Brexit : dans tous les cas, "la Grande-Bretagne sera perdante, et c'est une tragédie" Thierry Breton

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Je vais le dire avec mon cœur, ce Brexit est une tragédie, déclarait lundi le commissaire au Marché intérieur Thierry Breton. Car, quel que soit le résultat des négociations, la Grande-Bretagne sera perdante.
"Je vais le dire avec mon cœur, ce Brexit est une tragédie", déclarait lundi le commissaire au Marché intérieur Thierry Breton. Car, quel que soit le résultat des négociations, "la Grande-Bretagne sera perdante". (Crédits : Reuters)
Selon le commissaire européen au Marché intérieur, le match est plié: qu'on trouve un accord ou que ça se finisse en "No Deal", Londres a beaucoup plus à perdre au change que l'Union européenne. Les chiffres parlent d'eux-mêmes: le royaume exporte 45% de ses produits vers le continent tandis que l'Europe n'exporte que 5,5% de ses produits outre-Manche.

Accord post-Brexit ou pas, l'Europe a beaucoup moins à perdre économiquement que le Royaume-Uni, qui s'avère très dépendant à l'égard du Vieux continent, selon des économistes, même si Londres devrait conserver sa suprématie financière.

"Je vais le dire avec mon cœur, ce Brexit est une tragédie", déclarait lundi le commissaire au Marché intérieur Thierry Breton. Car, quel que soit le résultat des négociations, "la Grande-Bretagne sera perdante".

À quelques jours de la date-butoir, les estimations parlent d'elles-mêmes : un no-deal entraînerait une perte de PIB pour l'UE de 0,75% d'ici à fin 2022. Côté britannique, la perte serait quatre fois plus importante, de 3%.

Lire aussi : Brexit : comment le gouvernement veut éviter le chaos

Certes, le coût de la pandémie aide à relativiser l'impact du Brexit: en 2020, le PIB de la zone euro devrait reculer de 7,8%, celui du Royaume-Uni de 11,3%.

Grande dépendance du Royaume-Uni avec l'UE pour les débouchés

"Cette pandémie rend le choc du Brexit presque supportable alors qu'il y a quelques mois on voyait vraiment un cataclysme", souligne Jean-Luc Proutat, économiste chez BNP Paribas.

Malgré cela, le Royaume-Uni risque de payer au prix fort sa volonté de recouvrer sa souveraineté, près de quarante ans après son intégration au marché commun.

Le royaume est en effet très dépendant de l'Europe pour ses débouchés commerciaux: il exporte 45% de ses produits vers le continent. Or, en cas de no-deal, ses produits vont être frappés de surcoûts douaniers (tarifaires et logistiques) d'environ 12% - contre 0% quand le pays était dans l'Union douanière, calcule Ana Boata, responsable de la recherche macroéconomique chez l'assureur-crédit Euler Hermès.

Et la dépréciation de la livre - de l'ordre de 10% selon elle - risque de renchérir les importations.

Or l'économie britannique est très fortement intégrée aux chaînes de valeur mondiales.

"Environ 56% des importations britanniques en provenance de l'UE sont des biens intermédiaires", soulignait récemment Paul Dales, de Capital Economics, dans une note intitulée "Brexit - un accord ou pas, là n'est pas l'essentiel".

À l'inverse, l'Europe n'exporte que 5,5% de ses produits outre-Manche. Mais tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne.

L'Irlande serait en première ligne: elle exporte 15% de ses biens et services vers le Royaume-Uni, mais 40% de ses produits agro-alimentaires, selon un rapport de Copenhagen Economics pour le gouvernement irlandais. Et deux tiers de ses entreprises exportatrices passent par le Royaume-Uni pour commercer avec le continent.

L'excédent commercial de la France avec son voisin est de 12,5 milliards

Dans le reste du continent, les pays du Nord, du Benelux, l'Allemagne et la France, aux liens commerciaux étroits avec le Royaume-Uni, ont aussi plus à perdre que ceux du Sud, à l'exception de Malte, du fait d'une relation historique avec Londres.

"Les petits pays ont tendance à être plus exposés car le commerce représente une part plus importante de leur PIB", explique Vincent Vicard, économiste au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii). Selon lui, l'industrie automobile allemande sera également très perturbée.

