Défense : quand la Grande-Bretagne sacrifie presque toujours la coopération européenne

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Le coût de possession des deux frégates antiaériennes françaises s’élèvera à 4,2 milliards d'euros
Le coût de possession des deux frégates antiaériennes françaises s’élèvera à 4,2 milliards d'euros (Crédits : DCNS)
Le programme des frégates Horizon a pâti du retrait de la Grande-Bretagne, comme le rappelle un rapport du ministère de la Défense. Mais, la coopération franco-italienne a été utile aux frégates multimissions FREMM.

Dommage... Une fois encore, la coopération européenne dans le domaine de l'armement a été sacrifiée sur l'autel des intérêts nationaux. C'est le cas pour le programme des frégates Horizon, comme le rappelle opportunément un rapport du ministère de la Défense à la veille du salon international Euronaval, qui réunit la plupart des chantiers navals mondiaux et leurs équipementiers à partir de lundi (27-31 octobre), à Paris (Le Bourget). Et alors que le Pdg de DCNS, Hervé Guillou, fait le tour des chantiers navals européens en vue d'initier d'éventuelles coopérations.

Ce rapport rappelle, une fois encore, que les coopérations européennes dépendent d'une volonté politique sans faille. "La coopération internationale, débutée avec les Britanniques et achevée avec les Italiens", qui ont fabriqué deux frégates Horizon (Andrea Doria et Caio Duilio), a montré "les difficultés rencontrées pour converger lorsque les objectifs des partenaires sont très différents", constate le Comité des prix de revient des matériels d'armement (CPRA). Un rapport qui résume les relations compliquées entre La Royale et la Royal Navy.

Dérive financière des frégates britanniques

Ce sont les Britanniques qui, comme souvent, sont descendus en 1999 du programme Horizon, en invoquant son coût excessif. Mal leur en a pris puisque, selon le rapport, "il semblerait que les frégates britanniques T 45, qui sont des plates-formes équivalentes, aient un coût supérieur aux frégates Horizon, leur programme ayant connu une dérive financière". En revanche, ils ont maintenu leur participation au système PAAMS, le système de défense anti-missiles aériens, dont la réalisation s'est faite parallèlement à celle du programme Horizon. Le système PAAMS, qui était indispensable pour atteindre les capacités opérationnelles recherchées, devait être prêt à temps pour être intégré sur les bâtiments.

Le coût des frégates T 45 est à comparer à celui du programme Horizon. Le coût global de possession (développement, réalisation, exploitation, retrait) des frégates Horizon s'élève à 4,2 milliards d'euros (conditions financières 01/2012), estime le CPRA : coût global d'acquisition des deux bâtiments: 2,3 milliards; coût du soutien en service estimé, pour les 27 ans d'activité des frégates, à 870 millions; exploitation du bâtiment, évaluée à 777 millions; évolution du maintien en condition technique opérationnelle, estimée à 214 millions; et enfin, retrait du service, chiffré à 6 millions.

Pas d'effet de série

Le nombre de bâtiments construits (deux pour chaque pays) "ne permet pas d'obtenir un effet de série pour amortir les phases de conception (136 millions d'euros aux conditions financières de janvier 2000) et de développement"., regrettent les deux auteurs du rapport du CPRA, Franck Brunet, contrôleur des armées, et Louis Marchis, ingénieur général des techniques d'armement. Pour autant, le programme était initialement ambitieux puisque, potentiellement, 22 navires pouvaient être construits (12 pour la Royal Navy, 4 à 6 pour l'Italie et 4 pour la France). En raison de l'inflation des coûts, la Grande-Bretagne n'a lancé la fabrication que de six T 45, mises en service entre 2009 net 2013.

Côté franco-italien, le déroulement du programme Horizon s'est étalé sur une très longue période. Les premières études ont été réalisées dès les années 1980 et le contrat de développement et de production n'a été signé qu'en 2000. L'admission au service actif des frégates françaises (Forbin et Chevalier Paul), en 2010 et 2011, est intervenue près de dix ans après le lancement de la production, et plus de trois ans après les dates initialement prévues. Pour autant, souligne le rapport du CPRA, "la réalisation de ce programme a été moins coûteuse que les prévisions initiales, mais au prix d'une révision à la baisse de certaines performances".

Une coopération franco-italienne finalement bénéfique

Pour autant, estime le rapport sur le programme Horizon, cette coopération a montré des avantages indéniables. "Les difficultés rencontrées dans la coopération avec les Britanniques, et le déroulement ensuite de l'opération avec les Italiens, ont permis de tirer des enseignements qui ont été utiles dans les travaux concernant les frégates multi-missions (FREMM), assurent les deux auteurs. Ce retour d'expérience est d'autant plus intéressant que le programme FREMM fait aussi l'objet d'une coopération avec l'Italie".

