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ÉconomieUnion européenne

Corruption : inquiète de l'utilisation des budgets de l'UE, Bruxelles veut suspendre des financements à la Hongrie

latribune.fr

Publié le 18 septembre 2022 à 15:37 - Mis à jour le 19 septembre 2022 à 05:15

Le premier ministre hongrois viktor orban lors d'une conference de presse a budapest, en hongrie

Victor Orban

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La Commission européenne a proposé dimanche aux Etats membres de suspendre 7,5 milliards d'euros de financements européens à la Hongrie, en raison de risques liés à la corruption, en attendant la mise en oeuvre de réformes. Le Parlement européen a estimé jeudi dernier, dans un rapport voté à une large majorité, que la Hongrie n'était plus une véritable démocratie mais « une autocratie électorale », appelant la Commission à « s'abstenir d'approuver le plan de la Hongrie tant qu'elle ne se sera pas conformée pleinement à toutes les recommandations » de Bruxelles.

Nouvelles tensions entre Bruxelles et Budapest. Alors qu'elle n'a toujours pas débloqué le plan de relance post-Covid de la Hongrie (5,8 milliards d'euros de subventions) pour des raisons liées au respect de l'Etat de droit, la Commission européenne a menacé de priver ce dimanche la Hongrie de 7,5 milliards d'euros de financements européens pour des raisons similaires puisqu'il s'agit des risques liés à la corruption dans ce pays. La Commission s'inquiète en effet de l'utilisation du budget de l'UE par le gouvernement du nationaliste Viktor Orban, au pouvoir sans interruption depuis 2010. Elle pointe notamment des « irrégularités » et « carences » dans les procédures de passation de marchés publics, la proportion « anormalement » élevée de candidatures uniques pour ces contrats, le manque de contrôle des conflits d'intérêt et de poursuites judiciaires en cas de soupçons de fraude.

« Les mesures proposées (par la Hongrie) pour remédier à la situation sont en principe de nature à répondre aux problèmes identifiés, si elles sont correctement traduites dans des lois et mises en œuvre en conséquence », a estimé Johannes Hahn, le commissaire européen au Budget.

En avril, la Commission avait déclenché l'encontre de la Hongrie une procédure jamais utilisée jusque-là, qui peut conduire à une suspension ou une réduction de certains fonds pour la période 2021-2027. L'exécutif européen suggère donc au Conseil européen, institution représentant les Etats membres à qui revient la décision finale, de suspendre 65% des fonds de trois programmes liés à la politique de cohésion, ce qui représente 7,5 milliards d'euros.

Une porte de sortie reste néanmoins ouverte. La Commission recommande au Conseil européen de se laisser jusqu'à trois mois pour évaluer la mise en œuvre des 17 mesures clefs auxquelles la Hongrie s'est engagée pour répondre aux préoccupations. La Commission réévaluera la situation le 19 novembre.

« Nous avançons dans la bonne direction. Nous continuons le travail (...) pour que le peuple hongrois reçoive les ressources auxquelles il a droit! », a réagi sur Facebook la ministre hongroise de la Justice, Judit Varga.

Budapest se démène pour tenter d'échapper au couperet, mais aussi pour convaincre Bruxelles de débloquer son plan de relance post-Covid. ,La Hongrie est le seul pays de l'UE dont le plan n'a toujours pas reçu le feu vert Bruxelles, pour les mêmes raisons liées au respect de l'Etat de droit. Faute d'accord sur le plan de relance hongrois d'ici à la fin de l'année, 70% des subventions seront perdues.

Création d'une « autorité indépendante » en Hongrie

Dans l'espoir d'apaiser les craintes de Bruxelles et de débloquer les fonds européens, la Hongrie a récemment annoncé qu'elle allait mettre rapidement sur pied une « autorité indépendante » pour lutter contre la corruption. Le nouvel organisme, qui doit être instauré d'ici au 21 novembre, sera chargé de « prévenir, de détecter et de remédier aux irrégularités » concernant la gestion de l'argent de l'Union européenne (UE). Cette dernière sera en mesure d'intervenir si d'autres tutelles compétentes « n'ont pas pris les mesures nécessaires » contre la fraude. En parallèle, un groupe de travail dédié à lutter contre la corruption, composé notamment de membres du gouvernement, va être mis en place d'ici au 1er décembre.

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Avant sa réélection en avril, le Premier ministre Victor Orban, coutumier des bras de fer avec Bruxelles, assurait ne pas avoir besoin de cet argent. Mais depuis, la situation économique s'est dégradée dans ce pays d'Europe centrale de près de 10 millions d'habitants, sur fond d'inflation et de chute du forint, la monnaie nationale. Fin août, la banque centrale hongroise a relevé son taux directeur à 11,75%, son plus haut niveau depuis 18 ans.

