Après la victoire de Meloni, les taux sur la dette italienne s'envolent

Le taux souverain à 10 ans sur la dette italienne ont encore augmenté de près de 20 points depuis ce week-end d'élections, alors qu'ils étaient déjà élevés dans le contexte de durcissement monétaire. Le parti d'extrême-droite Fratelli d'Italia, historiquement hostile à Bruxelles même s'il a été bien plus modéré pendant la campagne, est arrivé en tête des voix. Sa présidente Georgia Meloni se trouve en position de gouverner avec Forza Italia de Silvio Berlusconi et le parti eurosceptique de la Ligue de Matteo Salvini. Dans le sillage de l'Italie, qui détient avec la Grèce l'endettement public le plus élevé de la zone euro, les taux souverains français et allemands ont eux aussi grimpé.
Giorgia Meloni.
Giorgia Meloni. (Crédits : GUGLIELMO MANGIAPANE)

Jamais depuis une décennie les taux souverains des trois premières puissances de la zone euro n'avaient atteint de tels sommets. Le taux italien à dix ans a culminé à 4,5% ce lundi à 17h30, tandis qu'il atteignait déjà 4,3% vendredi à la veille des élections législatives italiennes. Plus au Nord, les taux allemands à dix ans et français se talonnent à respectivement à 2,1% et 2,7%.

Très scrutés par les marchés financiers, les taux d'intérêt exigés par les investisseurs pour prêter aux Etats témoignent de la confiance dans la solvabilité. Jusqu'à ce week-end, la hausse des taux souverains s'expliquait davantage par « la hausse générale des taux que par le risque spécifique inhérent à l'Italie », affirmait la semaine dernière à La Tribune Maddalena Martini, économiste Allianz Trade en charge de l'Italie. La pression qui se fait jour depuis ce lundi sur la dette italienne est néanmoins liée à la situation politique.

Lire aussiL'extrême-droite l'emporte en Italie : Giorgia Meloni au défi de la crédibilité économique

Deux partis eurosceptiques dans la future coalition au gouvernement

La victoire du parti post-fasciste Fratelli d'Italia, première force politique d'Italie ayant rassemblé 26% des voix, lui permet de gouverner avec une coalition d'union des droites. A ses côtés au gouvernement siègeront la Ligue de Salvini et Forza Italia de Silvio Berlusconi. L'accession au pouvoir de cette coalition suscite une certaine appréhension des marchés financiers, spécifiquement sur le cas italien. En effet, les taux italiens grimpent plus vite que ceux de ses voisins.

Le « spread » (écart entre le taux souverain de référence allemand et celui de l'Italie) s'est creusé ce lundi. Quand les taux souverains des pays de la zone euro divergent de façon excessive, il en va de même pour la conjoncture économique générale et son unité s'en trouve menacée. C'est le mécanisme dit de « fragmentation ».

Lire aussiHausse des taux de la BCE : l'Italie, le cauchemar de la zone euro

Les divergences entre les programmes économiques des trois partis interrogent sur la ligne budgétaire du futur gouvernement. D'un côté, Giorgia Meloni s'est dit « hostile à creuser le déficit budgétaire car nous sommes déjà bien trop endettés » pendant sa campagne électorale dans la péninsule. De leur côté, Salvini et Berlusconi promettent d'établir un seuil d'impôt unique (respectivement à 15% et à 23%) pour provoquer un stimulus fiscal...qui impliquerait de renoncer à la progressivité de l'impôt et à une partie des recettes du fisc.

Pas de marge budgétaire

Pourtant, Rome n'a aucune marge de manœuvre budgétaire quand son taux d'endettement caracole à 150% du PIB. Soit une augmentation de 15% par rapport à l'avant-Covid. Seule la Grèce fait mieux (ou pire). Les marchés financiers savent qu'en cas de défaut sur la dette italienne les secousses se feront sentir bien au-delà des Alpes, à Bruxelles et dans toute la zone euro qui pourraient alors imploser.