D'une façon générale, le CPRA constate que "malgré les difficultés nombreuses rencontrées lors du lancement des opérations, le recours à la coopération avec des partenaires étrangers, qui a été choisi pour certains programmes comme avec l'Italie pour la frégate Horizon, a montré son intérêt. Il sera aussi recherché, dans la mesure du possible, pour les futurs programmes en cours d'études pour renouveler les équipements de l'armée de l'air à remplacer rapidement : avions ravitailleurs et drones".

Le programme Horizon ?

Le programme Horizon a été réalisé pour doter la Marine de nouvelles frégates de défense aérienne, destinées à remplacer la génération précédente, mise en service dans les années 1970 et retirée du service actif au début des années 2000. Les deux frégates françaises sont des "bâtiments complexes, dont la fonction de défense aérienne est assurée par le système de défense anti-missiles aériens" (PAAMS ou Principal Anti Air Missile System), système d'armes principal des frégates. "La grande complexité de ce type de bâtiment et l'ambition recherchée en matière de défense aérienne et de guerre électronique ont conduit à un changement de génération technologique", explique le rapport du CPRA.

Selon les deux auteurs, ces frégates participent aussi à la "fonction stratégique Protection et Intervention". A la mer 104 jours par an, elles peuvent être employées dans tous types de crise, comme l'a montré leur déploiement au large de la Libye (opération Harmattan), alors que l'admission au service actif avait à peine été prononcée. "L'emploi de ces frégates polyvalentes rencontre un grand succès, et elles ont confirmé, dans les opérations auxquelles elles ont participé (Agapanthe et Harmattan), leur aptitude opérationnelle à remplir les missions qui leur étaient confiées La frégate Forbin a même été intégrée au dispositif américain lors d'Agapanthe et en assurait la sécurité", rappelle le rapport.

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Commentaires
a écrit le 05/11/2014 à 17:45 :
L’escroquerie du F-35 se poursuit. Alors que cet avion est toujours très loin d’être opérationnel, Washington en impose l’achat à ses alliés qui, du coup, doivent renoncer à leur industrie aéronautique nationale. En Italie, le gouvernement de Matteo Renzi n’échappe pas à la règle. Il a été contraint d’acheter en grande quantité cet avion qui n’existe pas. Ignorant son coût de fabrication, il léguera l’ardoise à ses successeurs.

Que la France atlantiste et pro-OTAN fasse gaffe, et un jour il n'y aura plus de Rafale, que des F-35 bidonnés dans notre armée de l'air.
a écrit le 28/10/2014 à 12:39 :
Mais de quelle "coopération européenne" parlez-vous ? sur le domaine des armements ? mais celle-ci n'a jamais eu lieu et ce n'était pas la faute au Royaume-Uni. La France s'est toujours démarquée des autres pays constructeurs d'armements en préférant quelques associations avec les italiens (Agusta, ATR…) et c'est tout. Eurocopter (une marque bien au parfum des années 90 !) a été absorbé par Airbus Group en janvier cette année et est devenu Airbus Helicopters. C'est comme si tout qui portait le nom d' EURO était destiné à couler….
Réponse de le 04/11/2014 à 11:42 :
Kurt, La Tribune est une publication des néo-conservateurs américains en France dont la ligne éditoriale n'a pas le moindre intérêt de "bâtir une Europe unie". Détrompez-vous, les titres ne veulent pas dire grande chose, les articles non plus. Donc l'information est biaisée, souvent les données ne correspondent pas à la réalité et le ton est clairement pro-atlantistes. La Grande-Bretagne, en tant que la fidèle vassale des Etats-Unis, a toujours été et reste encore la grande saboteuse de l'UE. D'ailleurs, elle ne l'a jamais occulté. Si Merkel tient bon, l'UE aura encore un avenir continental devant elle, autrement, l'Allemagne va plier bagages en catimini et rejoindre l'Eurasie, dont elle a déjà un doigt là dedans.
Réponse de le 04/11/2014 à 16:16 :
Pas FAUX.
Réponse de le 24/08/2016 à 6:53 :
L'Union Européenne n'a pas besoin de la grande bretagne pour se couler toute seule surtout quand on voit la personne actuellement à la tête du machin. L'ancien président d'un pays qui a organisé l'évasion fiscale à l'échelle du continent en devient le président, cherchez l'erreur.

