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Crédit agricole : Philippe Brassac livre sa vision de la banque de demain

Photo de Christine Lejoux

Christine Lejoux

Publié le 09 août 2015 à 06:00

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Le nouveau patron de la banque verte a présenté pour la première fois les résultats financiers du Crédit agricole, mardi 4 août. L’occasion, pour le successeur de Jean-Paul Chifflet, de donner sa vision des défis auxquels le secteur bancaire sera confronté, dans les prochaines années, qu'il s'agisse des taux bas ou de la concurrence des fintech.

Un « très gros travail de consolidation », « un excellent socle sur lequel nous allons pouvoir nous appuyer », des résultats qui illustrent « la pertinence du recentrage opéré ces dernières années »... Philippe Brassac, qui avait succédé le 20 mai dernier à Jean-Paul Chifflet à la direction générale de Casa - l'entité cotée du Crédit agricole - n'a pas tari d'éloges sur son prédécesseur, lors de la présentation des résultats trimestriels de la banque, mardi 4 août. Mais aussitôt après le temps de l'hommage est venu celui des perspectives, le nouvel homme fort du Crédit agricole semblant désireux d'imprimer dès à présent sa marque sur la stratégie de la banque.

« Nous portons un regard de prudence sur l'environnement économique et financier, car le potentiel de crises n'a peut-être pas été totalement purgé, des risques systémiques demeurent », prévient Philippe Brassac. Le dirigeant en veut notamment pour preuve la crise grecque, symptomatique des problématiques de dette publique. Même la politique monétaire accommodante de la BCE (Banque centrale européenne), destinée à relancer l'économie européenne, n'est pas exempte de reproches, aux yeux de Philippe Brassac : « Le QE (quantitative easing, assouplissement quantitatif) donne l'impression d'un funding (ressources) infini et crée l'illusion d'une grande solvabilité. » D'où « un risque de volatilité et de secousses assez fortes, qui se trouve devant nous », met en garde le directeur général de Casa.

La concurrence nouvelle des fintech

Pour autant, bien que de nouvelles crises ne soient donc pas à exclure, ce n'est pas le mot « crise » qui caractérisera les prochaines années, comme il l'a fait depuis 2007 avec la crise des subprimes (crédits hypothécaires américains risqués), la crise financière puis celle des dettes souveraines. Non, pour Philippe Brassac, le mot-clé des prochaines années est « rupture. » Une rupture dans l'environnement de taux, d'abord, avec des taux susceptibles de rester durablement très bas, selon le nouveau patron de Casa. Or l'aplatissement de la courbe des taux, qui fait qu'il devient à peine plus cher d'emprunter à 10 ans qu'à un an, pèse sur les marges d'intérêt que les banques tirent de la transformation de ressources à court terme en financements à long terme.

Autre rupture, celle engendrée par la révolution numérique. « La montée en puissance du digital en tant que tel ne nous inquiète pas, car nous sommes nous-mêmes un acteur du numérique », notamment avec la mutation de BforBank vers une offre de banque en ligne complète, a précisé Philippe Brassac. En revanche, « le fait de pouvoir désormais ouvrir un compte bancaire dans un bureau de tabac, avec des exigences moindres qu'au sein d'une banque, pose des questions sur l'évolution du modèle de distribution des produits et services bancaires », reconnaît le dirigeant. Une allusion claire au Compte-Nickel, qui s'ouvre chez les buralistes et, plus largement, à « l'intrusion forte des fintech », ces startups qui s'emploient à révolutionner la quasi-totalité des métiers de la finance.

Un grand projet clients à la rentrée

La rupture, pour Philippe Brassac, c'est également celle de la désintermédiation croissante du financement de l'économie européenne. Une évolution dictée par les nouvelles réglementations prises dans le sillage de la crise financière de 2008, et qui, en exigeant que les banques disposent de toujours de plus de fonds propres en face de leurs engagements, réduisent leur capacité à prêter. Ce qui nécessitera, pour les entreprises, de recourir davantage aux marchés pour se financer. Enfin, l'explosion des risques juridiques constitue une rupture supplémentaire pour les banques, comme l'a montré l'an dernier la colossale amende de 6 milliards d'euros infligée à BNP Paribas par les autorités américaines, pour non-respect d'embargos économiques. « Le risque juridique s'est installé durablement, il est imprévisible et peut être très élevé », a souligné Philippe Brassac. Le nouveau patron du Crédit agricole sait de quoi il parle, lui qui s'attend au dénouement, cette année, d'un litige avec les Etats-Unis, ce qui l'a conduit à augmenter de 350 millions d'euros les provisions de la banque pour risques juridiques, au deuxième trimestre.

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Autant de défis qui vont conduire le groupe à « ouvrir un certain nombre de chantiers d'adaptation à ces ruptures, afin de créer des modèles plus compétitifs », a annoncé Philippe Brassac. En fait d'annonces, celles-ci interviendront surtout à la rentrée, lorsque le Crédit agricole dévoilera « un grand projet clients, conjuguant l'humain et le digital. » Autres chantiers en perspective, exploiter au mieux le potentiel de croissance que recèlent les produits d'assurance, le cross-selling (ventes croisées destinées à augmenter le taux d'équipement des clients), ou encore les marchés des entreprises du numérique et des biotechnologies, le Crédit agricole s'étant jusqu'à présent surtout concentré sur les secteurs du logement, de l'environnement, de l'agriculture et de la santé. « Last but not least », les chantiers d'adaptation comprendront une baisse « significative » des bases de coûts du groupe, ne serait-ce que pour composer plus facilement avec l'environnement de taux très bas.

Christine Lejoux

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