Au Royaume-Uni, Ryanair accusé de "greenwashing" pour des publicités mensongères sur l'environnement

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(Crédits : Rafael Marchante)
Des publicités de la compagnie aérienne irlandaise Ryanair ont été interdites au Royaume-Uni en raison d'un message trompeur sur les émissions de CO2, a annoncé mercredi le régulateur du secteur. Des faits qui sèment le doute sur la capacité du secteur à convaincre du sérieux de ses engagements climatiques.

L'autorité britannique de régulation de la publicité (ASA) a annoncé, mercredi 5 février, avoir interdit des publicités diffusées par Ryanair en septembre 2019 dans la presse écrite, à la radio et à la télévision. Le régulateur a jugé que le transporteur à bas coût a induit en erreur les consommateurs en se présentant comme la compagnie ayant les plus faibles émissions de CO2 en Europe parmi les grandes compagnies aériennes.

Or l'ASA a estimé qu'il était difficile de définir ce qu'est une "grande compagnie aérienne" et que les consommateurs pourraient avoir l'impression de moins contribuer aux émissions carbone, ce qui ne peut pas être prouvé. Ces "publicités (...) ne doivent pas apparaître une nouvelle fois sous leurs formes actuelles", selon le régulateur, qui demande à Ryanair d'apporter "les preuves nécessaires" pour être en mesure de faire de telles promesses sur l'environnement.

Neutralité carbone d'ici 2050 pour le secteur aérien britannique

Dans un communiqué, Ryanair s'est dit "déçu et surpris" par la décision, et assure qu'il est le transporteur aérienne "le plus vert" en Europe. Selon ses chiffres, il émet 66 grammes de CO2 par passager et par kilomètre, soit une pollution 25% inférieure aux autres grandes compagnies, selon lui.

"Nous avons déployé ce message publicitaire avec succès dans dix pays en Europe", avance le groupe, qui reconnaît "avoir fait de mineurs ajustements sur le marché britannique à la demande des autorités compétentes".

Selon son site internet, Ryanair s'est engagé à réduire ses émissions de CO2 sous 60 grammes d'ici 2030 et dit suivre les objectifs fixés par l'Association internationale du transport aérien (Iata) de les abaisser de 50% en 2050 par rapport au niveau de 2005. La compagnie avait toutefois été classée parmi les dix entreprises les plus polluantes d'Europe, selon des chiffres d'avril 2019 publié par l'ONG Transport & Environnement. Le secteur aérien britannique, regroupant les constructeurs et compagnies, a promis mardi d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050, grâce à des projets d'avions moins polluants et aux controversés mécanismes de compensation, sans convaincre les ONG comme Greenpeace qui accuse le secteur de "greenwashing".

Le groupe propose en outre depuis 2018 à ses clients de compenser l'impact sur l'environnement de leur voyage en versant une somme supplémentaire en plus du prix du billet pour financer des projets verts. Ryanair a levé jusqu'à présent 2,5 millions d'euros grâce à cette initiative. Cela n'a pas empêché la compagnie d'avoir été classée parmi les dix entreprises les plus polluantes d'Europe, selon des chiffres d'avril 2019 publié par l'ONG Transport & Environnement.

"Flight shaming"

Ce rapport, qui se fondait sur la totalité des émissions de CO2 en 2018, montrait que Ryanair figurait à la 10e place, derrière neuf producteurs de charbon d'Allemagne, de Pologne et de Bulgarie. En revanche, une récente étude de l'association britannique de consommateurs Which? avait constaté que les vols de Ryanair figuraient parmi les moins polluants sur un échantillon de destination. "Toutefois, nous avons aussi observé que les mécanismes de compensation carbone proposés par Ryanair font peu ou rien pour réduire les émissions", signale Rory Boland, un responsable de Which?

L'association salue dans le même temps la décision du régulateur de la publicité, surtout au moment où les messages sur l'environnement rencontrent un écho de plus en plus important dans la société.

"Des millions de voyageurs veulent faire des choix plus verts quand ils partent en vacances et le régulateur a raison de réprimander les entreprises qui compliquent les choses avec de l'information erronée", selon M. Boland.

La pression augmente sur le secteur aérien, qui est accusé par les ONG d'être particulièrement polluant et de ne pas faire assez pour lutter contre la crise climatique. Depuis quelques mois, des citoyens se mobilisent, à l'image de la militante écologiste Greta Thunberg, pour appeler au boycott de l'avion, notamment en Suède où le mouvement "flight shaming" (faire honte de prendre l'avion) incite les voyageurs à privilégier d'autres moyens de transport.

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a écrit le 06/02/2020 à 15:16 :
Michael O'Leary, le patron de Ryanair, est connu pour tous ses "tours de passe-passe", sa vulgarité et sa malhonnêteté. Il a acheté une licence de taxi afin de pouvoir utiliser les couloirs réservés entre son domicile de Dublin et son bureau à l'aéroport. Ses employés son traités comme des larbins. Ryanair et Amazon sont deux employeurs ignobles qu'il faut boycotter. Le bas-prix a une limite. Et si un jour on est consommateur, un autre ses enfants ou soit même sont à la recherche d'un emploi. Trop de gens on une vision à court terme...
a écrit le 06/02/2020 à 8:51 :
Le lobbyisme a tué le dynamisme économique, au lieu de s'adapter et d'investir ils ne sont plus capables que de payer pour imposer leurs vérités. Alors qu'à terme cela leur coûte plus cher et leur rapporte moins mais ça ils sont trop aliénés maintenant pour le voir. PLus on possède et plus on est possédé.
a écrit le 06/02/2020 à 8:43 :
Ryanair utilisant pratiquement les mêmes avions que ses concurrents, avec les mêmes moteurs et à la même vitesse, on ne voit guère quelle manipulation de données peut faire apparaître un "bilan carbone" plus favorable. Mais la compagnie est une habituée de l'exagération pour se faire mousser. On se souviendra toutefois qu'elle fut la dernière en Europe à utiliser des Boeing 737-200 (génération de1967) particulièrement polluants et dépassés techniquement, avant qu'une crise du pétrole ne la contraigne à les garer définitivement en 2005. Elle se gardait bien d'en faire état!
Réponse de le 06/02/2020 à 9:17 :
C'est vrai qu'il est difficile de prouver qu'on fait moins pire que pire ...
a écrit le 06/02/2020 à 7:51 :
Déjà l'idée de proposer aux clients de payer plus pour financer des projets environnementaux est caractéristique du green washing. C'est aux autres de payer.
a écrit le 05/02/2020 à 18:31 :
La compensation carbone ( comme je l'ai maintes fois écrit) est une "couillonade" qui contribue au greenwashing, c'est à dire verdir des activités polluantes sans rien changer (parce qu'impossible) fondamentalement.

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