En cas d'attaques spéculatives sur ses taux souverains, l'Italie se trouve vulnérable et très dépendante de ses partenaires européens, et de l'aide de la BCE. La BCE a dévoilé en juillet, lors des premières tensions sur les taux souverains, un mécanisme « anti-fragmentation ». Dans ce scénario, la BCE se positionne pour racheter massivement des obligations souveraines, faire remonter leur prix et donc réduire le taux d'intérêt réclamé sur ces obligations », précisait à La Tribune l'économiste Eric Dor en juillet. Reste à savoir dans quelle mesure la BCE utilisera ce mécanisme de solidarité, et quand quelles mesures Paris et Berlin l'accepteront, si Rome se lance dans une politique résolument anti-européenne et dispendieuse.

Relations potentiellement glaciales avec Bruxelles et Paris

Parfois cordiales, souvent glaciales, les premières réactions politiques des partenaires de l'Italie ne devraient pas apaiser les doutes des investisseurs. « Le peuple italien a fait un choix démocratique et souverain. Nous le respectons », a sobrement salué l'Elysée en guise de félicitations avant de rappeler que « c'est en Européens que nous réussirons à relever nos défis communs ». De même, Berlin demande à la future coalition des droites de rester « très favorable à l'Europe ».

« Si les choses vont dans une direction difficile (ndlr : comprendre hostile à Bruxelles), j'ai parlé de la Hongrie et de la Pologne, nous avons des instruments », avait averti Ursula von der Leyen à l'adresse de la future coalition la semaine dernière. Cette menace à peine voilée avait grandement irrité les partis de droite, notamment la Ligue de Matteo Salvini qui avait exigé des excuses de la présidente de la Commission.

Reste à savoir quelle ligne adoptera la future présidente du conseil italien Giorgia Meloni avec ses partenaires européens. Pendant sa campagne, la Romaine a joué la carte de la modération sur les sujets économiques et européens. « Meloni a fait un "aggiornamento" spectaculaire sur l'Union européenne. Historiquement, elle a toujours tenu un discours très anti-européen. Dans cette campagne, elle a fait preuve d'une modération nouvelle », racontait la spécialiste italienne de l'extrême-droite Anna Bonalume à La Tribune la semaine dernière. Une stratégie de la modération sur les questions budgétaires et européennes s'est avérée payante électoralement. Reste à savoir si Meloni gardera ce cap dans sa politique. La crédibilité de l'Italie sur les marchés financiers en dépendra.

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Commentaires 27
à écrit le 27/09/2022 à 17:42
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Georgia Meloni a été la seule quand même en Italie à critiquer la gestion du covid du gouvernement avec des restrictions parmi les plus dures en Europe.

à écrit le 27/09/2022 à 12:29
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Vu que c'est l'Allemagne qui détient quasiment la moitié de la dette Italienne, les problèmes pour l'Italie vont venir de ce pays qui pourrait bien ne plus acheter de la dette italienne.

à écrit le 27/09/2022 à 12:28
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Encore une mauvaise nouvelle pour la France, les nationalistes italiens europhobes préparent une agression migratoire de clandestins issus d'afrique et des balkans à la frontière franco-italienne pour ne pas payer leurs dettes en quittant la zone ...

le 27/09/2022 à 14:54
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Le frexit c'est bien l'idée de la personne accusé de viol? et financé par la russie? Assoulino?

le 27/09/2022 à 18:10
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@John Prisone Je ne vois pas le rapport entre le Frexit et le viol... Vous vous attendez à être violé par le Frexit? Par ailleurs, vous semblez condamner un individu sur des soupçons de viol en ignorant totalement la présomption d'innoncenc...

à écrit le 27/09/2022 à 9:31
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non seulement la dette italienne est detenue par les italiens, mais en plus ils ont un excedent primaire....les francais publient des articles pour les autres, histoire de se rassurer, alors que les situations ne sont pas comparables

à écrit le 27/09/2022 à 9:24
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Les dettes publiques qui concerne à des niveaux divers l'ensemble des pays sont une garantie pour l'industrie financière privée.. Et nous continuons dans le dette... Poutine et les chinois se marrent..

à écrit le 26/09/2022 à 22:53
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En Grande-Bretagne, il a suffi d'une proposition budgétaire mal ficelée du nouveau chancelier de l'échiquier Kwasi Kwarteng pour provoquer une vente massive de la livre sur les marchés.

à écrit le 26/09/2022 à 21:23
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Ça commence....déjà !