La France, pour sa part, a dégagé 12,5 milliards d'euros d'excédent commercial avec son voisin insulaire en 2019, où elle exporte son vin et ses produits de boulangerie. Elle s'attend à une perte de 0,1 point de PIB l'an prochain, quelle que soit l'issue des négociations. Sans parler du secteur, hautement symbolique, de la pêche, sur lequel les négociations butent toujours.

Lire aussi : Commerce extérieur : 120.000 entreprises françaises exposées au Brexit

L'exode des services financiers n'a pas (encore) eu lieu

Côté britannique, l'exode prédit dans les services financiers au moment du vote pour le Brexit n'a pas eu lieu toutefois.

"L'avenir de La City ne semble pas remis en question à court terme car il n'y a pas de nouveau centre financier qui émerge en Europe", estime Vincent Vicard. Les relocalisations, qui concernent 7.500 emplois selon le cabinet Ernst and Young, "se sont dirigées vers plusieurs places financières, en Irlande, en France, en Allemagne, au Pays-Bas, au Luxembourg, qui n'ont pas du tout la même envergure que la City" de Londres et ses 450.000 cols blancs.

Et le choc d'un no-deal pour le Royaume-Unis devrait être amorti par les "nombreuses dispositions" déjà prises depuis l'accord de retrait, rappelle Paul Dales.

Lire aussi : Brexit : près de 4.000 emplois dans la finance en cours de délocalisation à Paris

Le Royaume-Uni a conclu plusieurs accords de libre-échange avec des États non européens, comme le Japon, la Corée du Sud, la Suisse ou Israël pour remplacer ceux qui avaient été négociés par l'UE. En attendant le grand accord rêvé par Londres avec les Etats-Unis.

Lire aussi : Droits de douanes: le Royaume-Uni conclut son premier accord commercial majeur post-Brexit avec le Japon

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Commentaires
a écrit le 28/12/2020 à 13:14 :
les britanniques ont-ils demandé l'avis de ce Commissaire ?
d'autres peuples européens ?
a t-il le temps de vérifier que les règles qui régissent l'accès au marché intérieur de l'UE sont bien respectées par les exportateurs de pays tiers ?
a écrit le 26/12/2020 à 10:21 :
Ben finalement Thierry, que ton cœur se rassure, ils s'en sortent finalement pas mal du tout les anglais... :-)

Vite un frexit, tu vois c'est moins triste que tu ne le pensais de sortir du consortium financier ?

Vous avez pas honte les gars quand même hein...
a écrit le 23/12/2020 à 14:30 :
Ceux qui ont le + à perdre ce sont les hauts fonctionnaires européens et tous les comités Théodule dans lesquels ils gravitent!
a écrit le 23/12/2020 à 13:14 :
A voir... d’après ce que je lis des negos en cours on parle d’un accès au marché de l’UE sans droit de douane ni aucune contrainte et avec une baisse de 25 à 35% des quotas de pêches pour l’Union européenne ! On voit bien qui est perdant...
a écrit le 23/12/2020 à 11:47 :
Si c'était vrais, en tant que commissaire européen, il devrait s'en réjouir au lieu de le déplorer. Encore du baratin de technocrate complètement à côté de la plaque et totalement irresponsable.
a écrit le 23/12/2020 à 8:53 :
Ras le bol de cette négo sans fin et comme d'habitude l'UE est incapable de dire non de quitter définitivement la table et de tourner la page. Cette histoire sans fin sera à l'avantage de la GB. L'UE négocie depuis 7 ans avec la Chine et des résumés nous voyons encore de l'UE est incapable de protéger son marché, sa propriété intellectuelle. L'UE une machine technocratique bien loin de la défense de son marché de ses emplois… une machine à perdre pour l'avenir.
L'UE un projet magnifique mais qui ne peut se réaliser faute de politiciens autant à la commission qu'au parlement qui ne sont pas au niveau des espérances des citoyens européens. Voter pour l'Europe est devenue voter pour la perte de cette Europe .
Les grands discours de M. Macron ne sont qu''illusion. L'Union en tant que puissance économique, militaire politique n'existe pas. J'ai toujours voté pour cette Union mais cette affaire de Brexit qui montre s'il en était encore besoin d'une Europe incapable de prendre des décisions, demain mon vote sera blanc et peut-être NON à la vue de cette médiocrité de gouvernance.
a écrit le 23/12/2020 à 7:58 :
Ce qu'il oubli de dire, c'est que la liberté n'a pas de prix. Les anglais vont effectivement perdre dans un premier temps, mais c'est un pays qui sait rebondir. On voit bien aujourd'hui que l'Europe à plus de mauvais cotés que de bons : les migrants peuvent se déplacer sans papiers mais les citoyens doivent présenter un laissez-passer, l'euro coule l'économie française, nos administrations sont sous influences étrangères qui nous dictent nos lois. La "concurrence" si chère à l'europe n'est en fait que du dumping dans tous les domaines, fiscal, social et économique...
a écrit le 23/12/2020 à 4:22 :
Sacre breton, toujours peremptoire. On reparlera de tout cela dans quelques mois. Le RU a plus d'un tour dans son sac. Ici en Coree on se frotte deja les mains du nouveau marche. Beaucoup de choses vont changer, la France sera a terme perdante, dommage.
a écrit le 22/12/2020 à 20:13 :
je dois avouer que quand je vois le merdier dans le Kent avec les camions et les shortages en produits frais qui s'annoncent a cause du covid, , j'attend avec gourmandise de voir ce que va donner le brexit!
Réponse de le 23/12/2020 à 8:58 :
Ca fait 4 ans que tu attends Bob l' intox et toujours rien sauf qu' au bout c' est la liberté retrouvée!
a écrit le 22/12/2020 à 19:01 :
C est leur choix L Europe et sa mondialisation se découvre en pleine pandémie .. Les images de tous ces camions en file interminable. Que pense nos écologistes,
a écrit le 22/12/2020 à 18:55 :
B Johnson traite avec Poutine et basta l' UE, il dira quoi Breton ?
a écrit le 22/12/2020 à 18:34 :
Il va pas être content Breton :

