Grèce : la fin de la mise sous tutelle après huit ans d'épreuves

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Un jour historique pour le premier ministre Alexis Tsipras: la Grèce est sortie de la tutelle européenne après huit ans.
Un jour "historique" pour le premier ministre Alexis Tsipras: la Grèce est sortie de la tutelle européenne après huit ans. (Crédits : Reuters)
Ce lundi 20 août 2018, après trois plans de sauvetage et 289 milliards d'euros d'aide financière, la Grèce est sortie officiellement de la tutelle de Bruxelles, du FMI et de la BCE. Cette période qui s'ouvre ne signe pas la fin de l'austérité, mais avec la perspective d'un Grexit qui semble s'éloigner, elle est l'occasion pour les institutions européennes de réaffirmer leur optimisme et leur solidarité.

Après huit ans sous perfusion, la Grèce sort officiellement ce lundi 20 août 2018 d'une longue mise sous tutelle. Un jour « historique », selon le Commissaire européen aux Affaires économiques et financières, à la Fiscalité et aux Douanes, Pierre Moscovici, pour le pays qui a émergé de son troisième plan d'aide à hauteur de 86 milliards d'euros.

C'est le résultat de la décision des ministres des Finances de la zone euro du 22 juin dernier d'alléger l'énorme dette grecque, qui s'élève à 180% de son PIB, et de la faire sortir de la tutelle de ses créanciers (la zone euro, la BCE et le FMI). Cela permettra aussi à Athènes de recommencer à se financer à terme sur les marchés.

« Pour la première fois depuis début 2010, la Grèce se tient debout sur ses deux pieds », s'est réjoui ce lundi 20 août 2018 Mario Centeno, le président du Conseil des gouverneurs du Mécanisme européen de stabilité (MES), qui préside aussi l'Eurogroupe et a piloté le dernier programme.

L'État-membre, qui s'était retrouvé « virtuellement » en faillite fin 2009, avait fait l'objet de trois plans successifs en 2010, 2012 et 2015 au cours desquels il a reçu 289 milliards d'euros du FMI, de l'Union européenne et de la Banque centrale européenne.

La crise financière mondiale de 2008 avec la faillite de la banque Lehman Brothers a précipité le sort du pays. La situation économique s'est alors détériorée et Athènes n'a plus été capable de trouver les financements nécessaires, l'obligeant à avoir recours aux institutions internationales. La crise de la dette en tant que telle a ensuite débuté en octobre 2009, lorsque le nouveau gouvernement socialiste élu a révélé que le déficit budgétaire du pays était trois fois plus élevé que le chiffre officiel annoncé par le précédent gouvernement conservateur. Un sauvetage financier a alors été mis en place par l'Union européenne, le FMI et la BCE en échange de mesures d'austérité drastiques, provoquant de violentes émeutes à Athènes.

La fin du troisième programme d'aide

La rencontre du 22 juin dernier avait également signé l'allongement des échéances de remboursement de la dette : les Grecs ne rembourseront une partie des prêts qu'en 2032 contre 2022 auparavant. En plus d'une réserve de précaution dont a été doté le Trésor grec, ces mesures visent à rassurer les investisseurs.

Mario Centeno a en effet souligné « l'effort extraordinaire du peuple grec, la bonne coopération avec l'actuel gouvernement grec et les efforts des partenaires européens », qui ont consenti ces prêts et cet aménagement de dette.

Les plans d'austérité imposés en échange de ces plans avaient été d'une violence sans précédent, faisant chuter le PIB du pays de 25 % en huit ans et poussant le chômage jusqu'à 27,5% en 2013.

« Cela a pris plus de temps que prévu, mais je pense que nous y sommes. (...) « L'économie grecque a recommencé à croître, il y a un excédent budgétaire (...) et le chômage baisse régulièrement », a ajouté Mario Centeno

La Grèce, qui perçoit en août 2018 sa dernière tranche d'aide de 15 milliards d'euros, s'est engagée à dégager un excédent budgétaire de 3,5% du PIB jusqu'en 2022, puis de 2,2% jusqu'en 2060.

