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ÉconomieUnion européenne

Brexit : au Royaume-Uni, un an de confusion et d'incertitudes

Photo de Sasha Mitchell

Sasha Mitchell

Publié le 23 juin 2017 à 06:00 - Mis à jour le 24 juin 2017 à 13:01

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Confronté à une situation inédite, le gouvernement britannique, emmené par Theresa May, a tenté pendant un an d'élaborer un plan de sortie de l'Union européenne. Au cœur d'un climat politique et économique particulier. Récit en trois temps.

Le 23 juin 2016, une courte majorité de Britanniques décidait de voter en faveur du Brexit. Un an après, La Tribune dresse le bilan de douze mois mouvementés, ponctués par le début officiel des négociations entre le Royaume-Uni et l'UE.

________________________

Le 24 juin 2016 au petit matin, une onde de choc secoue les îles britanniques. Et se propage à travers le Vieux continent. A une courte majorité, 51,9% des voix exprimées, les habitants du Royaume-Uni ont fait leur choix : après plus de quarante années mouvementées passées au sein de l'Union européenne, le pays doit couper les ponts.

Déterminés à limiter l'immigration venue d'autres Etats membres et à retrouver une souveraineté qu'ils considéraient abandonnée à Bruxelles, les électeurs de droite sanctionnent par ce vote leur Premier ministre, David Cameron. Après trois ans de négociations avec l'UE et l'obtention d'un statut particulier pour le pays, le leader des conservateurs avait en effet convoqué ce référendum persuadé que les Britanniques opteraient pour la continuité. Les électeurs de gauche, eux, exaspérés par une institution jugée trop bureaucratique, pas assez démocratique et incapable de se réformer - en témoigne le sort réservé à la Grèce, à l'Espagne et au Portugal - choisissent à plus de 35% de cocher la case "Leave". A rebours de la position officielle du Labour. Préférant, sans doute, s'en remettre à l'écrivain national, emblématique et engagé à gauche, George Orwell : "Nul ne peut voir le monde moderne tel qu'il est sans reconnaître la force du patriotisme, de la loyauté nationale, écrivait-t-il en 1941 dans "Le lion et la licorne : socialisme et génie anglais". "Dans certaines circonstances il peut se décomposer, à certains niveaux de civilisation il n'existe pas, mais comme force positive il n'existe rien de mieux."

Acte I : un été de transition et de flottements

Dos au mur, accusé d'avoir voulu satisfaire la frange eurosceptique de son parti en jouant l'avenir du pays sur un simple scrutin, David Cameron présente sa démission le jour-même, alors qu'en parallèle, face à l'incertitude de la situation, la livre sterling plonge à son plus bas niveau depuis trente ans. Partisan du Leave, l'ancien maire conservateur de Londres Boris Johnson - qui promettait 350 millions de livres par semaine au système de santé en cas de Brexit -  apparaît alors comme le nouveau locataire naturel de Downing Street. Mais au terme d'une courte campagne interne de trois semaines, c'est finalement la ministre de l'Intérieur Theresa May, seule en lice après le retrait de tous ses concurrents, qui prend les rênes du parti et donc du pays.

Officiellement en faveur du Remain, la nouvelle Première ministre se retrouve contrainte de mener à bien la procédure de divorce entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Respect, logique, de la volonté de 17 millions de personnes. "Brexit means Brexit", martèle May dès sa prise de fonction, le 13 juillet. Mais que signifie réellement le Brexit ? Si la procédure d'adhésion à l'UE est connue de tous, aucun précédent, aucune feuille de route n'existe pour la démarche contraire.

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Au cours de l'été, la Première ministre tente donc d'établir une stratégie, entre les fuites dans la presse affirmant que des membres de son gouvernement souhaitent une sortie de l'union douanière, et les pressions du secteur de la finance - début août, le lobby TheCityUK réclame une sauvegarde de l'accès au marché unique. Sans grand succès. Le manque de préparation et d'anticipation des responsables politiques face à la situation est criant. Theresa May se contente d'assurer que le Brexit aura bien lieu et que l'article 50 du traité de Lisbonne, réservé aux pays souhaitant quitter l'UE, ne sera pas invoqué avant... avril 2017. Dans le même temps, l'Union européenne avertit Londres que le Royaume-Uni ne pourra pas choisir "à la carte" les avantages qu'il souhaite conserver une fois le Brexit effectif.

