Louvois : le ministère des Armées a déjà perdu près de 100 millions d'euros

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La Marine nationale va basculer au premier semestre 2019 vers le système de paie Source Solde
La Marine nationale va basculer au premier semestre 2019 vers le système de paie Source Solde (Crédits : Marine nationale)
Après les dysfonctionnement du logiciel du système de paie Louvois, le ministère des Armées a perdu près de 95 millions d'euros. Au total, les indus se sont élevés à 573 millions d'euros, dont 70% ont pu être recouvrés.

Le système de paie Louvois distille encore un peu de son poison. La note est d'ailleurs déjà salée pour le ministère des Armées depuis le début de la crise. Très salée même. Car près de 100 millions d'euros ont déjà été définitivement perdus. "Nous sommes face à des indus constatés, qui s'élevaient au 31 juillet 2018 à 573 millions d'euros, accumulés depuis le début de la crise Louvois", a révélé le secrétaire général pour l'administration (SGA) du ministère des Armées, Jean-Paul Bodin. Sur ce montant, 405 millions d'euros ont été recouvrés, soit environ 70 % du total. Mais, le ministère a décidé "d'abandonner près de 95 millions d'euros, dont 20 millions d'euros résultant de remises gracieuses et le reste de problèmes de calendrier dans l'envoi des demandes de recouvrement", a-t-il toutefois précisé lors de son audition à l'Assemblée nationale.

"Environ 13 % des demandes sont encore en cours de traitement. Nous nous apercevons que les remboursements demandés aux personnels sont effectués même s'ils font parfois l'objet de recours, de contestations. Nous avons d'ailleurs mis en place un dispositif à cette fin", a assuré Jean-Paul Bodin.

Selon Jean-Paul Bodin, la situation "se stabilise globalement". "Le nombre de recours déposés par les militaires devant la commission de recours se situait aux alentours de 50 depuis le début de l'année et a baissé à 38 en août : cela laisse à penser que la situation s'est améliorée", a-t-il constaté.

Louvois marche de mieux en mieux, son remplaçant très en retard

Sur 185.778 soldes payées en août 2018, seules 0,04 % l'ont été avec un autre logiciel que Louvois. "On peut donc considérer que l'on paie aujourd'hui la quasi-totalité des soldes via Louvois", a affirmé le SGA. Toutefois, 4.341 bulletins de solde ont dû faire l'objet de corrections avant mise en paiement : "cela signifie qu'un suivi extrêmement précis du système doit être effectué chaque mois. On peut néanmoins affirmer que le système est relativement stabilisé et fournit aujourd'hui des soldes qui semblent justes", a-t-il estimé.

Source Solde, qui est appelé à remplacer le logiciel de paie Louvois, entre en phase de tests en grandeur nature, a confirmé la directrice des ressources humaines du ministère des armées, Anne-Sophie Avé. Mais rien ne semble sûr. "Les incertitudes techniques qui entourent toujours la mise en œuvre de Source Solde doivent cependant être éclaircies. Un second Louvois n'est pas envisageable", a pour sa part affirmé le député Républicain Claude de Ganay, rapporteur pour le soutien et la logistique interarmées. Ce que confirme le chef d'état-major de la Marine, l'amiral Christophe Prazuck : "Initialement, le logiciel Source Solde devait être installé au début de 2017, mais il devrait finalement l'être en 2019 seulement, parce que nous prendrons le temps nécessaire;Chat échaudé craint l'eau froide". Source Solde sera déployé d'abord dans la marine.

"La marine nationale sera la première à adopter le nouveau calculateur dans les prochains mois. Nous suivons ce dossier comme le lait sur le feu : vous imaginez que nous ne prendrons aucun risque, et certainement pas celui de vivre un deuxième Louvois. Nous sommes vraiment optimistes : Les tests sont très positifs. Il reste que chat échaudé craint un peu l'eau tiède, donc le taux d'erreurs acceptable avant « bascule » est cinquante fois inférieur au taux interministériel", a expliqué Anne-Sophie Avé

Bascule dans la marine au premier semestre 2019

"Un calendrier de mise en œuvre a été défini, sur lequel nous sommes un peu en retard", a convenu Jean-Paul Bodin. Le ministère aurait dû basculer vers ce système courant 2018. "Nous sommes actuellement en pré solde en double pour la marine et devrions vraisemblablement, courant novembre, décider d'un éventuel basculement en solde en double, a-t-il expliqué. Nous aurons quatre mois de solde en double, avant de basculer ensuite définitivement dans le dispositif de Source Solde". Pourquoi un tel retard? L'industriel Sopra, sélectionné en 2015 par la direction générale pour l'armement (DGA), a rencontré "un certain nombre de difficultés dans la mise au point du dispositif, en raison de la très grande complexité de notre système de rémunération", a expliqué le SGA.

Le secrétariat général pour l'administration a renforcé les équipes tant du ministère que de l'industriel, "si bien que nous sommes aujourd'hui plus confiants dans un calendrier qui permettrait une bascule de la marine dans le premier semestre de l'année 2019", a assuré Jean-Paul Bodin. Avant de basculer, le SGA souhaite disposer d'éléments de comparaison entre la solde telle qu'elle sort de Louvois et de Source Solde et, dans l'hypothèse où des différences sont constatées, de les expliquer. "Ces différences existent puisque Source Solde est recalé par rapport à l'ensemble du dispositif réglementaire, alors que Louvois comporte encore des dispositions résultant d'interprétations différentes des armées, selon les indemnités", a expliqué le SGA. Si le calendrier est tenu, le SGA envisage en 2019 le raccordement de l'armée de terre à Source Solde même si aucune décision n'est prise pour le moment.

