Carles Puigdemont, un indépendantiste dans la tourmente

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Carles Puigdemont lors d'un discours au parlement régional de Barcelone.
Carles Puigdemont lors d'un discours au parlement régional de Barcelone. (Crédits : Reuters/Albert Gea)
[Portrait] Carles Puidgemont, militant historique de l'indépendance catalane, poursuit son bras de fer avec Madrid. Lors de son discours d'investiture à la présidence de la région en 2016, il avait affirmé tout sa détermination en rappelant que "les envahisseurs seront chassés de Catalogne". Retour sur le parcours de cet élu, qui a cultivé son goût pour l'indépendance tout au long de sa vie.

Encore inconnu du grand public il y a quelques semaines, le président de l'exécutif catalan Carles Puidgemont est devenu la figure emblématique du mouvement pour l'indépendance de la Catalogne. Sous ces apparences discrètes, ce Catalan de naissance mène un combat sans merci contre le gouvernement central dirigé par Mariano Rajoy. Retour sur le parcours de cet élu au régionalisme exacerbé.

mariano rajoy

(Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy dans son bureau à Madrid le 11 octobre dernier. Crédits : Reuters.)

Un milieu modeste

Carles Puidgemont Casamajó est né le 29 décembre 1962 dans le petit village d'Amer de 2.000 habitants, situé dans la province de Gérone. Il passe son enfance dans une famille de huit enfants avec des parents travaillant dans la pâtisserie. A l'adolescence, son oncle l'emmène à des meetings sécessionnistes où il s'imprègne très tôt de toutes ces idées. Il étudie par la suite la philologie à Gérone avant d'entamer une carrière dans le journalisme. Passionné d'actualité et de politique, il commence sa carrière au début des années 1980 au quotidien El Punt, où il va prendre la rédaction en chef quelques années plus tard. A partir de 1999, il fonde l'Agence d'information catalane et prend la direction de la revue en langue anglaise Catalonia Today. A ce moment là, ce polyglotte travaille avec son épouse Marcela Topor, journaliste également.

Un nationaliste convaincu

En parallèle à sa carrière d'homme de presse, Carles Puidgemont construit progressivement son engagement politique en faveur d'un nationalisme exalté. A partir de 1980, il soutient un mouvement en faveur de la culture et de la langue catalane, la Crida. Il prend également part à la naissance des Jeunesses nationalistes de Catalogne à Gérone et se rapproche du mouvement de la Convergence démocratique de Catalogne. Toutes ces démarches, au cœur de la culture et de la politique régionales, vont conforter ses convictions nationalistes attachées à la défense de la langue notamment. La montée du nationalisme catalan, après le franquisme, est étroitement liée à la question linguistique, comme le rappelle l'universitaire Henri Boyer dans un article de la revue Mots. Les langages du politique.

"Le nationalisme qui s'est développé en Catalogne au 20e siècle a placé au cœur de sa construction idéologique la représentation de la langue comme fait différenciateur fondamental de la nation catalane. Ce nationalisme linguistique exemplaire, qui a conquis le pouvoir autonome après la fin du franquisme, a légitimé une vigoureuse politique de défense et de promotion du catalan, qui n'a, cependant, pas été sans susciter polémiques et oppositions."

Une première élection tardive

Entre ses premières années d'engagement et sa première élection au Parlement régional en tant que député en 2006, plus de 20 ans vont passer. Il devient conseiller municipal de Gérone en 2007 avant de prendre la mairie en 2011 en tant que candidat de Convergence démocratique de Catalogne. Peu de temps après son élection, il veut appliquer ses convictions en rebaptisant Gérone: Gerona (en castillan) devient ainsi Girona. Il devient, dans le même temps, président de l'association des municipalités pour l'indépendance.

En janvier 2016, le président indépendantiste sortant de la région de Catalogne Artur Mas a annoncé qu'il avait décidé de ne pas briguer un nouveau mandat. Il souhaitait ainsi ouvrir la voie à la formation d'un gouvernement indépendantiste à la tête de la Généralité. Une partie des indépendantistes était hostile au maintien d'Artur Mas, notamment certains membres de la Candidature d'unité populaire (CUP). Cette petite formation de gauche au sein du bloc indépendantiste avait annoncé, quelques jours auparavant, qu'elle ne soutiendrait pas la candidature d'Artur Mas pour un nouveau mandat, en raison de profondes divergences sur des questions telles que l'appartenance d'une Catalogne indépendante à l'Otan et à l'Union européenne. Ce retrait a laissé le champs libre à un autre candidat, Carles Puigdemont. Et depuis son accession à la présidence de la région, la notoriété de ce journaliste de 54 ans ne cesse de prendre de l'ampleur.

