L'industrie européenne en souffrance

Le secteur prive reste en contraction en janvier, dit markit
WOLFGANG RATTAY

Le secteur prive reste en contraction en janvier, dit markit
WOLFGANG RATTAY
Les moteurs de l'industrie européenne sont en panne. Selon le dernier indice PME/markit publié ce lundi premier avril, le secteur manufacturier de la zone euro a enregistré sa plus forte contraction depuis presque 6 ans au cours du mois de mars. Il passe ainsi de 49,3 en février à 47,7. Le coup de frein de la croissance dans les grandes économies européennes, le ralentissement du commerce international et les incertitudes sur le plan politique ont pu contribuer à dégrader la situation du secteur industriel.
De son côté, l'économiste en chef chez Ostrum Asset Management, Philippe Waechter explique que "pour la zone Euro, l'indice n'a pas été aussi bas depuis juin 2013 mais à l'époque le mouvement était haussier alors qu'ici, il traduit une détérioration de l'activité [...] L'activité manufacturière ralentit un peu plus vite qu'attendu en zone euro. Le choc externe du commerce mondial est violent et persistant. La politique économique de la zone Euro est insuffisante pour y faire face. Préoccupant pour l'activité à venir".
> Lire aussi : En Europe, l'inquiétant coup de frein de la croissance
Le coup de mou de l'activité industrielle est un phénomène partagé par de nombreux pays. Selon les experts, quatre pays sur huit étudiés ont connu une contraction ces dernières semaines. Parmi eux, l'Autriche, la France, l'Allemagne et l'Italie sont concernés par cette chute de l'activité. Ce sont les Allemands qui ont connu la plus faible performance de l'indicateur manufacturier avec un repli qui entraîne un plus bas de plus de six ans et demi. Depuis plusieurs mois, l'industrie automobile outre-Rhin connaît de vraies difficultés liées notamment à la baisse de la demande internationale et au renforcement des normes contre la pollution à l'échelle du Vieux continent.
La première puissance économique européenne est suivie de l'Italie. Pour l'économiste de Markit Amritpal Virdee, les dernières données PMI relatives à l'industrie manufacturière en Italie signalent une industrie en mauvaise santé.
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Si l'économie de la péninsule possède de nombreux atouts comme le rappelle une étude de l'OCDE publiée ce lundi, la situation s'est fortement dégradée ces derniers mois. Pour 2019, l'organisation prévoit une récession avec un PIB à -0,2% pour l'année.
En France, la conjoncture du secteur industriel s'est également détériorée en mars après avoir connu une période plus favorable en début d'année. De nombreux sites industriels ont traversé de véritables épreuves pendant des mois sans vraiment se relever. Le tribunal de commerce de Nanterre a prononcé vendredi dernier la liquidation judiciaire d'Arjowiggins Papiers Couchés et la cession partielle d'un autre usine, menaçant 800 salariés dans deux sites de la Sarthe.
À Blanquefort en Gironde, l'usine Ford, spécialisée dans la fabrication de boîtes de vitesse automatiques, devrait cesser son activité en août laissant sur le carreau 850 salariés.
D'après les derniers résultats de l'enquête de Markit sur l'économie hexagonale, l'indice PMI des directeurs d'achat s'est replié de 51,5 en février à 49,7. Cet indicateur, qui prend en compte les nouvelles commandes, la production, l'emploi, les délais de livraison des fournisseurs et les stock des achats, a connu sa première contraction depuis décembre 2018. Un niveau inférieur à 50 signale un repli de l'activité, tandis qu'une valeur supérieure à cette limite traduit une expansion. Le cabinet explique cet infléchissement par "un retour à la baisse de la production et des nouvelles commandes ainsi que du plus fort recul des ventes à l'export depuis trois mois". Les résultats de l'enquête indiquent que cette baisse de la demande est particulièrement visible dans l'industrie automobile et le commerce de détail.
Ce coup de mou a eu des répercussions sur l'emploi.
Si la baisse de l'inflation a profité aux industriels français, cela n'a pas empêché une hausse des coûts de production avec le niveau encore soutenu des prix des matières premières.
Concernant les perspectives, les entreprises se montrent optimistes pour les douze prochains mois sur l'évolution de l'activité. En revanche, l'enquête de Markit signale une érosion de la confiance qui atteint un plus bas de trois mois en mars.
La morosité de la croissance du secteur industriel européen s'explique en partie par un net ralentissement des échanges mondiaux. Les répondants à l'enquête se disent "en effet préoccupés par les guerres commerciales, la hausse des droits de douane, l'incertitude politique croissante, le Brexit et -sans doute le facteur le plus important - les prévisions de détérioration de la conjoncture économique tant sur les marchés intérieurs qu'à l'étranger".
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Les dernières prévisions de la direction générale du trésor (DGT) publiées la semaine dernière laissent entrevoir un essoufflement des échanges dans les prochains mois. Ainsi, les économistes de Bercy prévoient que la croissance des échanges commerciaux mondiaux passeraient de 5,8% en 2017 à 4,5% en 2018 et 3% en 2019.