Un président pro-Trump à la tête de la République tchèque

Milos zeman reelu president de la republique tcheque
STRINGER

Milos zeman reelu president de la republique tcheque
STRINGER
Malgré sa réputation sulfureuse, Milos Zeman a été réélu président de la République tchèque en devançant samedi au second tour de l'élection présidentielle son rival pro-européen Jiri Drahos. Le chef de l'État sortant totalise 51,4% des voix et Jiri Drahos 48,6%. "Je voudrais féliciter le vainqueur de l'élection, Milos Zeman", a déclaré Jiri Drahos, universitaire de 68 ans, à ses partisans rassemblés dans la capitale, Prague.
Ce résultat illustre la profonde division de la société tchèque entre ceux qui ont profité de la transformation du pays depuis que cette république parlementaire a rejoint l'Union européenne en 2004 et les laissés-pour-compte de cette intégration. " Cette élection confirme ce que nous avions vu lors des dernières élections parlementaires [au mois d'octobre, Ndlr]. La société est scindée" expliquait l'universitaire Petr Just, de la Metropolitan University de Prague interrogé par le Financial Times.
Milos Zeman est un des rares présidents européens à être favorable à l'actuel chef d'État américain. Il a à plusieurs reprises soutenu la candidature de l'ancien présentateur de téléréalité et sa politique migratoire à l'encontre des musulmans.
M. Zeman est également un fervent soutien de la Russie de Vladimir Poutine. Pour l'universitaire Michal Koran, membre de l'institut Aspen, un think tank basé à Prague, "les Russes ne peuvent pas être plus heureux". Le chef d'État réélu a d'ailleurs reçu les félicitations du dirigeant russe, Vladimir Poutine.
Au début du mois de décembre dernier, le milliardaire Andrej Babis a été nommé Premier ministre par Milos Zeman. Cette nomination controversée ne devrait pas faciliter le dialogue avec les institutions européennes. En effet, ce redoutable homme d'affaires a été mis en examen en 2017. Il est soupçonné d'avoir dissimulé, il y a une dizaine d'années, qu'il était propriétaire d'une ferme ultramoderne baptisée "le Nid de cigognes", ce qui lui aurait permis de bénéficier de subventions européennes réservées aux petites entreprises. Pour celui qui a fondé le mouvement ANO (pour Action des citoyens mécontents, mais qui signifie aussi "oui " en tchèque) en 2011, la réélection de Milos Zeman constitue une nouvelle chance de se protéger.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

-
Le Premier ministre tchèque Andrej Babis. Crédits : Reuters.
-
Le résultat de ces élections a mis en exergue quelques surprises. Le politologue Petr Just explique que :
Si ce paradoxe peut paraître surprenant à première vue, les positions de l'homme de 73 ans sur l'immigration peuvent permettre de comprendre en partie les résultats de cette élection. Cet homme, réputé pour son addiction à l'alcool fort, s'est exprimé régulièrement contre l'arrivée des migrants et des réfugiés en Europe et a tenu à plusieurs reprises des propos contre l'islam. Pour le Guardian, le résultat de cette élection est une victoire pour les forces d'extrême droite et les partisans de la xénophobie. Lors de sa campagne, il a régulièrement critiqué la politique des quotas de demandeurs d'asile mises en place par l'Europe. Pourtant, les statistiques de la Commission européenne indiquent que la République tchèque a accordé peu de demandes d'asile. En 2016, l'administration tchèque avait validé 450 demandes d'asile au total ou 45 par million d'habitants. Un chiffre bien inférieur à la moyenne européenne qui se situe à 1.390 par million d'habitants.
La victoire de Milos Zeman pourrait troubler les relations avec les institutions européennes. La crainte de plusieurs observateurs est qu'il propose un référendum sur le modèle du Brexit. "Ce n'est pas juste une victoire du populisme sur le libéralisme en République tchèque. C'est aussi le signe qu'une partie de la population tchèque veut être protégée" explique l'expert Milan Nic du German Council on Foreign Relations.
L'arrivée de l'extrême droite au pouvoir en Autriche en décembre dernier pourrait effectivement renforcer les divisions dans une Europe encore fragile malgré une conjoncture économique plus favorable.
À lire également
« Le DPE sacrifie l’offre locative » : le plaidoyer de deux entrepreneurs de l’immobilier pour corriger le tir
Claire Thoury (CESE) : « La France a besoin de contre-pouvoirs et de corps intermédiaires »
🔴 Accord avec l'Iran, G7 à Évian, Le Pen et les retraites... L'essentiel de l'actualité ce lundi
G7 d’Évian : derrière le sourire, la guerre économique entre alliés