"C'est le procès d'un homme, non d'un gamin ! "

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Jérôme Kerviel - Copyright AFP
Jérôme Kerviel - Copyright AFP
La dixième journée du procès en appel de Jérôme Kerviel a commencé ce lundi 25 juin avec les plaidoiries. La présidente de la Cour, qui n'a jusque là pas ménagé l'ancien trader, condamné le 5 octobre 2010 à cinq ans de prison, dont trois fermes, ainsi qu'à 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts, entend aujourd'hui les plaidoiries des parties civiles.

Jérome Kerviel est sous le coup de trois chefs d'accusation : abus de confiance, introduction frauduleuse de données dans un système de traitement automatisé, faux et usage de faux. Son procès en appel a commencé lundi 4 juin. Suivez en direct la huitième journée d'audience couverte par notre journaliste Laura Fort, avec les clés pour comprendre le procès. Retrouvez le compte-rendu de la première journée d'audience, le compte-rendu de la deuxième journée d'audience, le compte-rendu de la troisième journée d'audience, le compte-rendu de la quatrième journée d'audience, le compte-rendu de la cinquième journée d'audience, le compte-rendu de la sixième journée d'audience, le compte-rendu de la septième journée d'audience, le compte-rendu de la huitième journée d'audience et le compte-rendu de la neuvième journée d'audience.

Lundi 25 juin

14h10. "C'est le procès d'un homme, non d'un gamin"

Me Jean Reinhart est le premier des avocats de Société Générale à plaider.
Il se lance : "4 ans, 5 mois et 1 jour après l'éclatement de cette affaire, il est temps d'expliquer, de comprendre. 4 ans, 5 mois et 1 jour, où il y a eu ce tremblement de terre qui a dépassé les tours de la Société Générale. 4 ans, 5 mois et 1 jour que j'attends de pouvoir porter ma pierre à l'édifice pour que soit jugé en appel Jérôme Kerviel.
C'est le procès de l'extravagance, de la démesure, nous avons manié ensemble des milliards, des forwards par milliers, nous avons cherché une vérité ensemble.
Nous essayons de donner un sens à tout cela.
C'est le procès d'un homme et non d'un gamin, Mme la présidente, qui a failli mettre par terre une vieille dame. Cette vieille dame, n'est pas une vieille dame endormie.
C'est le procès où il y a une victime, une banque, et à travers elle ses salariés, ses actionnaires, dans un climat particulier, où les banque sont brandies comme exutoires par l'opinion.
Mais le fait d'agresser une banque n'est pas un fait exonératoire.
Les faits sont têtus. Il y a une chose qui manque : c'est le rappel des faits, qui absolument épouvantable à entendre. La fraude est assez simple : c'est prendre une position délirante, folle, lunaire, et la couvrir de manière pernicieuse.
Ce qui frappe en préparant cette plaidoirie, c'est la dualité de J. Kerviel, c'est la question du double personnage, du théorème J. Kerviel. Comment un homme que beaucoup décrivent comme intelligent, travailleur voire généreux, va prendre des positions directionnelles aussi lourdes ? Installons le décor."
Me Reinhart refait alors le film de la carrière de J. Kerviel et relit la charte et le cahier de procédures qu'il a signés lorsqu'il est devenu trader. Il rappelle ensuite les mandats de J. Kerviel et leurs limites.
Il s'attarde alors sur l'énormité de ses positions, qu'il qualifie de "positions de baleine", "méga-gigantesque", jusqu'à ce que ses mots s'emmêlent et qu'il la qualifie d'"abyssimale", et la situation d'"irréductable". Il ajoutera : "Cette position va gonfler telle une tumeur dans un corps malade".
Me Reinhart commence alors à s'échauffer, tape parfois du poing sur le pupitre pour accompagner ses arguments.
"C'est bien de prendre une position de baleine, mais il va monter ensuite des mensonges, des turpitudes. Et il va enfumer tout le monde. Il s'enfonce dans le mensonge, il s'enfonce dans l'incohérence".
"N'oubliez jamais cette date, le 19 mai, quand il modifie le prix des warrants dans le système. Mais comme il est totalement désinhibé, M. Kerviel, il continue."
Me Reinhart revient sur les faux mails et martèle ses arguments en s'adressant et en regardant J. Kerviel, qui, quant à lui, prend des notes.
"Je raconte souvent l'histoire du fuyard. Pourquoi est-il resté si longtemps hors des prisons. Parce qu'à chaque fois qu'il rencontrait un policier, il allait le voir. M. Kerviel a fait exactement pareil. Il est allé voir les services de contrôle. Pourquoi vous faites ça M. Kerviel ? C'est vrai que les faits sont compliqués à entendre."
Un peu plus tard, il poursuit : "Tout fier du 1,4 milliard d'euros qu'il a obtenu en décembre 2007, J. Kerviel va devoir aborder 2008. Quand on regarde les faits avec précision, on peut faire facilement l'autopsie du sujet. Je parlais du personnage double, là, on va avoir un personnage triple. Pris dans une situation rocambolesque, il va monter une position jusqu'à 49 milliards d'euros. Le 18 janvier 2008, J. Kerviel sait que c'est son dernier jour à la Société Générale, il va prendre 980 millions d'euros de poses en directionnel supplémentaires."
Me Reinhart rappelle les différentes opérations de "dissimulation" que va mettre en place l'ancien trader : "Sauf que c'est trop tard. La machine est lancée, nous sommes en début d'année, il va y avoir un ensemble de vérifications qui vont être réalisées. La herse va tomber."
Me Reinhart s'avance dans la travée pour relire le "tchat" entre J. Kerviel et Moussa Bakir, le courtier de Fimat, ancienne filiale de courtage de Société Générale, qui exécutait ses ordres boursiers.
"Au moment de conclure, je voudrais vous proposer trois petites réflexions. La première sur les réunions des 19 et 20 janvier 2008. M. Kerviel est absent car il n'aidera pas. Pourquoi il ne dit rien ? Pourquoi il n'indique pas où aller chercher ? C'est la peur pour tout le monde. Et qu'on ne nous dise pas que Maxime Kahn [le trader qui a débouclé les positions de J. Kerviel] a tapé sur un ordinateur en bois. Dans le livre qu'il a publié, pour lequel il a perçu des droits d'auteur satisfaisant, il dit du mal de M. Van Ruymbeke. Le déni de réalité l'emmène à ne pas comprendre exactement ce qu'il en est.
M. Kerviel, allez retrouver Matt [personnage fictif inventé par J. Kerviel]. N'oubliez jamais, M. Kerviel, ce que veut dire mat dans les échecs".
 

9h30.  "J. Kerviel est le fils spirituel de Daniel Bouton, son fils maudit"

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Et retrouvez notre dossier spécial sur l'affaire Kerviel, les clés pour comprendre le procès (noms, définitions), les analyses de Valérie Segond et de François Lenglet après le verdict de 2010, ce que sont devenus les protagonistes de l'affaire, les plaintes déposées par Me David Koubbi (avocat de Jérôme Kerviel) et par Me Jean Veil (avocat de Société Générale), le témoignage de l'ancienne conseillère en communication de Jérôme Kerviel, et le contexte politique dans lequel s'inscrit le procès.

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