à écrit le 26/09/2022 à 21:01
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dragui a prevu que les allemands soient solidaires et reenchantes.......bon, greve de plaisanterie, ca risque quand meme de mettre l'economioe italienne au tas, alors qu'elle n'est pas en bonne forme.....par contre la dette a de la stabilite vu que c...

le 26/09/2022 à 23:58
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Non la dette italienne n est pas détenue majoritairement par les italiennes mais à 62% par de nombreux pays europeens dont majoritairement la France / Allemagne ( France : dans les fonds investis en Assurance - vie …)

le 27/09/2022 à 12:25
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@ churchill....de mal en pis 🤣

le 27/09/2022 à 16:48
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La dette publique de l’Italie est certes élevée. Mais en réalité le pays n’a pas de problème de solvabilité. La dette globale, qui inclut celle des ménages, des entreprises et des institutions financières, s’élève à 400 % du PIB, ce qui est assez peu...

à écrit le 26/09/2022 à 20:53
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J'ai appris cela par les médias télévisuels : en 10 mn : 3 fois nazi et 4 fois fasciste 10 fois extrême . Quel intérêt ? Cela en devient ridicule . J'en suis presque gêné pour les rédactions, si peu à dire ! Rien sur l'Italie ,la déliquescence des...

le 26/09/2022 à 22:07
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Tout a fait d'accord avec vous, on pourrait parler de bouillie d'informations qui n'apprend rien à personne, qui n'informe de rien sans aucune profondeur. Heureusement qu'il y a la presse écrite...

le 27/09/2022 à 9:46
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Oui, on dirait que les "journalistes" comme leurs associés politiques ont remplacé le clergé et ne font que des homélies sans travail d'information. Malheureusement in n'y a plus de séparation des pouvoirs temporel et spirituel, les bienpensants gauc...

à écrit le 26/09/2022 à 20:30
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Il n'y a aucune inquiétude à avoir de ce côté là. La BCE a fait tourner la planche à billets, elle la fait tourner, et elle continuera à la faire tourner, pour l'Italie et pour les autres. Trop de choses sont en jeu : la cohésion européenne, la démoc...

le 26/09/2022 à 22:51
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Tout à fait. + 1.

le 27/09/2022 à 12:36
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The Sky is the limit! La BCE ne pourra pas faire tourner la planche à billet indéfiniment pour une union européenne sans frontière totalement balkanisée de toute part. Pour rappel, un certain président français souhaitait intégrer la Turquie...

à écrit le 26/09/2022 à 20:25
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20 points de base, c'est +0,2% en taux : quelle envolée ! C'est terrible ! Les journalistes, trouvez autre chose pour nous tenir éveillés. Merci.

à écrit le 26/09/2022 à 20:19
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Vivement que tout cela s'écroule

le 27/09/2022 à 0:01
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Ben oui tu t écrouleras avec car tu fais parti que tu ke veuille ou pas du système … et puis ton souhait est très loin d être majoritaire sinon ça serait déjà fait …

à écrit le 26/09/2022 à 19:28
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Voilà ce qui nous guette si on continue à s'endetter. Si la défiance s'installe, les taux d'intérêts de la dette Française prendra aussi l'ascenseur. En 2023, déjà nous paierons 51 MILLIARDS d'intérêt au lieu de 37 Milliards.

le 26/09/2022 à 20:16
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Bin France trésor va emprunter 270 milliards €.. record absolu. Vous pensiez qu'il en irait autrement ?

le 26/09/2022 à 20:26
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La dette souveraine sert justement à soumettre la politique d'un pays à la volonté de la finance internationale. C'est une nouvelle monarchie qui s'est mise en place pour neutraliser la démocratie. Le titre de noblesse est simplement remplacé par le ...

le 27/09/2022 à 0:03
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Dites cela à la génération 1945-1960 qui a largement endetté la France …. A quand une réforme des retraites qui rééquilibrent la balance vers le travail et non l oisiveté / retraite ….

à écrit le 26/09/2022 à 19:20
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Avant même d'avoir vu à l'oeuvre un parti démocratiquement élu, mais pas du côté de la doxa en cours, les sanctions tombent.....Mais non, c'est du complotisme...

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