> Lire aussi : Catalogne : l'indépendantiste Artur Mas renonce à briguer un nouveau mandat

Un homme sous pression

La pression monte pour Carles Puidgemont. Le gouvernement espagnol a obtenu le soutien de l'opposition pour mettre la Catalogne sous tutelle et convoquer des élections en janvier afin de trouver une issue à la crise née des velléités d'indépendance de la plus riche région d'Espagne. Cette solution est possible en vertu de l'article 155 de la Constitution espagnole de 1978, qui n'a jamais été utilisé et permet à Madrid d'agir ainsi et de suspendre l'autonomie de la région. Les modalités de la prise de contrôle temporaire des institutions catalanes n'ont pas été détaillées. Mariano Rajoy, président du gouvernement, devrait les révéler samedi à l'issue d'un conseil des ministres extraordinaire. Si le processus de mise sous tutelle est enclenché, le bras de fer entre Madrid et le président catalan pourrait encore se durcir.

> Lire aussi : Catalogne : Madrid veut des élections en janvier

Par ailleurs, la multiplication des départs de sièges d'entreprises pourraient accroître la pression sur Carles Puidgemont. En seulement deux semaines, pas moins de 691 entreprises ont transféré leur siège social hors de Catalogne en raison de la crise politique, selon le dernier décompte du registre du commerce mardi dernier. "Il y a eu plus de départs ces dix derniers jours que sur les neuf premiers mois de 2017 réunis", a précisé la porte-parole du Registre du commerce et des sociétés à l'AFP.

> Lire aussi : Espagne : les perspectives économiques s'assombrissent

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Son parcours en quelques dates


1962 : naissance à Amer en Catalogne ; 

1982 : il devient journaliste au quotidien Punt ;

2006 : il est élu pour la première fois député catalan ;

2016 : il obtient la présidence de la Catalogne.

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Commentaires
a écrit le 25/10/2017 à 16:18 :
La révolte d'un peuple qui se fait asphyxier par une nomenklatura PP-Banquiers.
C'est le début de la fin de l'Europe telle que nous la connaissons.
Avant 5 ans ,la France,l'Espagne,l'Italie ... seront en ruine .
La révolte contre la Parasitocratie ne fait que commencer...
a écrit le 23/10/2017 à 22:15 :
Apparemment les lecteurs de la Tribune qui s'expriment n'ont aucune idée de ce qu'est une formation historique. Ils ne connaissent que leur catéchisme.
a écrit le 22/10/2017 à 10:33 :
Puigdemont est un grand alchimiste, il transforme l'or en plomb, et une région prospère en un pays du tiers-monde.
a écrit le 22/10/2017 à 9:33 :
Bravo mesdames et messieurs les indépendantistes catalans.

Vous avez été 90 % de 43 % de votants favorables à une déclaration d'indépendance, autant dire 38,7 % du nombre d'électeurs inscrits.
Malgré ce simulacre de référendum inabouti vous criez à la répression des droits à l'autodétermination des peuples face aux réactions de Madrid qui ne recherche qu'une réelle issue démocratique pour tous même si l'Espagne n'est pas décidée à subir une amputation de ses entités et territoires. L'indépendance n'est pourtant pas la seule issue aux exigences des catalans.

Vous piétinez vous même le droit de ne pas être d'accord avec vous aux 62 % de vos compatriotes qui ne se sont pas exprimé et dont une très grande partie ne vous est pas favorable. Certains d'entre vous ont même usé d'intimidation pour que le parti des réfractaires à la sécession reste caché et inaudible.
Ce n'est pas ainsi que l'on gagne un régime politique propre, solide, unanimement accepté et respecté.
CHAPEAU BAS !!!
Vos venez de prouver au monde entier que votre intelligence, votre maturité et votre tolérance restent à affiner. Et je préfère utiliser ces termes pour rester courtois.

Tous les observateurs et témoins étrangers peuvent se rendre compte de quel bord sont les putschistes, les tyrans, les fossoyeurs de votre propre communauté. Je ne dirai pas de votre province puisque même dans la province isolée de Barcelone vous n'êtes pas non plus majoritaires.

Vous aurez réussi la seule chose que même l'Autorité centrale de Madrid et le Roi d'Espagne n'aurait même pas osé tenter :cultiver une très sévère discorde à l'intérieur de votre communauté de catalans. Pourquoi s'y essayer puisque vous le faites si bien. A croire que le passé ne vous a rien enseigné.
Vos démonstrations ostentatoires sur les places publiques n'ont rien prouvé sinon que votre égocentrisme ne respecte rien lui même.

N'allez pas croire que vous obtiendriez la plus petite reconnaissance dans la persistance de vos choix. Vous y gagneriez une fermeture intégrale des frontières et un isolement qui vous amènerait à un état de grande pauvreté désertique dont personne ne vous plaindrait.

Il ne serait plus temps alors de chercher chez les autres une solidarité à laquelle vous auriez tourné le dos chez vous.
Réponse de le 23/10/2017 à 22:11 :
"Votre intelligence, votre maturité et votre tolérance restent à affiner". Bien sûr la vôtre est au plus haut niveau. Je salue en vous le phénix des hôtes de ces bois.
a écrit le 22/10/2017 à 8:59 :
Encore un idéaliste dangereux capable d'emmener son pays dans une guerre civile.
Sa place est en prison.
a écrit le 22/10/2017 à 8:58 :
Encore un idéaliste dangereux capable d'emmener son pays dans une guerre civile.
Sa place est en prison.
a écrit le 22/10/2017 à 7:25 :
A l'adolescence, son oncle l'emmène à des meetings sécessionnistes où il s'imprègne très tôt de toutes ces idées. I

Si son oncle l'avait emmené voir des matchs de foot , Il dirigerait le Barca !!!
Si son oncle l'avait emmené manger des glaces , il serait glacier ...

