Crédit Agricole fait les yeux doux aux Italiens

Delphine Cuny à Milan
Razzia française sur la finance italienne. Le rachat par Amundi, le géant français de la gestion d'actifs, de l'italien Pioneer Investments pour 3,5 milliards d'euros a fait poindre certaines craintes en Italie à son annonce en décembre dernier. Celles d'une OPA de la France sur ses plus beaux actifs. "L'assureur Generali est dirigé par un Français [Philippe Donnet, ndlr], la première banque italienne en termes d'actifs UniCredit aussi [Jean-Pierre Mustier, ndlr]. Bolloré contrôle plus ou moins Mediobanca et Telecom Italia et il s'attaque à Mediaset. Déjà, Gucci était devenu français [racheté par l'ex-PPR, Kering, ndrl]. Tout cela a fait naître des inquiétudes chez les Italiens", relève un bon connaisseur du pays. Et au même moment, la France bloque la prise de contrôle majoritaire des chantiers STX par Fincantieri. Un manque de réciprocité critiqué par le gouvernement et les médias italiens.
Une opération séduction s'imposait donc aux yeux du groupe Crédit Agricole, l'actionnaire à 75% d'Amundi.
[Xavier Musca, le directeur général délégué de Crédit Agricole S.A., Yves Perrier, le directeur général adjoint en charge du pôle Epargne, Assurances et Immobilier, et directeur général d'Amundi, vendredi à Milan]
Pourtant, l'Italie est le deuxième marché du groupe français, après l'Hexagone, et représente 18% de son produit net bancaire, soit quelque 3,2 milliards d'euros et une contribution de 482 millions d'euros au bénéfice net du groupe. Le Crédit Agricole y emploie 12.000 personnes dans ses différentes lignes de métier, la banque privée Indosuez, la très rentable "captive" (financement auto) de Fiat FCA Bank (en coentreprise), le numéro un italien du crédit à la consommation Agos (dont Banco BPM détient 39%), la banque de financement et d'investissement (Calyon est présent dans la botte depuis 1972), l'assurance, les prestations de marché (Caceis), et la banque de détail Cariparma (900 agences, environ 1,7 million de clients), rachetée en 2007, qu'il vient de rebaptiser Crédit Agricole. Le logo de la Banque verte orne ainsi désormais le maillot de l'équipe de rugby d'Italie, qui a affronté samedi le XV de France, sorti victorieux.
En fin politique, Xavier Musca, l'ex-secrétaire général de l'Elysée sous Nicolas Sarkozy, a voulu désamorcer les critiques et les soupçons :
Le paysage bancaire italien, fragmenté (plus de 300 banques) et fragilisé par environ 300 milliards d'euros de créances douteuses, est entré dans une phase de consolidation, avec notamment le rapprochement de Banco popolare et de Banca popolare di Milano (BPM) et celui en cours des deux banques vénitiennes (Veneto Banco et Banco Popolare di Vicenza).
Une fois débarrassées en partie de leur fardeau de « prêts non performants », avec l'aide de l'Etat italien, certaines banques régionales pourraient constituer des opportunités d'acquisition pour le groupe français, voire pour BNP, qui possède la BNL. Des rumeurs de rapprochement entre Société Générale et UniCredit avaient circulé avant le lancement par cette dernière d'une augmentation de capital géante de 13 milliards d'euros, bouclée sans difficulté en février.
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Le patron d'Amundi (né de la fusion de Société Générale Asset Management et Crédit Agricole AM en 2010), Yves Perrier, a joué de son côté la carte du patriotisme européen.
Derrière les BlackRock, Vanguard, State Street et autres Fidelity, Amundi agrandi de Pioneer pointera à la huitième place mondiale, avec près de 1.300 milliards d'euros d'actifs sous gestion.
[Classement des plus grands asset managers mondiaux]
Yves Perrier a promis de "renforcer très significativement les effectifs à Milan", qui deviendra une des grandes plateformes d'Amundi, à côté de Paris, Londres, Tokyo et Singapour. Un accord de distribution de 10 ans est prévu avec UniCredit, l'actuel actionnaire de Pioneer.
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Il a par ailleurs indiqué qu'Amundi lancerait cette semaine l'augmentation de capital de 1,4 milliard d'euros destinée à financer une partie de l'acquisition de Pioneer. Crédit Agricole y participera à hauteur de 900 millions d'euros, diluant sa participation à 70% du capital.
Delphine Cuny à Milan