BCE : vers une hausse des taux directeurs dès juillet

Réunissant son conseil des gouverneurs ce jeudi, la Banque centrale européenne devrait accélérer le calendrier du resserrement de sa politique monétaire pour calmer l'inflation qui a atteint 8,1% en zone euro sur un an en mai. Les experts tablent sur l'annonce d'un relèvement des taux de 25 points de base dès le mois prochain.
Robert Jules
Siège de la BCE, à Francfort (Allemagne).
Siège de la BCE, à Francfort (Allemagne). (Crédits : Reuters)

La Banque centrale européenne (BCE) va-t-elle durcir sa politique monétaire? C'est à cette question que va devoir répondre le conseil des gouverneurs de l'institution de Francfort lors de leur réunion ce jeudi. Fin mai, sa présidente Christine Lagarde avertissait dans une analyse publiée sur le blog de la BCE: "Sur la base des perspectives actuelles, nous devrions être en mesure de sortir des taux d'intérêt négatifs d'ici la fin du troisième trimestre". Mais, depuis ce constat, les chiffres de l'inflation en mai (8,1% sur un an contre 7,4% en avril) ont montré que la hausse des prix générale tend à s'accélérer dans les 19 pays de la zone euro.

"Nous nous attendons à ce que la BCE annonce la fin de son programme d'achats d'actifs nets et s'engage à augmenter ses taux de 25 points de base en juillet, sa première hausse en 11 ans. Pendant ce temps, tous les yeux seront rivés sur le recalibrage des orientations prospectives de la BCE en matière de normalisation de sa politique monétaire, y compris sur le rythme envisagé et sur l'objectif de taux", indique Katharina Utermöhl, économiste chez Allianz Trade.

Fenêtre de tir étroite

La BCE reste l'une des rares banques centrales à ne pas avoir enclenché une hausse des taux. "Avec des pressions inflationnistes qui continuent de se renforcer et un contexte économique toujours soutenu par les services, la BCE a une « fenêtre de tir » étroite pour relever le taux d'intérêt d'ici les 12 prochains mois en débutant le mois prochain", estime pour sa part John Plassard, chez Mirabaud Equity Research. Selon lui, "le marché se concentrera sur la question de savoir si une hausse de 50 points de base est possible. De nombreuses institutions, dont la Danske Bank, s'attendent à ce que l'institution monétaire relève ses taux de 25 points de base à chaque réunion jusqu'en mars 2023 avec un « risque » non négligeable d'avoir une ou plusieurs hausses de 50 points de base."

Cette perspective est à mettre en rapport avec les projections des institutions internationales. Dans son rapport publié ce mercredi, l'OCDE prévoit un taux d'inflation de 7% dans la zone euro, largement supérieur à l'objectif de 2%, et de 8,5% pour l'ensemble des pays de l'OCDE, soit une projection qui a doublé par rapport à la précédente estimation.

Similitudes avec les années 1970

La veille, la Banque mondiale, qui prévoit une inflation élevée durant les prochaines années et un scénario de récession pour de nombreux pays, perçoit, dans cette hausse des prix, des similitudes avec celle des années 1970: "Des perturbations persistantes de l'offre qui alimentent l'inflation, précédées d'une période prolongée de politique monétaire très accommodante dans les principales économies avancées, des projections de ralentissement de la croissance, des économies émergentes et en développement vulnérables face à la nécessité d'un durcissement de la politique monétaire pour maîtriser l'inflation".

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Ce commentaire devrait résonner comme un avertissement pour Christine Lagarde qui a durant des mois considéré - au moins jusqu'à la guerre en Ukraine - que l'inflation élevée était "transitoire", choisissant le soutien à l'économie de la zone euro via des taux négatifs au détriment de la lutte contre la hausse généralisée des prix. Une erreur d'appréciation qu'a pour sa part reconnue Janet Yellen, ancienne présidente de la Fed et actuelle secrétaire au Trésor américain, qui a fait son autocritique cette semaine à la télévision, jugeant qu'elle avait sous-estimé la durée et les conséquences de la pandémie du Covid-19.

Car l'OCDE table désormais sur une croissance mondiale de 3% en 2022 et 2,8% en 2023 contre respectivement 4,5% et 3,2% estimés en décembre. Pour la zone euro, la révision est encore plus ample. L'organisation anticipe une croissance de 2,6% cette année et 1,6% l'année prochaine contre 4,3% et 2,5% estimés en décembre.

Mais l'hésitation de la Banque centrale européenne s'explique également par une situation différente de celle à laquelle est confrontée la Fed aux Etats-Unis. "En plus d'être plus exposée au conflit en Ukraine, la BCE est également gênée par le risque de voir les coûts d'emprunt grimper en flèche dans les pays d'Europe du Sud lourdement endettés comme l'Italie. L'écart entre les coûts d'emprunt à 10 ans de l'Italie et ceux de l'Allemagne est déjà devenu le plus important depuis que la pandémie a provoqué des turbulences sur les marchés de la dette en 2020. Alors que certains responsables de la BCE ont parlé du lancement d'un nouvel instrument pour contrer ce risque, sans un engagement plus ferme, les écarts pourraient exploser et forcer la BCE à prendre un temps d'arrêt sur les hausses de taux", explique Alexandre Hezez, stratégiste, chez Banque Richelieu.

Les écarts de taux avec l'Allemagne s'accroissent

Si le taux à 10 ans allemand évoluait ce mercredi autour de 1,35% ayant progressé de 1,6% sur un an, le taux à 10 ans italien se situait, lui, à 3,485% (+2,66% sur un an) tandis que le 10 ans français était à 1,872% (+1,76% sur un an) et le 10 ans espagnol à 2,48% (+2,08% sur un an). Parmi les principales économies de la zone euro, l'Italie est le pays le plus exposé à une hausse des taux directeurs de la BCE qui pourrait donc créer un instrument ad hoc pour aider le gouvernement de Mario Draghi à se refinancer.

Reste que, pour l'institution de Francfort, les marges de manœuvre deviennent de plus en plus étroites d'autant que les inconnues sont nombreuses. Si l'OCDE entrevoit un apaisement de la hausse des prix en 2023, en revanche, avertit-elle, "les pressions inflationnistes pourraient se révéler plus fortes qu'anticipé" en cas d'arrêt brutal des exportations russes de gaz en Europe, de la poursuite de la hausse des prix de l'énergie et de la persistance des perturbations des chaînes d'approvisionnement!

Finalement, la seule certitude, comme le disait le mois dernier Joachim Nagel, le patron de la Bundesbank, c'est que "les taux d'intérêt négatifs appartiennent au passé".

Robert Jules

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Commentaires 2
à écrit le 09/06/2022 à 14:15
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Nous sommes partis pour une course de la BCE derrière l’inflation (qui va se calmer mais ce qui signifie simplement que les prix vont rester élevés), et les taux à 10 ans à 2% quasi aujourd’hui.. la BCE montre ce qu’elle est: une alliée des états dis...

à écrit le 08/06/2022 à 18:36
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L'essentiel est la fin du programme d'achats d'actifs nets. La BCE n'a pas à aider les pays à se refinancer surtout dans un contexte où les états ont financés des dépenses improductives juste pour acheter la paix sociale et ne pas dire la vérité aux ...

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