Londres joue la carte de la consolidation budgétaire, malgré l'approche des élections

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George Osborne, chancelier de l'échiquier, sort du 10, Downing Street.
George Osborne, chancelier de l'échiquier, sort du 10, Downing Street. (Crédits : SUZANNE PLUNKETT)
Le gouvernement britannique a choisi de ne pas faire de cadeaux fiscaux avant les élections du 9 mai. Mais un tel budget sera-t-il capable de faire face aux défis de l'économie britannique ?

A moins de deux mois des élections générales qui se tiendront le 7 mai prochain, l'actuelle coalition britannique affirme sa volonté de dégager un excédent budgétaire à l'issue de la prochaine législature. Néanmoins, l'approche des élections a amené le chancelier de l'Echiquier, George Osborne, a modéré ses prétentions.

30 milliards de livres d'économies en 5 ans

Ce dernier a ainsi, devant les Communes, ce 18 mars, annoncé qu'il visait pour l'exercice budgétaire 2020-2021 un excédent budgétaire de 7 milliards de livres (environ 9,7 milliards d'euros), contre un déficit prévu en 2015-16 de 90 milliards de livres (environ 124 milliards d'euros). Initialement, il semble que le gouvernement ait voulu fixer un objectif d'excédent à 23 milliards de livres, mais les Travaillistes ont mené une campagne contre un budget qui ramènerait les dépenses publiques à leur niveau des années 1930. Une campagne qui, semble-t-il a fait reculer le gouvernement.

Avec un excédent prévu à 7 milliards en 2020-2021, le niveau des dépenses publiques se situera, selon l'OBR, l'équivalent britannique du Haut Conseil des Finances Publiques, à 36 % du PIB. Ce sera légèrement plus que le niveau le plus bas de l'après-guerre (35,8 % du PIB en 1957-58), et ce sera même supérieur au niveau de 1999-2000 (35,9 % du PIB). C'est là la principale surprise de ce budget. Pour autant, il faudra trouver 30 milliards de livres d'économies (contre 50 initialement prévus).

Ces économies seront réparties en trois champs. Le système de sécurité sociale devra économiser 12 milliards de livres, les différents ministères 13 milliards de livres, tandis que la lutte contre l'évasion fiscale devrait rapporter 5 milliards de livres. Même si, donc, la facture est légèrement moins salée que prévu, George Osborne n'a donc pas réellement fait de surenchère fiscale avant les élections, même s'il existe quelques mesures ciblées, comme le relèvement à 10.800 livres annuelles le montant des revenus non imposables, ce qui devrait permettre de réduire l'impôt pour 27 millions de personnes.

Choix de la responsabilité ?

Le gouvernement libéral-conservateur fait donc le choix de la « responsabilité budgétaire » face à un Labour très agressif dans la campagne contre « l'austérité. » En réalité, il ne prend guère de risques pour l'exercice à venir et il reporte à plus tard les « efforts » à faire. Il promet de l'austérité, mais « pas pour l'instant. » Il s'est ainsi montré prudent en restant muet sur le détail des coupes budgétaires à venir.
En espérant évidemment que le « miracle » de la croissance britannique se poursuivra. Cette année, la croissance devrait être de 2,5 % et le chômage devrait continuer à reculer. L'actuel gouvernement espère pouvoir profiter de cette bonne conjoncture, dont il revendique la paternité. George Osborne a ainsi qualifié le Royaume Uni de « comeback country » (le pays qui est de retour) et a promis que sa richesse dépassera celle de l'Allemagne dans 15 ans.

Bilan mitigé du gouvernement

Mais le bilan budgétaire du gouvernement est très mitigé. Malgré des coupes franches dans les effectifs de la fonction publique (l'emploi public est actuellement à son plus bas historique), l'équipe de David Cameron n'a pas rempli les objectifs fixés en 2010 : retour à un excédent budgétaire de 1,9 % du PIB en 2015 et à une dette publique de 68,8 % du PIB. En 2015-2016, le déficit sera encore de 5 % du PIB (davantage, rappelons-le, que la France qui devrait être de 4,3 % du PIB en 2015) et la dette à 80,4 % du PIB. Ces chiffres sont, cependant meilleurs que ceux fixés en 2012, date à laquelle la politique d'austérité britannique a commencé à être assouplie. Quant à la croissance, elle s'explique aussi par le soutien très fort de la Banque d'Angleterre, qui a notamment dopé le marché immobilier.