La "surveillance renforcée" reste de mise

Le pays a été le premier à bénéficier de plans d'aide internationaaux, avant le Portugal, l'Irlande, l'Espagne et Chypre, mais aussi le dernier à en sortir.

Si « l'économie, la société et tout le pays entrent désormais dans une nouvelle phase », d'après le porte-parole du gouvernement grec Dimitris Tzanakopoulos, la cure d'austérité n'est pas finie. La Grèce restera sous surveillance jusqu'au remboursement total de la dette, notamment par le FMI bien qu'il ne participe pas financièrement au troisième programme grec. Chaque trimestre, la Commission européenne, la BCE ainsi que le FMI évalueront l'évolution économique du pays « afin de recenser les risques à un stade précoce ».

« La Grèce est un cas unique. Elle a reçu bien plus de prêts de notre part que tout autre pays. Aucun autre pays sous programme n'a reçu des sommes comparables. Par conséquent, la surveillance sera plus serrée que dans les autres cas et prendra la forme de ce que l'on nomme "surveillance renforcée" », a précisé Klaus Regling, le directeur général du Mécanisme européen de stabilité (MES).

Le FMI demeure très prudent : s'il prévoit une croissance de 2% pour 2018 et de 2,4% pour 2019, il souligne que « les risques extérieurs et intérieurs [étaient] orientés vers le bas ». Il a également invité à une révision « réaliste » des objectifs d'excédents budgétaires primaires.

"Je ne vois pas de raison de jubiler à propos de la sortie du mémorandum, parce qu'il est possible que nous allions de Charybde en Scylla", a même déclaré Thanos Veremis, professeur émérite d'histoire à l'Université d'Athènes, pointant la faiblesse du pouvoir d'achat des Grecs, soumis à une forte pression fiscale.

Le ciel s'éclaircit malgré quelques bourrasques persistantes

La sortie de ce troisième plan n'est qu'une étape. Les réformes qui doivent être votées au Parlement grec, la Vouli, et visant à assainir les finances publiques et à moderniser l'économie, risquent encore de déchirer le pays. Les grèves générales se sont multipliées depuis qu'Aléxis Tsípras a fait marche arrière sur la fin de l'austérité.

Le Premier ministre, qui a souvent gouverné sous la coupe de plans, devra encore accepter de nouvelles réformes en 2019 et 2020. Il annoncé vouloir instaurer plus de justice sociale pour que toute la population bénéficie du redressement économique. Il devrait s'exprimer à la télévision grecque demain mardi 21 août.

Car une amélioration commence tout de même à se faire sentir : l'activité économique retrouve la croissance à rythme annuel de 2,3 %, le tourisme est en plein essor et le chômage est passé sous la barre des 20%.

Éloignant de façon de plus en plus certaine toute possibilité d'un Grexit, l'Union européenne s'est félicitée de la sortie du dernier pays des plans d'aide, réaffirmant son optimisme et sa solidarité.

« Les réformes approfondies que la Grèce a menées à bien ont jeté les bases d'une reprise durable : cela doit être nourri et entretenu afin de permettre au peuple grec de récolter les fruits de ses efforts et de ses sacrifices. L'Europe continuera à se tenir aux côtés de la Grèce », a déclaré Pierre Moscovici.

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Commentaires
a écrit le 21/08/2018 à 20:53 :
«C'est une vaste blague! On nous fait croire que la Grèce est sur le chemin de la guérison alors que la vérité, c'est que les créanciers ont tué le pays avec la complicité d'Alexis Tsipras, qui est un traître. La pauvreté et le chômage ont explosé, la démographie est catastrophique et la croissance est artificielle. La Grèce a un commerce extérieur faible, la baisse des revenus a entraîné une baisse de la consommation des ménages. Restent le tourisme et les investissements. Mais encore une fois, ces investissements sont générés avec de la dette. Tout ceci est intenable. D'ailleurs la dette du pays est toujours équivalente à 180% du PIB"