Acte II : le tournant de la conférence d'octobre

Des précisions arrivent, enfin, au début de l'automne. Après un mois de septembre marqué par la prise de position du ministre du Brexit, David Davis, en faveur d'un deal qui permettrait au pays de "contrôler [ses] frontières, [ses] lois et l'argent du contribuable", la cheffe du gouvernement détaille son plan lors de la conférence du parti conservateur, le 2 octobre. Le calendrier est officiellement établi - l'article 50 sera déclenché fin mars - et la perspective d'un "hard Brexit, d'une rupture nette avec l'UE se confirme. "Si c'est la seule manière de mettre fin à la libre circulation des personnes entre le Royaume-Uni et l'Union européenne", explique Theresa May. Dans la foulée, la livre sterling poursuit sa chute et le patron de l'association des banquiers britanniques, Anthony Browne, assure que bon nombre d'établissements se préparent à des délocalisations. Contrairement aux prévisions pré-référendum, l'économie, elle, portée par la consommation des ménages, résiste bien. De l'aveu-même de la Banque d'Angleterre.

| Lire aussi : Brexit : le "projet en béton" de Theresa May fait... trois lignes

L'automne marque, aussi, le début des ennuis politiques pour la Première ministre. Un détail n'a pas échappé aux observateurs lors de la conférence : le gouvernement prévoit d'enclencher l'article 50 du traité de Lisbonne sans consulter le Parlement. Une hérésie, dans un pays où la Chambre des communes et la Chambre des lords sont les garants des intérêts du public et contrôlent l'action du gouvernement. Après un recours devant la Haute cour, et un déchaînement des tabloïds de droite contre les "ennemis du peuple" qui refuseraient de respecter la volonté populaire, le Parlement est autorisé à voter sur la question. La procédure est longue, rythmée par les navettes entre les chambres basse et haute, avant de déboucher, sans suspens, sur une validation du calendrier du gouvernement, mi-mars 2017. Entre temps, Theresa May a encore précisé ses intentions : le pays sortira bien du marché commun et de l'union douanière et traduira certaines lois européennes dans le droit britannique, via une grande loi d'abrogation ("Great repeal bill"). En réaction, HSBC annonce son intention de délocaliser 1.000 emplois à Paris. Le "hard Brexit", et le spectre du "no deal", se profilent bel et bien à l'horizon.

De quoi fortement déplaire à la Première ministre écossaise. A la veille du déclenchement de l'article 50 le 29 mars, Nicola Sturgeon réclame à Londres la tenue d'un second référendum d'indépendance, moins de trois ans après le refus de toute cession par une majorité d'Ecossais. La raison ? L'Ecosse a voté contre le Brexit et souhaite donc rester dans l'Union européenne. Refus catégorique de May. "Ce n'est pas le moment."

Acte III : le mandat perdu

Moins de trois semaines plus tard, pourtant, la Première ministre tente son propre coup de poker, alors que l'économie montre ses premiers signes de ralentissement. Souhaitant profiter de l'état de faiblesse manifeste du principal parti d'opposition, le Labour, et de l'écroulement total du parti europhobe UKIP, la leader conservatrice revient sur sa promesse de respecter le calendrier électoral et annonce son souhait de convoquer des élections anticipées. Son objectif ? Amplifier une faible majorité absolue de cinq députés, afin d'avoir les mains libres pour négocier le Brexit et s'affranchir de la frange eurosceptique du parti. Après six semaines d'une campagne ratée, marquée par deux attentats et au cours de laquelle il n'est quasiment jamais question du Brexit, May subit un revers cinglant et inattendu, le 8 juin, à onze jours du début des négociations officielles sur le Brexit. Les conservateurs perdent leur majorité absolue et se voient contraints de négocier une alliance avec les ultra-conservateurs nord-irlandais du DUP. Au sein du parti, de nombreuses voix, dont celle du ministre des Finances Philip Hammond, s'élèvent pour réclamer une approche calquée sur le "soft Brexit" du Labour.

Le 19 juin, à Bruxelles, le ministre du Brexit David Davis est arrivé en représentant d'un gouvernement à la peine, fragilisé. Face à lui, une Europe des 27 soudée, une fois n'est pas coutume. Les discussions vont durer deux ans, notamment pour parvenir à un entente sur le futur accord commercial, avant le départ officiel du Royaume-Uni, le 29 mars 2019. Comme elle a débuté, l'année se termine par un pari perdu. Et à venir, davantage encore de confusion et d'incertitudes.

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Sasha Mitchell

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