Trois questions pour comprendre "le green bond", cet emprunt vert émis par Suez

Suez a annoncé, lundi, avoir émis un emprunt vert pour 2,6 milliards d'euros. Depuis plus d'une dizaine d'années, ces emprunts obligataires se sont imposés dans le paysage financier afin de financer des projets contribuant à la transition écologique. En quoi consistent-ils ? Par qui sont-ils émis ? La Tribune fait le point sur ces green bonds.

4 mn

Le groupe spécialiste de l'eau et des déchets, Suez, a annoncé avoir émis un premier emprunt vert pour 2,6 milliards d'euros.
Le groupe spécialiste de l'eau et des déchets, Suez, a annoncé avoir émis un premier emprunt vert pour 2,6 milliards d'euros. (Crédits : GONZALO FUENTES)

C'est une première pour Suez : le groupe spécialiste de l'eau et des déchets a émis un premier emprunt vert pour 2,6 milliards d'euros, a-t-il annoncé lundi. Cette opération a rencontré une forte demande puisqu'elle a été "sursouscrite environ 2,9 fois" auprès de 200 investisseurs institutionnels européens, souligne le groupe dans un communiqué. De quoi s'agit-il ? Est-ce inédit ? Comment évolue ce marché ? La Tribune revient sur le succès incontesté depuis plusieurs années des "green bonds".

En quoi consiste un emprunt vert ?

Aussi appelé "green bond" (obligation verte), il s'agit d'un emprunt obligataire (non bancaire) émis sur les marchés financiers, par une entreprise ou une entité publique (collectivité, agence internationale, etc.) pour financer des projets contribuant à la transition écologique. Il diffère des obligations classiques par les engagements pris par l'émetteur sur l'usage précis des fonds récoltés qui doit porter sur des projets ayant un impact favorable sur l'environnement. Mais aussi sur la publication, chaque année, d'un rapport rendant compte aux investisseurs de la vie de ces projets. Pour exemple, Suez a indiqué que les fonds levés dans le cadre de cet emprunt vert serviront à refinancer une partie de la dette qui finançait des "projets verts éligibles", sans toutefois donner de précisions sur les catégories de ces objectifs environnementaux. Suez renforce ainsi sa structure financière "en optimisant à la fois le coût moyen" et en allongeant la maturité de sa dette financière, précise-t-il encore.

Suez est-il le premier ?

Si cet emprunt vert est inédit pour Suez, l'entreprise n'est pas la première à se tourner vers ce type d'emprunt, au contraire. Le premier de l'histoire a été émis par la Banque européenne d'investissement (BEI) en juillet 2007 sous le nom de "Climate Awareness Bond". D'autres agences de développement ont suivi dont la Banque mondiale, puis des collectivités territoriales et des Etats comme la Pologne, les Fidji mais aussi la France qui faisait partie, en 2019, des premiers émetteurs au monde avec les Etats-Unis, selon l'organisation à but non lucratif britannique Climate Bonds Initiative. L'Etat français a notamment émis un emprunt vert souverain de 7 milliards d'euros en janvier 2017. L'Union européenne a, elle, émis sa première émission obligataire "verte" en octobre 2021.

Lire aussi 4 mnLa France à nouveau leader mondial des green bonds

Entre-temps, de grandes entreprises, en particulier dans le secteur de l'énergie, se sont aussi lancées dans ce projet avec, en France, Engie, Edf ou encore dans l'immobilier avec le groupe Icade. La SNCF a également émis un green bond en 2016 devenant le premier gestionnaire d'infrastructures ferroviaires au monde à adopter une telle démarche. 900 millions d'euros ont ainsi été émis la première année, puis 1 milliard en 2017, soit la plus longue émission verte pour une entreprise française, et 500 millions en 2019. "Dans le cadre des emprunts verts, les projets doivent porter sur les lignes électriques, en accord avec les impératifs de lutte contre le réchauffement climatique. L'investissement de SNCF Réseau dans la modernisation du système ferroviaire, facteur clé d'une économie bas carbone, fait partie des projets éligibles aux obligations vertes"explique la SNCF. Selon le groupe, "les ressources levées par les programmes de green bonds, en 2016, 2017 et 2019", auraient "permis d'éviter le rejet de 10,5 millions de tonnes ''équivalent CO2'' dans l'atmosphère, soit l'empreinte carbone d'environ 21 000 Français sur 40 ans".

Comment se porte le marché des obligations vertes ?

À partir de 2013, le marché des emprunts verts a connu une très forte croissance dans le monde entier : près de 275 milliards de dollars d'obligations vertes au sens large ont été émises entre 2013 et 2017, dont plus de 100 milliards cette dernière année. En 2021, les ventes mondiales d'obligations vertes ont atteint un record de 513 milliards de dollars, selon les chiffres de Bloomberg.

Lire aussi 7 mnAprès les « green bonds », des obligations de transition moins restrictives

Néanmoins, la situation économique mondiale dégradée à cause de la guerre en Ukraine fragilise le marché des obligations qui a connu une chute inédite depuis 1842, dimanche dernier. Le relèvement de ses taux par la Banque centrale américaine (Fed) suivie par d'autres Banques centrales pour lutter contre l'inflation a pour conséquence de faire baisser le prix des obligations qui ne jouent plus leur rôle de valeur refuge. Les investisseurs se tournent davantage vers les fonds monétaires, car s'ils rapportent peu, ils sont jugés très sûrs, mais aussi vers les matières premières.

Mais si cette tendance pourrait risquer d'endiguer l'engouement de ces dernières années pour les green bonds, celui émis par Suez atteste néanmoins de l'intérêt qu'ils continuent de susciter.

4 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 0

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

Il n'y a actuellement aucun commentaire concernant cet article.
Soyez le premier à donner votre avis !

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.