Allemagne : Merkel en mauvaise position face au SPD

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Malgré un bilan économique favorable, Angela Merkel doit faire de sérieux compromis aux démocrates pour former un gouvernement de coalition.
Malgré un bilan économique favorable, Angela Merkel doit faire de sérieux compromis aux démocrates pour former un gouvernement de coalition. (Crédits : CHRISTIAN MANG)
Après de multiples échecs et des négociations interminables pour former un nouveau gouvernement, Angela Merkel a assuré qu'elle avait fait des compromis "douloureux" aux sociaux-démocrates pour mettre au point l'accord de coalition. Ces concessions pourraient affaiblir sa gouvernance dans les mois à venir.

Angela Merkel est en position délicate. Dans un entretien accordé à la chaîne télévisée ZDF ce dimanche soir, la chancelière a reconnu dimanche avoir dû faire des concessions "douloureuses" en accordant le portefeuille des Finances au SPD pour permettre un accord de coalition, tout en rappelant qu'un ministre "ne fait pas ce qu'il veut" et qu'il doit appliquer le programme convenu entre conservateurs et sociaux-démocrates. Elle a ajouté qu'elle voulait rester au pouvoir jusqu'en 2021 malgré toutes ces difficultés. "Je me suis engagée auprès de la population pour quatre ans", a-t-elle souligné.

> Lire aussi : Allemagne : que prévoit le nouvel accord de coalition ?

Merkel au pied du mur

Cherchant à éteindre la grogne dans son camp après l'accord arraché la semaine dernière en vue de la reconduction de la "grande coalition" avec le SPD, la chancelière s'est dite consciente du mécontentement suscité par les concessions auxquelles elle a dû se résoudre pour sortir de plus de quatre mois d'impasse. "De nouvelles élections n'étaient pas la bonne solution", a souligné Angela Merkel dans cette interview très attendue.

Après l'échec des négociations en vue de la formation d'une coalition avec les libéraux du FDP et les Verts, la constitution d'une nouvelle coalition avec le SPD apparaissait comme le seul moyen d'éviter des législatives anticipées qui, à en croire les sondages, auraient signé un nouveau recul de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière.

Autorité conservée

Angela Merkel a assuré que les critiques dont elle a fait l'objet cette semaine n'ont pas diminué son autorité au sein du bloc conservateur. Mais elle a tendu la main à la branche jeunesse de la CDU et de son alliée bavaroise la CSU (Union chrétienne-sociale), dont le dirigeant Paul Ziemiak a posé cette semaine la question de sa succession et réclamé davantage de poids au sein du gouvernement comme à la direction du parti. "Nous devons maintenant démontrer que nous pouvons repartir avec une nouvelle équipe", a-t-elle dit sur ZDF.

"Nous avons six postes de ministres à pourvoir et de mon point de vue, nous devons faire en sorte de ne pas seulement considérer la candidature des plus de 60 ans mais aussi celles de gens plus jeunes."

Rupture aux finances

L'Allemagne doit cesser de donner des leçons budgétaires aux autres pays européens, a assuré le futur ministre des Finances dans une interview publiée samedi. Le social-démocrate Olaf Scholz (SPD), qui devrait être le prochain occupant au ministère des Finances dans le gouvernement d'Angela Merkel, estime que l'Allemagne "ne doit pas dicter aux autres États européens comment ils devraient se développer", dans un entretien accordé à l'hebdomadaire Der Spiegel.

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Le social-démocrate Olaf Scholz (SPD). Crédits : Reuters.

"Des erreurs ont certainement été commises dans le passé", ajoute-t-il, une allusion claire à la position très rigoriste adoptée dans le passé par le conservateur Wolfgang Schäuble, gardien de l'orthodoxie budgétaire dans son pays et en Europe.

Wolfgang Schäuble n'hésitait pas à réprimander les pays du sud de l'Europe pour leurs écarts sur les déficits publics. Il est aussi resté pour de nombreux pays européens comme celui qui tenta d'exclure la Grèce de la zone euro au pire de la crise de la dette.