Selon Jozsef Peter Martin, responsable de Transparency International (TI) en Hongrie, « on peut douter qu'une institution puisse être indépendante sous le régime actuel » pour combattre la corruption. L'ONG, qui classe la Hongrie à l'avant-dernière place de l'UE en termes de corruption, attend de voir les détails pour se prononcer, a-t-il récemment dit à l'AFP.

Lois soumises au Parlement hongrois ce lundi

Le gouvernement a indiqué que les lois destinées à satisfaire l'UE seraient soumises au Parlement hongrois à partir de ce lundi. Leur entrée en vigueur est prévue pour novembre.

« Dernière chance pour Viktor Orban (...) Le temps des discussions est terminé », a tweeté l'eurodéputée française Valérie Hayer (Renew Europe). L'élu allemand Daniel Freund (Verts) a quant à lui jugé que les mesures proposées étaient « insuffisantes » et n'allaient « pas empêcher Orban et ses affidés de voler des fonds européen »".

Le Parlement européen a estimé jeudi dernier, dans un rapport voté à une large majorité, que la Hongrie n'était plus une véritable démocratie mais « une autocratie électorale », appelant la Commission à « s'abstenir d'approuver le plan de la Hongrie tant qu'elle ne se sera pas conformée pleinement à toutes les recommandations » de Bruxelles.

La Hongrie a toute fois un soutien : la Pologne, qui a a assuré dimanche qu'elle s'opposera à « toute démarche » de Bruxelles.

« La Pologne va s'opposer de toute force à toute démarche des institutions européennes visant à priver de fonds un pays membre, en l'occurrence la Hongrie, de manière absolument non autorisée », a déclaré le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki lors d'un point de presse.

_________

ZOOM- Méga-procès anticorruption au Panama : deux anciens présidents accusés

Deux anciens présidents du Panama, Ricardo Martinelli et Juan Carlos Varela, ont été mis en accusation vendredi par le parquet, lors des audiences préliminaires d'un méga-procès anticorruption qui s'est ouvert cette semaine dans la capitale du pays. Les deux hommes, qui se sont succédés à la tête du Panama entre 2009 et 2014, n'étaient pas présents à l'audience. Ils sont accusés d'avoir reçu des pots-de-vin versés par le groupe de construction brésilien Odebrecht. La multinationale a reconnu devant la justice américaine avoir distribué des millions de dollars pour se voir attribuer des contrats de travaux publics au Panama.

Outre Ricardo Martinelli et Juan Carlos Varela, une cinquantaine de personnes sont mises en cause dans ce procès, dont plusieurs anciens ministres. En 2016, le groupe Odebrecht avait reconnu devant un tribunal de Brooklyn (Etats-Unis) avoir distribué plus de 788 millions de dollars de pots-de-vin dans toute l'Amérique latine, dont 59 millions de dollars pour le seul Panama. Le groupe brésilien s'est vu notamment adjuger la construction des deux lignes de métro de la ville de Panama, l'agrandissement de l'aéroport international de la capitale, ainsi que plusieurs tronçons du boulevard de front de mer de la ville.

Le premier des deux ex-chefs de l'Etat a être mis en accusation vendredi a été Juan Carlos Varela (2014-2019). Le parquet l'accuse d'avoir reçu de l'argent d'Odebrecht à travers des sociétés-écrans et sur des comptes bancaires à l'étranger entre 2008 et 2014, lorsqu'il était président du parti de droite « Panamiste » et vice-président du pays.

Selon ces accusations, le parti de Juan Carlos Varela a reçu d'Odebrecht 10 millions de dollars, et les comptes en banque où transitait l'argent étaient notamment destinés à faire passer de l'argent au chef du parti. Selon le parquet, Juan Carlos Varela a reçu de l'argent d'Odebrecht également durant son mandat présidentiel, ce que conteste l'accusé. L'ancien président Martinelli (2009-2014), un prospère homme d'affaires qui possède notamment une chaîne de supermarchés, est lui aussi accusé d'avoir reçu illégalement de l'argent d'Odebrecht.

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Ricardo Martinelli avait « pleinement conscience de l'origine illicite des fonds » et avait même mis sur pied « toute une structure illégale » pour collecter les pots-de-vin, selon l'acte d'accusation lu à l'audience de vendredi. Deux fils de Ricardo Martinelli, détenus aux Etats-Unis après avoir été extradés du Guatemala où ils avaient été arrêtés, se sont de leur côté déclarés coupables d'avoir reçu 28 millions de dollars du groupe de BTP brésilien.

(AFP)

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