Olivier Delamarche, dirigeant de Triskelion Wealth Management et membre du think tank des Econoclastes.
a écrit le 21/08/2018 à 10:15 :
W. Schaüble est donc le véritable sauveur de la Grèce, avec A. Tsipras, qui, malgré son succès au référendum-démago, a su lui tourner le dos, virer le joueur de bonneteau Varoufakis et enfin se décider à faire le nécessaire.
a écrit le 21/08/2018 à 7:28 :
Il serait très utile, pour l'information des peuples d'Europe d'avoir un rapport precis et detaillė sur l'utilisation des 289 milliards prêtés à la Grèce, et de savoir par exemple, a qui a profité la majorité de ces sommes.
Merci d'avance à la rédaction de La Tribune, au cas ou elle voudrait nous éclairer sur ce sujet.
Réponse de le 21/08/2018 à 9:01 :
Réponse facile : aux banques françaises ! Parce que, et tout à fait officiellement comme le précisent certaines rapports du FMI, les soi-disant "plans d'aide" à la Grèce qui n'ont été qu'une monstrueuse arnaque, n'ont été imposés à ce pays que dans le seul et unique but de tenter de sauver des banques françaises au bord de la faillite. C'est d'ailleurs affirmé partout, sur base des rapports officiels du FMI, ... sauf en france, ben tiens.Les français se sont donc bien gavés sur le dis des courageux Grecs. Les vrais parasites ne sont donc pas à chercher du côté d'Athènes...
Réponse de le 21/08/2018 à 10:11 :
Tout le monde le sait... sauf peut-être les français que ça dérange. Pourtant, il suffit de parcourir les rapports officiels et publics du FMI et de nombreux rapports européens pour le lire très nettement noir sur blanc : la grande bénéficiaire des aides à la Grèce n'est pas la Grèce, justement, mais bien la france. Il est désormais acté très officiellement que les plans d'aide ont été imposés aux Grecs dans le seul but de sauver les banques françaises en perdition (chronique) et au bord de la faillite. La manoeuvre a consisté à apporter de l'argent frais européen, via la Grèce, aux banques françaises. Et ce sont les Grecs qui ont payé les incompétences et les magouilles foireuses des banksters français. Le monde entier le sait et l'admet de manière claire et officielle. Mais, tiens... on n'en dit pas un mot en france. Cela ferait-il aussi partie de la "compétence" très relative il est vrai) et de l'honnêteté (illusoire) des medias et de la sphère politique "made in france" ? Cela illustre en tout cas parfaitement l'hypocrisie des politiciens français et des medias hexagonaux à leur botte. Les uns comme les autres sont des champions des fake news. mais il faut bien gaver le populo. L'honnêteté, la vérité et l'objectivité ne sont depuis longtemps que des illusions dans une france qui vit aux crochets des européens et des Grecs.
Réponse de le 22/08/2018 à 16:42 :
J'ai une dette de 100 k€ à ma banque, et un bienfaiteur rembourse ces 100kk€ à ma banque à ma place. Et du coup, la banque efface ma dette.
Effectivement, comptablement, je n'ai pas vu la couleur de ces 100 k mais disons que cela m'a bien aidé....

Halte aux Fake News sur ce sujet, c'est hallucinant de ne pas voire plus loin que le bout de son nez.
a écrit le 20/08/2018 à 19:11 :
Les Grecs ont été occupés par les Ottomans pendant 6 siècles. Ne pas payer ses
impôts à l'empire ( la Turquie) était très patriotique et est resté un sport national. L'Eglise grecque est complice de ce jeu séculaire. Et les Grecs une fois dans le CEE ont continué comme s'ils étaient toujours occupés. Ils suffisait d'envoyer des rapports bidonnés à BXL et d'exiger le respect de la souveraineté. Vous ne venez pas auditer les comptes, je ne vais pas chez vous.
La Grèce n'aurait du être admise dans les pays Euro. La CE était bien au courant que les rapports économiques de la Grèce étaient bidonnés et la future BCE a été forcée d'accepter la Grèce. Chirac a dit : "On ne laisse pas Platon dehors!". Et la Grèce pour pouvoir s'asseoir à la table de la BCE a créé des rapports de plus en plus bidonnés. Les banques stt françaises et allemandes ont prêté année après année avec la garantie EU. Et Lehman Brothers a aidé à maquiller les comptes jusqu'à la chute. Et là, un trou béant. Aujourd'hui la Grèce reste toujours hors course avec 170% de son PIB de dette. Elle est condamnée pour au moins deux générations à rembourser et à la moindre crise économique c'est la plongée. Au dessus de 120%, un pays doit être mis aux soins intensifs. A 170% il est en mort virtuelle en "near dead experience". Et on annonce une libération!
Réponse de le 20/08/2018 à 22:25 :
Ne vous cassez pas la tête, la Grèce ne remboursera plus très longtemps et l' Italie avec 139 % de dettes VS son PIB encore moins compte tenu du dimensionnement du pays car l' UE va faire pschitt ..