Le ministère des Finances était depuis huit ans la chasse gardée du parti chrétien-démocrate (CDU) d'Angela Merkel, qui a dû abandonner ce portefeuille clé aux sociaux-démocrates pour arracher un accord de coalition avec le SPD et rester au pouvoir.

Cet accord, où la signature social-démocrate est nettement palpable, apporte un soutien prudent aux idées de réformes pro-européennes lancées par le président français Emmanuel Macron. Des moyens budgétaires spécifiques pourraient être mis en œuvre comme "point de départ d'un futur budget d'investissement dans la zone euro", indique ce document. M. Scholz assure aussi que l'Allemagne participera "de manière significative" pour combler les milliards d'euros qui vont manquer au budget européen des suites du Brexit.

La décision de confier le portefeuille des finances au SPD a fait fortement grincer les dents au sein du parti de la chancelière allemande, où l'on craint de voir un ministre des Finances aux mains du SPD lâcher la bride sur le contrôle de la dette. M. Scholz assure toutefois que son parti va rester attaché à l'équilibre budgétaire de l'État fédéral. "Les sociaux-démocrates veulent des finances solides", a déclaré celui qui est à ce jour le maire de Hambourg.

Des investissements prévus

L'accord de coalition prévoit une manne de 46 milliards d'euros pour des investissements dans l'économie et le social, mais l'Allemagne pourrait être encouragée à dépenser plus, compte tenu de sa santé économique et sous la pression de ses partenaires européens.

Le budget global de l'État fédéral va représenter quelque 1.400 milliards d'euros de dépenses au cours des quatre prochaines années, rappelle M. Scholz. La marge de manœuvre pour dépenser plus "va dépendre d'une croissance supplémentaire et des recettes fiscales qui en découlent", a-t-il dit.

L'accord de coalition stipule également que les partis partenaires au gouvernement s'entendent sur "l'objectif d'un budget équilibré sans nouvelle dette et en conformité avec les exigences de la Constitution".

> Lire aussi : Le bilan en demi-teinte de Merkel en cinq graphiques

(Avec agences)

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Commentaires
a écrit le 12/02/2018 à 21:48 :
son ego va amener la suite.........
elle dirigera sans diriger, ses adversaires vont lui tendre des pieges comme ils l'ont fait avec les refugies syriens d'afrique dont personne ne voulait sauf Die Linke..........
AfD se frotte les mains, la prochaine fois, la mise est pour eux..........
les francais qui croient que les vannes de l'argent des autres sont ouvertes devraient se mefier, ca peut tourner mal, et tres vite!
voila ce que c'est, quand on est une Osis.............
a écrit le 12/02/2018 à 18:50 :
La grosse Bertha n'a plus la cote....c'est tout 😁
a écrit le 12/02/2018 à 18:01 :
Merci pour la messe mon père mais je suis athée, figurez vous que je m'informe...

"Charles Wyplosz: «Wolfgang Schaüble est un criminel»" https://www.letemps.ch/economie/charles-wyplosz-wolfgang-schauble-un-criminel

début:"Charles Wyplosz, professeur d’économie à l’IHEID de Genève, constate que la reprise économique en Europe est réelle, mais reste fragile. Il accuse la politique d’austérité imposée par le ministre allemand des Finances d’avoir créé plusieurs millions de chômeurs européens"

"L’ordolibéralisme allemand, cage de fer pour le Vieux Continent" https://www.monde-diplomatique.fr/2015/08/DENORD/53518 (gratuit)

"Allemagne : Schauble jette l'éponge. Le scandale des caisses noires a eu raison du leader de la CDU, qui abandonne la présidence du parti et celle du groupe parlementaire." http://www.liberation.fr/planete/2000/02/17/allemagne-schauble-jette-l-eponge-le-scandale-des-caisses-noires-a-eu-raison-du-leader-de-la-cdu-qui_317954

Heu... vous disiez ?
Réponse de le 12/02/2018 à 22:24 :
...je disais que l'improbable duo Schaüble-Tsipras a probablement sauvé la Grèce. Finalement le vrai problème grec c'était Varoufakis. Pas Schaüble.
Réponse de le 13/02/2018 à 9:00 :
"..je disais que l'improbable duo Schaüble-Tsipras a probablement sauvé la Grèce."