Hausse de la livre

Reste que les défis demeurent considérables. Si le Royaume-Uni veut réellement revenir à l'équilibre budgétaire, l'impact des 30 milliards de livres d'économie risque d'être notable. D'autant que l'environnement international devient plus complexe. La Banque d'Angleterre voudrait sortir de la politique de taux zéro, à l'image de la Fed, mais le pays est sous la pression de la BCE et ses mesures de rachats d'actifs. La livre a, en un an, gagné 18 % face à l'euro, ce qui met les exportations britanniques vers la zone euro dans une situation difficile. D'autant que la livre s'est aussi renforcée de 15 % face au dollar. Délicat donc de resserrer la politique monétaire, d'autant que ce serait prendre un risque considérable pour la conjoncture, dans un pays où l'endettement des ménages représente 145 % des revenus et où un quart des emprunteurs est endettés à hauteur de 4 fois leurs revenus. Mais ne pas resserrer la vis serait prendre le risque d'une bulle immobilière fort dangereuse.

La question des salaires

L'autre défi, c'est celui des salaires. La croissance britannique a profité à l'emploi, mais guère aux salaires. Ceux-ci ont recommencé à accélérer, mais très progressivement la hausse des salaires de novembre à janvier n'a été que de 1,6 %, moins que ce qu'attendaient les analystes. Il est vrai que la livre forte réduit la pression de l'inflation et tire les salaires vers le bas. Mais sans hausse forte des salaires, il n'y aura pas de solutions ni pour l'économie britannique (afin de réduire le poids de la dette des ménages), ni pour le budget. Face à ces dangers, le budget britannique présente peu d'investissements et de capacité de réaction. Sans compter que cette répartition des fruits de la croissance inégale conduit à un net mécontentement politique.

Défi politique

Voici pourquoi la stratégie de George Osborne risque de ne pas porter ses fruits. Son parti, les Libéraux-démocrates ne sont donnés qu'à 7 % des intentions de vote, soit 11 points de moins qu'en 2010. Le parti est devenu celui de l'austérité dans l'esprit des électeurs, bien plus encore que les Tories et il semble difficile pour eux de rester dans la situation de faiseur de rois de 2010. Il ne devrait avoir qu'une poignée de députés. Du reste, les principaux défis de l'économie britannique sont politiques : ce sera la capacité du pays à former un gouvernement après le 9 mai et le maintien ou non, dans la foulée, dans l'UE.

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Commentaires
a écrit le 20/03/2015 à 11:48 :
"un quart des emprunteurs est endettés à hauteur de 4 fois leurs revenus"...
Mais comment est-ce possible ??? C'est une pyramide de Ponzy déguisée ? Et le système tient ?
a écrit le 19/03/2015 à 11:51 :
"à leur niveau des années 1930"... Ha les années 30. Pleines de charme grâce à 1929... Le summum fut 39-45... Sinon, hors city, la GB est devenue une catastrophe. Notez, c'était aussi un peu le but.
a écrit le 19/03/2015 à 11:50 :
Il ne faut rien comprendre à l'économie pour oser faire des prévisions pour 2020-2022....
a écrit le 19/03/2015 à 9:50 :
"Mais ne pas resserrer la vis serait prendre le risque d'une bulle immobilière fort dangereuse." ...La bulle immobilière existe et ne demande qu'à éclater. Un petit coup d'épingle dans le "bubble" et Pffuit.
a écrit le 19/03/2015 à 8:06 :
Si la livre a gagné 18% face à l'euro depuis un an, elle a dans le même temps perdu 15% face au dollar (et non gagné, comme écrit dans l'article). En fait, face aux DTS (panier de monnaies du FMI), le dollar a monté, l'euro a baissé, et la livre n'a quasiment pas bougé.
a écrit le 18/03/2015 à 19:36 :
Attention a votre dernier paragraphe, George Osborne est conservateur, pas liberal. Cela change tout le sens de votre analyse!

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