Avec la seconde vague, l'économie européenne se fragmente encore plus

La France, l'Espagne et les Pays-Bas devraient voir l'activité se contracter de nouveau au quatrième trimestre en raison de la structure de leur économie, plus vulnérable aux restrictions sanitaires, et de l'intensité de ces dernières, estime l'assureur-crédit Euler Hermès dans une récente étude. Avec la mise en place de mesures plus drastiques pour limiter la propagation du virus dans ces pays, les risques de divergences au sein l'Union européenne s'amplifient à nouveau.
Grégoire Normand
(Crédits : Fabrizio Bensch)

Les nuages s'amoncellent pour l'Espagne, la France et les Pays-Bas. Selon une récente étude du cabinet Euler Hermes, le produit intérieur brut (PIB) devrait reculer respectivement de 1,3%, 1,1% et 1% au cours du dernier trimestre 2020. À l'inverse des pays comme l'Allemagne ou la Finlande semblent plus épargnés.

"L'été s'est arrêté prématurément pour plusieurs pays européens, avec la réintroduction de mesures de distanciation sociale par les gouvernements au mois d'août. Tandis que tous les pays européens ont enregistré une hausse du nombre de cas, notre carte des risques sanitaires montre une forte divergence entre les pays les plus performants (Allemagne, Finlande) et les pays à la traîne (Espagne, France, Pays-Bas) qui ont perdu le contrôle de la pandémie une nouvelle fois", expliquent les économistes dans leurs travaux.

La multiplication des foyers de contamination au cours de ce début d'automne et le durcissement des mesures pour freiner l'endiguement du virus ont assombri les perspectives de la zone euro. La crainte d'une double récession menace clairement la stabilité de la zone monétaire déjà minée par de fortes disparités.

L'économiste de l'Observatoire français des conjonctures économiques Magali Dauvin le rappelait lors d'un récent point presse:

"Au plan géographique, il y a de fortes hétérogénéités. L'Espagne connaît la pire chute. Les mesures de restriction ne permettent pas, à elles seules, d'expliquer la chute du PIB en Europe. Il y a plusieurs facteurs, comme le poids des secteurs perdants dans la valeur ajoutée du PIB."

> Lire aussi : La débâcle de l'économie européenne ravive les divergences Nord-Sud

Les services et la consommation frappés de plein fouet

Les indicateurs sont dans le rouge pour la plupart des pays qui dépendent des services, de la consommation ou encore du tourisme. Pour les trois pays précités (Espagne, France et Pays-Bas), les économistes ont révisé à la baisse leurs projections de croissance en raison notamment des restrictions qui pèsent sur ces composantes importantes de la croissance.

Pour la France par exemple, le durcissement des mesures d'endiguement (fermetures des bars), auxquelles il faut ajouter dorénavant un couvre-feu dans les grandes métropoles et l'Île-de-France devraient plomber l'activité pour la fin d'année. Compte tenu du poids économique de la région francilienne, la croissance devrait à nouveau reculer entre octobre et décembre après un printemps déjà désastreux. En outre, le faible rebond du tourisme international pourrait également réduire les possibilités de reprise rapide pour l'hôtellerie parisienne. À l'approche de la fin d'année, de nombreux commerçants redoutent des fêtes de Noël au ralenti.

En Espagne, l'onde de choc continue de se propager. Après un printemps catastrophique, Madrid et Barcelone sont à nouveau dans une situation délicate à gérer avec des restrictions dans ces poumons économiques.

"Cette seconde vague est un test pour le modèle économique clé pour les pays de la zone euro; le retour à un niveau d'activité similaire à celui d'avant-crise devrait prendre du temps. L'Espagne et le Portugal, où le tourisme est une locomotive, seront à surveiller."

En outre, le poids du tertiaire dans la valeur ajoutée de ces pays a pris des proportions importantes ces dernières décennies (autour de 70% selon les données de la Banque mondiale). Ce qui peut amplifier leur vulnérabilité lors d'une crise comme celle de la Covid-19.

Un plan de relance qui se fait attendre

La reprise économique en Europe pourrait se faire attendre. Après de fortes divergences de vues entre les pays dits "frugaux" et les autres dits "dispendieux", les chefs d'État européens ont réussi à se mettre d'accord sur un plan de relance à la fin du mois de juillet d'environ 750 milliards d'euros. Près de trois mois après cette annonce, les négociations patinent.

Réunis en fin de semaine dernière à Bruxelles, les pays ont buté sur la mise en application de ce plan de relance. Emmanuel Macron a appelé vendredi à un "esprit de compromis" pour débloquer les négociations sur le budget et le plan de relance européens, à l'issue de ce sommet. Alors que le budget de l'UE 2021-2027, sur lequel s'adosse le plan de relance post-Covid, est au coeur d'âpres pourparlers entre le Parlement européen et les États membres, le président français a déclaré:

"Il est important que nous travaillions tous ensemble à bâtir les conditions d'un accord le plus rapide possible."

Actuellement, l'un des points d'achoppement entre les pays membres est le versement des aides en fonction du respect de l'état de droit. Plusieurs États sont régulièrement épinglés comme la Hongrie de Victor Orban pour manque de respect des valeurs démocratiques de l'Union européenne. Le régime vient d'être condamné par la justice européenne après la fermeture d'une université.

Grégoire Normand

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