Pendant ce temps, le Royaume Uni payait ses cotisations, fabriquait des jaguars et achetait de l'équipement européen et américain
a écrit le 27/10/2014 à 21:37 :
la coopération a toujours été bonne entre la France et l'Italie. Nous devons la préserver. Tout comme celle avec les Britanniques, mais en en réduisant la voilure car ils sont beaucoup plus "volatiles" que les Italiens. On ne peut pas, nous Européens,jouer les uns contre les autres. Surtout quand on regarde du côté de nos "adversaires" !
Réponse de le 27/10/2014 à 23:12 :
Je suis d'accord, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain!
Jaguar et Meteor sont des exemples de coopérations efficaces.
Réponse de le 28/10/2014 à 8:33 :
@Mobius: he comprends pas bien le rapport. Jaguar appartient à Tata (Indien) et Meteor à Eircom (Irlandais). Ils sont où les Anglais dans tout cela ??
Réponse de le 28/10/2014 à 10:39 :
Pas faux, on parle ici de BRITANNIQUES ! les Anglais… c'est James Bond. lol
Réponse de le 28/10/2014 à 10:50 :
Il parle ici du chasseur Jaguar du constructeur SEPECAT et du missile Meteor de MDBA.
a écrit le 27/10/2014 à 14:25 :
Oui, naïveté, mais à tous les niveaux. Mais quand les français (entre autres) comprendront-ils qu'il n'est pas possible de travailler équitablement avec les anglais ? Voir aussi l'épisode des porte-avions ... des centaines de millions dépensés en études, largement récupérées par la GB, et puis, non, on n'en veut plus ... on va plutôt aller voir nos amis américains, en effet.
a écrit le 27/10/2014 à 11:52 :
Chacun défend ses propres intérêts et c'est la nature humaine et nos dirigeants devraient cesser de toucher des pots de vins des états étrangers et défendre nos intérêts. Ce qui me choque, c'est la naiveté collective. De Gaulle ne voulait pas des Angalis dans l'UE et il avait raison :-)
a écrit le 27/10/2014 à 11:11 :
Ah Bah oui! Ils protegent leurs interest. Ils negocient un rabais et refusent des augmentations. Qui va leur donner tort?
a écrit le 27/10/2014 à 10:56 :
veulent garder la main et préfèrent aussi coopérer avec leurs cousins US.
Réponse de le 24/08/2016 à 7:21 :
Vu le niveau et l'anglophobie de nombreux commentateurs dont les racines viennent bien sur de 40-44, j'irais aussi voir ailleurs si j'étais britannique et arrêterait de m'emm***r à maintenir une alliance et des relations avec des gens aussi incompétents.
a écrit le 27/10/2014 à 10:25 :
Vous vous poser la question? Il faut savoir que la GB ne sert que s'est avantages..... Nous nous ne somme la que pour apporter notre savoir faire ou notre argents.... La France a déjà beaucoup donner dans cette histoire.... Histoire de porte avion par exemple.... Mais bon la GB reste un boulet et un poids mort dans notre Europe...... Voilà mais bon nous aimons être les dindons de ces histoire....
Réponse de le 13/02/2015 à 18:30 :
Je ne connais aucun projet commun avec les anglais, qui n'est pu aboutir, sans qu'il ne le pourrisse jusqu'au bout : retards, retraits, production défectueuse, ex.: les réservoirs du concorde, une vrai galère, ces anglais sont à proscrire de l'europe, ils sabordent toute construction européenne, quelqu'elle soit...
a écrit le 27/10/2014 à 8:45 :
Pour éviter de telles déconvenues à terme, il faut à la base des engagements fermes.

Mais naturellement ceci est plus difficile à obtenir.

Les conventions présentes sont en temps de difficultés financières des exercices de cordre raide.
a écrit le 27/10/2014 à 8:24 :
Et tant mieux, ainsi il n'aura plus de risque d'un sous-marin français téléscoper un sous-marin britannique ! lol
Réponse de le 28/10/2014 à 10:40 :
la france doit coopérer uniquement avec les etats-unis, point barre.
a écrit le 27/10/2014 à 8:17 :
Il faut arrêter de faire quoi que ce soit avec les anglais...
Réponse de le 27/10/2014 à 10:20 :
ca on le sait depuis longtemps mais il faut croire que nos élites s'accrochent cette utopie
a écrit le 27/10/2014 à 8:05 :
merci pour ce sujet de circonstance pour Euronaval, mais serait-ce possible d'avoir un lien vers le fameux rapport, histoire de se faire notre propre idée?
Réponse de le 27/10/2014 à 16:34 :
Bonjour
Journal officiel, puis document administratif, puis CPRA. Bien à vous Michel Cabirol
Réponse de le 27/10/2014 à 23:09 :
merci bien!

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