Comme quoi on peut devenir " intelligent et instruit " en étant un esprit faible CQFD.

a écrit le 22/10/2017 à 5:42 :
Pas courageux le catalan !! Alors que l'on allez voir ce que l'on allez voir ; il clame l'indépendance pour mieux se rétracter ! ensuite il clame que si le 155 est déclenché il déclarera de nouveau l'indépendance à 21 heures ; et PLOUF !! même en Catalogne il y a des girouettes .
a écrit le 21/10/2017 à 23:35 :
Ce type semble malade, venant de dénoncer la "pire attaque contre sa région depuis la dictature de Francisco Franco."
Sa stratégie est claire, aller à la guerre civile en cherchant perpétuellement la surenchère.
Sa place est en taule.
Réponse de le 22/10/2017 à 8:38 :
@grosse fièvre: 1) ce n'est pas à nous, mais aux intéressés à choisir leur destinée. 2) il est bien évident qu'aucun gouvernement en place n'a jamais accepté et n'acceptera jamais ce qui ne correspond pas à sa vision. Dans l'Histoire, ce sont les coups d'état et les révolutions qui ont tranché :-)
Réponse de le 23/10/2017 à 0:17 :
Mais justement, ils ont choisi leur destiné !
Avec la Constitution d'Espagne voté à la Mort de Franco par une majorité écrasante d’Espagnol ET de Catalan, c'est à dire il y a même pas une génération.
Et prouvez que les Catalans soient persécuté avec cette Constitution, c'est une région hyper prospère ! Et l'enseignement se fait en Catalan (la mort du récit National, voilà la racine du mal)!

Ou bien selon vous, tout un chacun pourrait reverser la table à envie (envie de payer moins d'impôt dans le cas ici) ?
Vous êtes pour la guerre civile à tout les étages ?
Alors il faut être légaliste, ça évite les n'importe quoi, de ce cas ci aux américains qui décime l'Irak et le moyen orient, "par envie".
Réponse de le 23/10/2017 à 7:57 :
@@Patrickb et papi mougeon: il ne s'agit pas de prouver quoi que ce soit de ma part. C'est aux locaux de décider pour eux-mêmes, pas à moi ou à toi. Mais bon, on comprend mieux pourquoi certains en France ont rejoint la milice Darnand et la division Charlemagne. Maréchal, nous voilà, n'est-ce pas :-)
Réponse de le 23/10/2017 à 14:14 :
Patrickb, il est interdit d'interdire, on arrive à saturation là.
Plus d’intérêt générale, moi je, au secours.
Votre idéologie va tout emporter, et ça vous plait on dirait
Réponse de le 23/10/2017 à 19:07 :
@68 en question: je dis et je répète que c'est aux locaux de décider et à personne d'autre. Si nos ancêtres aveint dû se satisfaire de ce qu'ils subissaient, on en serait probablement toujours à l'esclavage. Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi Rajoy a aussi peur d'un référendum qui trancherait la question une fois pour toute ? C'est ce qui s'est passé en Écosse et 2 fois au Québec :-)
a écrit le 21/10/2017 à 21:48 :
Il faut que les Catalans indépendantistes expliquent concrètement ce qu'ils mettraient
mettre en place, économie, santé, armée, police s'ils étaient indépendants.
C'est incompréhensible de risquer une guerre civile larvée alors qu'il ne semble pas pas qu'il y ait oppression des Catalans.
C'est incompréhensible ce entre nous qu'ils souhaitent.
Ils ne veulent plus partager la solidarité avec les régions les plus pauvres d'Espagne.
C'est un luxe et caprice de riches.
Réponse de le 22/10/2017 à 9:26 :
ce n est pas la raison de piétiner les Catalans ! bien des pays vont mal en Europe
a écrit le 21/10/2017 à 19:08 :
Que vont ils faire ? .... répression des élus du peuple , emprisonnement et vagues d'arrestations dans la rue , on recommence donc !
a écrit le 21/10/2017 à 18:13 :
On n'a toujours pas compris comment Carles comptait gagner l'indépendance...

L'effondrement de l'URSS a permit l’indépendance d'une ribambelle de pays, le Kosovo avait le soutient de l'ONU, la Crimée était attendu par la Russie, et les Kurdes ont les Américains, ou à défaut leurs armements, mais là ????

Ou alors il est un peu zinzin, s'il ne compte que sur la rue pour remporter le bras de fer avec Madrid...
a écrit le 21/10/2017 à 9:51 :
Face à l'hilarité galopante , il sait où il va , c'est un homme d'avenir .

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