On ne le saura jamais puisque aucune autre solution n'a été envisagée du coup on se retrouve dans une situation de gestion de crise et partant de zéro, situation dans laquelle Schauble et ses alcolytes a mis la Grèce, il est évident qu'on est obligé de progresser. Enfin même si vous arrivez bien à nous prouver le contraire...
a écrit le 12/02/2018 à 16:33 :
Et tous y reviennent , qu ils soient aux commandes ou dans l opposition ;
....l investissement ...... mot qui cache qu ils ne veulent rien changer de ce qu ils .
ont créee . Et ils s auto proclament partis de Gvt , et les médias embrayent sur cette thématique , oubliant qu il y a d autres possibilités de gouverner pour le profit de tous ,
mais un peu moins pour eux même et la classe qu ils représentent
Faut il leur en vouloir !
a écrit le 12/02/2018 à 16:07 :
On peut espérer qu'au delà des investissements nécessaires, l'Allemagne puisse faire avancer l'UE . Des chantiers importants, harmonisation fiscale, lutte contre le dumping fiscal, taxation des transactions financières qui pourrait permettre aux états de baisser la fiscalité sur les particuliers, politique migratoire commune etc...
a écrit le 12/02/2018 à 14:41 :
Beaucoup de flou mais fallait pas rêver. L'allemagne traverse une crise politique, sans gouvernement depuis plusieurs mois maintenant, alors que première puissance économique européenne, et finalement on voit bien que le bateau fantôme UE navigue quand même, toujours dans la même direction, démontrant que ce ne sont pas les politiciens qui ont la main dessus hein.

Du coup quoi faire ? Continuer à faire le rentier parasite à la Schauble et aller droit dans la crise économique faisant tomber UE et donc Allemagne ? Ou bien essayer de secouer les vieux financiers rétrogrades allemands, et français aussi hein il y en pas mal dans le mouvement passéiste... , et de se tourner enfin à long terme et d'éviter cet iceberg gigantesque vers lequel on se dirige droit dessus.

Déjà que l'allemagne n'en soit que là, à l'heure ou trump fait exploser les compteurs américains, fait carrément pitié pour notre UE mais en plus qu'elle hésite encore à sauver sa peau à long terme en dit long sur les ravages de l'immobilisme économique européen du fait de ses rentiers actionnaires milliardaires.

Bref nous partons de vraiment trop loin d'ailleurs ces propos nous confirment que nous ne sommes toujours pas partis; que l'allemagne se réveille trop tard ou pas du tout n'a plus que peu d'importance, l'incendie est déjà là entretenu par le dumping fiscal et social de cette UE à la botte des actionnaires milliardaires européens. Et d'ici que Schauble revienne aux comptes même, européens cette fois, le danger est réel.

On en est même plus aux stratégies économiques à élaborer là, on en est à avoir toujours les mêmes vieux machins et leurs enfants et petits enfants au pouvoir, cette vieille oligarchie européenne gangrénée par l'avidité, la bêtise et l'incompétence, tellement campée sur ses seuls intérêts et sa volonté de soumettre les gens à sa marge bénéficiaire qu’elles est incapable de lever le regard et de voir les autres continuent qui eux avancent.

Vite un frexit.
Réponse de le 12/02/2018 à 16:24 :
Schaüble a parfaitement mené la barque économique et budgétaire de l'Allemagne, et sa politique a permis une bonne croissance dans le pays, accompagné d'un retour aux excédents budgétaires et au désendettement. En plis il peut être considéré comme le sauveur de la Grèce qui peut à nouveau se refinancer sur les marchés.
Réponse de le 12/02/2018 à 18:08 :
Oups, erreur d'aiguillage désolé, je vous ai répondu plus haut...

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