Élections en Allemagne : un succès pour Alice Weidel, la « dame de fer » anti-immigration et libérale de l’AfD

Alice Weidel, chef du parti de l'AfD, l'extrême droite allemande.
Sarah Knorr/dpa via Reuters Connect

Alice Weidel, chef du parti de l'AfD, l'extrême droite allemande.
Sarah Knorr/dpa via Reuters Connect
[Article publié le 19 février 2025 à 12H17 et mis à jour le lundi 24 février à 07H20]
C'est une percée inédite qu'a réalisée, dimanche, l'AfD. Le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) est arrivé en deuxième position de ces élections fédérales anticipées obtenant ainsi 20.8 % des voix après l'attelage CDU/CSU (28.6 %) porté par Friedrich Merz.
Un résultat qu'a salué sa cheffe de file, Alice Weidel,, le qualifiant d'« historique ». « Nous n'avons jamais été aussi forts au niveau national », s'est-elle réjouie, au quartier général de son parti à Berlin.
Cette docteure en économie et ancienne banquière chez Goldman Sachs de 45 ans a réussi à gravir les échelons du parti populiste. C'est la toute première fois, depuis sa création en 2013, qu'une femme représente ainsi l'AfD aux élections fédérales.
Élue depuis 2017 au Bundestag, celle que l'on surnomme la « dame de fer » en référence à Margaret Thatcher, qu'elle admire, ou encore la « princesse de glace » (Eisprinzessin), a même bénéficié du soutien du milliardaire Elon Musk. Le parti étant, selon lui, « le meilleur espoir pour l'Allemagne ». « AfD! » a-t-il encore posté dans la nuit de samedi à dimanche, dans un message assorti de drapeaux allemands. Viktor Orbán, le sulfureux Premier ministre hongrois, a, de son côté, estimé que la codirigeante de l'AfD était le « futur » du pays germanique.
Le parti se démarque par une ligne libérale. « Le programme est national libéral, avec un abaissement des taxes et de la fiscalité et une moindre intervention de l'État », pointe, en effet, Paul Maurice, secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri. Dès sa création en 2023, « c'était un parti composé de professeurs et d'économistes très conservateurs de l'Ouest allemand avec l'idée qu'il fallait revenir à une économie libérale sociale de marché », complète l'expert. Le parti a notamment été créé comme une alternative à la CDU, représentée par l'ancienne chancelière Angela Merkel.
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Dans son programme, l'AfD indique notamment vouloir éliminer les barrières commerciales. Il souhaite également conserver le frein à l'endettement et réduire les dépenses étatiques. Concernant les taxes, le parti veut supprimer l'impôt sur la fortune.
Une ligne totalement en accord avec Alice Weidel. Issue d'un milieu aisé de l'Allemagne de l'Ouest, elle a, d'ailleurs, été membre du parti libéral FDP avant de rejoindre l'AfD à ses débuts. « Elle a le profil typique d'un membre du FDP, très libérale à la fois sur les questions économiques et sur les questions de sociétés », complète Paul Maurice.
Mais, contrairement aux valeurs du FDP, la codirigeante du parti se démarque par ses positions anti-immigration et anti-islam. Le tournant vers un discours anti-immigration de l'AfD remonte à 2015. Parmi les principales mesures souhaitées par le parti : la limitation du droit d'asile, la réintroduction des contrôles aux frontières allemandes, des expulsions massives, la réduction des avantages sociaux pour les réfugiés, etc. L'AfD souhaite par ailleurs rendre plus difficile la naturalisation, même pour les enfants qui seraient nés sur le territoire allemand.
Et pour répondre à la ligne plus extrême du parti, Alice Weidel a durci ces derniers temps son discours. Elle n'a d'ailleurs pas redouté d'employer le mot « remigration » lors d'un congrès du parti à Riesa, le 12 janvier : « Je le dis très honnêtement, si cela doit s'appeler remigration, alors cela s'appellera remigration. » Un néologisme qui désigne l'expulsion, forcé ou non, des immigrés dans leurs pays d'origine.
Par ailleurs, les références ambiguës à l'égard du nazisme se sont multipliées durant la campagne. Un des slogans de l'AfD n'est autre qu'« Alice für Deutschland » (Alice pour l'Allemagne), proche du « Alles für Deutschland » des SA, la formation paramilitaire du parti nazi dans les années 1930.
Autre cheval de bataille du parti d'extrême droite : la sortie de l'Allemagne de l'Union européenne. Le parti reproche à Bruxelles une « dédémocratisation », une « centralisation, une surréglementation et une économie planifiée illégitime ». Il milite davantage en faveur d'une « fédération des nations européennes ». « Nous voulons à nouveau des États-nations responsables et souverains, qui vivent ensemble dans la liberté et l'autodétermination », précise le programme porté par Alice Weidel.
Le parti dénonce également le fait que l'Allemagne soit un gros contributeur de l'UE, mais aussi le manque d'application des critères de stabilité par les pays membres. Selon le Pacte de stabilité et de croissance (PSC), le déficit public des pays de la zone euro ne doit, en effet, pas dépasser les 3 % de PIB et les 60 % de dette.
« La princesse de glace » n'avait cependant que très peu de chance de devenir chancelière ou même vice-présidente du Bundestag. Et ce, en raison du « pare-feu » allemand (« Brandmauer »). Un principe qui consiste pour les partis traditionnels à ne pas s'associer à l'extrême droite. Une coalition entre cette dernière et la droite paraît donc peu probable, même si ce pare-feu a volé en éclat fin janvier, pour la première fois depuis 1945, après l'adoption d'un texte anti-immigration par le parti avec la CDU. Friedrich Merz, le chef des conservateurs, a toutefois assuré de nouveau qu'il excluait toute coopération avec le parti.
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Néanmoins, avec un tel résultat, le parti « va davantage compter, et avoir plus de députés, surtout si c'est le deuxième groupe parlementaire au Bundestag, donc le premier groupe d'opposition », anticipait Paul Maurice, avant l'élection. Et de conclure : « L'extrême droite va peser, mais elle n'aura pas de rôle politique au sens strict ».