autrichiens !
a écrit le 21/05/2019 à 8:06 :
Quand c'est un opposant à Poutine qui est épinglé tous les médias dénoncent le procédé indigne. Le kompromat. C'est le mot marketing pour ce type de piège. Afin que tout le monde comprenne bien que c'est russe, donc mal.
Là, curieusement, tous applaudissent et se félicitent.
Ne voient rien à reprocher à la méthode.
Pas plus qu'ils ne s'interrogent sur le timing.
a écrit le 20/05/2019 à 16:31 :
Haha, on voit ce que les populistes sont capable de faire pour gagner et pour rester au pouvoir...lamentable !
Réponse de le 21/05/2019 à 8:13 :
C'est vrai qu'aucun parti "respectable" n'a jamais été impliqué dans des système de financement, ou de corruption.
Quand au qualificatif malveillant "populiste" c'est quand même curieux
qu'il ne s'applique pas au partis qui généralement on le plus séduit le peuple?
a écrit le 20/05/2019 à 15:48 :
Ceux qui n'ont pas l'appui de la finance, n'ont pas l'appui des médias et n'auront plus l'appui de l'opinion publique! Conclusion?
a écrit le 20/05/2019 à 15:45 :
Ceux qui n'ont pas l'appui de la finance, non pas l'appui des médias et n'aurons plus l'appui de l'opinion publique! Conclusion?
a écrit le 20/05/2019 à 13:49 :
L’affinité de nombreux personnages de soi-disant extrême-droite concernant la Russie et V. Poutine est bien révélatrice et peut être un critère efficace pour les élections. En fait, une personne qui admire Vladimir Poutine, entre dans une des quatre catégories : A. Quelqu'un mal informé ce qui est normal pour un citoyen lambda, B. Stupide, C. Ayant un esprit criminel, D. Celui qui veut profiter de l'argent russe. La majorité des adorateurs entrent dans la catégorie A, mais les politiciens sérieux n'ont pas droit d'y être.
a écrit le 20/05/2019 à 12:52 :
Ceux qui "tombe", via médias interposés, sont ceux qui n'ont pu obtenir l'aval de la finance car "trop rigide" dans leur politique! Sinon "l'info" ne serait pas passé! Macron par contre a la bonne souplesse... pour l'instant!
a écrit le 20/05/2019 à 10:41 :
Pour l'électeur qui place la Nation française au dessus des turbulences européennes, les déboires de la politique autrichienne est un événement folliculaire.
a écrit le 20/05/2019 à 9:48 :
Ce n'est pas pour defendre d'eventuels corrompus mais nous en france on devrait avoir enfin le proces "de Karachi" en octobre de cette année

Il y en a en france qui devraient eviter de monter au cocotier ou au moins ils devraient enfiler un pantalon avant
a écrit le 20/05/2019 à 9:43 :
Et n'oublie pas citoyen français d'aller voter dimanche soit pour le front national soit pour une ancienne du GUD hein... Surtout !

Le problème des partis d'extrême droite c'est qu'ils n'ont jamais gouverné mais par contre qu'ils magouillent déjà beaucoup à savoir qu'ils ont mit la charrue avant les boeufs faisant qu'ils se font prendre très facilement car la pratique du pouvoir politique, soutenue par les riches dont les politiciens sont la propriété permet de bien mieux dissimuler ses méfaits.

Ils veulent croquer trop alors que même pas encore au gouvernement, il se font avoir comme des bleus mais vu la faible irrigation de leurs cerveaux c'est pas étonnant.

Alors on peut toujours imaginer des pièges oui maintenant leur bêtise est largement suffisante pour se faire prendre aussi.

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