https://www.soverain.fr/les-inquietudes-des-obligations-italiennes-sont-une-plus-grande-menace-mondiale-que-la-turquie/
a écrit le 20/08/2018 à 17:34 :
A qui le tour? Tout ceux qui ont adhérer a l'UE, qui n'est qu'une administration de soumission, seront éternellement sous tutelle! Pour cela il se serve d'un pays pour "taper" sur l'autre! Il n'y a nullement coopération comme auparavant!
Réponse de le 20/08/2018 à 18:15 :
@Bah: Je suggère La France
a écrit le 20/08/2018 à 17:33 :
A qui le tour? Tout ceux qui ont adhérer a l'UE, qui n'est qu'une administration de soumission, seront éternellement sous tutelle! Pour cela il se serve d'un pays pour "taper" sur l'autre! Il n'y a nullement coopération comme auparavant!
Réponse de le 22/08/2018 à 9:07 :
L'Islande, qui n'était pas membre de l'UE, a dû aussi se soumettre à une sévère purge... Et qui aurait assuré les fins de mois de la Grèce si elle n'avait pas été membre de l'UE ?
Réponse de le 22/08/2018 à 16:47 :
Vous nous dites "il n'y a nullement coopération comme auparavant". C'est quand ce "auparavant" ? La coopération européenne Franco-Allemande des années 30 ? Franc succès, la coopération a abouti à une bonne petite guerre mondiale et un génocide pour 50 M de morts.

Et Lors de ses deux dernières faillites de la grèce (1930 et 1941), aucune aide....
a écrit le 20/08/2018 à 17:28 :
Regarder la Jamaïque et l'Islande, 2 pays en faillite et qui n'ont pas eu la chance d'être dans l'Union Européenne : en quelques années, avec un minimum de casse sociale et économique, ils se sont tirés d'affaire. La GRECE a eu affaire à l'incompétence et à l'idéologie de l'Union Européenne, qui après s'être fermée les yeux sur les magouilles budgétaires de la GRECE (car c'était un gouvernement de droite), à infliger à la GRECE les pires sévices (car il s'agissait d'un gouvernement de gauche).
Réponse de le 20/08/2018 à 17:33 :
on ne savait pas que papandreou etait de droite !
molotov, je te vois
n'hesitez pas a rendre sarkozy responsable de la situation, ca ira aussi
Réponse de le 20/08/2018 à 19:11 :
Churchill toujours hors sujet. Quoique c'est plutôt une amélioration par arpport à ses autres interventions quand on y pense...
Réponse de le 22/08/2018 à 9:09 :
C'est parce que la Grèce a beaucoup trop tardé avant de faire le nécessaire que la purge a été aussi douloureuse.
Réponse de le 22/08/2018 à 16:50 :
L'Islande, ce sont - de 300 k habitants, avec une faillite bancaire mais pas une faillite économique (exportation pour un pays de nains)
La Jamaïque, vu qu'on partait de niveau 0 au niveau social ne pouvait pas alller plus bas.
Juste pour info, Irlande, Portugal, Espagne ont aussi subit une crise et s'en sont remis avec un peu de casse.

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