La hausse du produit intérieur brut (PIB) au troisième trimestre a été revue à 16,0% au Royaume-Uni, un record, contre une première estimation à 15,5%, grâce à la réouverture de l'économie après une récession historique au printemps à cause de la pandémie.
a écrit le 22/12/2020 à 18:20 :
"Londres a beaucoup plus à perdre au change que l'Union européenne"
peu importe, chacun y perdra, comparer c'est comptable mais les GB vont bien continuer à acheter à manger, même si c'est plus cher suite aux frais de douane ? Le climat local ne permet pas d'avoir certains aliments qui auraient du mal à pousser en hiver en GB, il faut les acheter dans le sud. Ou peut-être restreindre fortement les variétés d'aliments dans les rayons, que du local vaille que vaille.
Réponse de le 22/12/2020 à 19:55 :
Londres a signé un contrat de libre échange avec Singapour
a écrit le 22/12/2020 à 17:46 :
"le royaume exporte 45% de ses produits vers le continent"

Et le RU fabrique quoi en fait ? Je viens d'apprendre que même doc martens faisait fabriquer ses godasses en Chine et ce depuis 10 ans maintenant... CE n'est plus que de la revente au final non ?

""Je vais le dire avec mon cœur...""

:D

"le Royaume-Uni risque de payer au prix fort sa volonté de recouvrer sa souveraineté"

Voilà c'est plutôt ça la vérité, en sein de l'empire prévu pour durer mille ans il n'y a ni souveraineté ni liberté, il faut obéir au dogme, point final.

Vite un frexit Monsieur Breton, il me tarde d'entendre encore votre coeur parler ! :D

Ah merci beaucoup tiens... ^^
Réponse de le 22/12/2020 à 19:31 :
Pour info le Royaume-Uni fabrique des produits d'entretien comme St Marc de Reckitt Benckiser, des sauces alimentaires Amora par Unilever tout en disposant de hautes technologies comme le concepteur de processeur pour téléphone ARM ou de puces graphiques Imagination Technologies.

Se mettre à dos le Royaume-Uni c'est tirer un trait sur la technologie européenne...
a écrit le 22/12/2020 à 16:58 :
Voilà qui va donner une "bonne leçon" aux États qui voudraient échapper à l’administration bruxelloise!
a écrit le 22/12/2020 à 16:20 :
demain la grande bretagne sort grandi
c'est toute vos théorie votre vision du monde qui périras
et avec votre mondialisme que plus personne ne souhaite
Réponse de le 22/12/2020 à 20:18 :
rendez vous dans moins de 5 ans ou vous verrez vos erreurs .
toutes et non toute , grandie et non grandi ! théories et non théorie , périra sans "s"
Moi je souhaite simplement ne plus voir 4 fautes grossièresde français dans si peu de mots .i

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