Le SGA a encore beaucoup, beaucoup de pain sur la planche. "Nous veillons aussi très attentivement à la mise en œuvre du prélèvement à la source (PAS). Pour les personnels militaires, le PAS relève de la compétence du ministère qui administre et gère la solde de ces personnels. Aujourd'hui, les tests techniques réalisés sur Louvois et sur Source Solde montrent que ces dispositifs peuvent intégrer le prélèvement à la source". Mais "l'une des grandes difficultés de mise en œuvre du PAS tient à l'existence de revenus exceptionnels", a noté le SGA. Car une grande partie des militaires n'ont pas, compte tenu de leurs engagements opérationnels et de l'entraînement, la même rémunération deux mois de suite...

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Commentaires
a écrit le 30/10/2018 à 18:00 :
100 millions : on nous les rembourse et on rend responsable financièrement celui qui a décidé ce système ...Mais non, Responsable, jamais coupable ; c'est génial d'être ministre ...
a écrit le 30/10/2018 à 17:54 :
Gérer , c'est difficile pour un ministre des armées . Engager des milliards par an , pour faire joujou avec un autre porte avion : ce n'est pas grave ! Ce sont toujours les contribuables qui paient !
a écrit le 30/10/2018 à 9:41 :
L'ironie de l'histoire c'est que Louvois qui est maintenant fiabilisé risque d'être remplacé par un logiciel qui l'est pas du tout ! Retour à la case départ.
Réponse de le 30/10/2018 à 15:49 :
Louvois n'est pas stabilisé mais abandonné. Quand à source solde (son remplaçant) il est bien évident que c'est l'enfant de Louvois et "qu'il marchera" comme Louvois avant son lancement. C'est que quand les militaires n'ont pas été payé qu'ils ont avoués un "petit bug"... Normal pour la grande muette. Ils n'arrivent plus à embaucher mais depuis peu ils n'arrivent plus non plus a empêcher les militaire de carrière à quitter l'institution...
a écrit le 29/10/2018 à 20:06 :
Question : les responsables de se fiscot ons aux moins été punis...? Ou comme toujours pour les grand chef s'est responsable mais pas coupable ....
Réponse de le 30/10/2018 à 4:40 :
Vous vivez en France.
Il n'y a pas de responsable. Le deficit cumule sera a la charge de l'etat. Donc vous.
a écrit le 29/10/2018 à 16:22 :
Avec le prélèvement à la source pour les militaires qui sont à l'autre bout du monde cela ne va pas s'arranger.
Ce n'est pas parce qu’on manque d'industrie qu'il faut faire une usine à gaz qui a de bonnes chances d'exploser.
a écrit le 29/10/2018 à 14:16 :
J'espère que les logiciels de commande des engins balaistiques à têtes nucléaires ne sont pas développés par ceux qui ont conçu...Louvoi(s)ment !
a écrit le 29/10/2018 à 14:11 :
La solde des militaires est d'une complexité dantesque liée au poids de l'histoire. L'armée de terre, la marine et l'armée de l'air étaient historiquement gérées par des ministères différents avec des règles différentes. Les opérations extérieures sont souvent inter-armes ce qui crée des situations nouvelles. Un militaire français au Mali n'aura pas le même régime de solde selon qu'il a un statut de coopérant (il n'y en a plus beaucoup) ou qu'il est dans l'opération Barkane. Certains techniciens spécialisés peuvent avoir des affectations prolongées dans une arme qui n'est pas leur arme d'origine et les régimes de soldes ne sont pas calculés pareil... Compte tenu de la force d'inertie des militaires, ces problèmes risquent encore de durer un certain temps.
Réponse de le 29/10/2018 à 16:41 :
Il aurait fallu commencer par rationaliser et simplifier les systèmes de rémunération de chaque arme avant de même tenter de tout regrouper sous le même logiciel.

La tâche était tout simplement impossible, mais la décision a été prise par des comptables qui voulaient faire au plus vite des économies en virant le personnel des paies des armées. C'est de plus en plus fréquent dans l'administration et ça vire au fiasco plus souvent qu'à son tour.

On se souvient de l'impression des passeports donnés au privé, de la numérisation des cartes grises, ou même du logiciel unifié de paye de la fonction publique etc etc.
a écrit le 29/10/2018 à 12:30 :
En tout cas, c'est ce que j'en retient à la lecture de l'article.

Pas de reproche envers les décideurs, car je pense que c'était difficile d'avoir une vue claire sur la meilleur solution : corriger et fiabiliser Louvois, ou le remplacer ? Au final il aura fallu faire les deux car il fallait le temps de faire le logiciel de remplacement. Savoir arrêter les frais sur Louvois se défendait tout autant que de le réparer.

Du coup la question se pose dans l'autre sens : est il sage de le remplacer si maintenant il fonctionne correctement ?
Réponse de le 29/10/2018 à 18:32 :
En fait, il fonctionne moins mal, mais pas encore bien.

Étant donné la décision de création datant de 1985, ses premières ébauches de 1990 et son délire punitif depuis 1996, on peut supposer qu'il ne marchera jamais.

Ce qui est navrant, puisque son coût total cumulé est de plus de 450 millions € (et je ne parle pas du total des erreurs de paies, seulement de ce qu'on a payé à des entreprises pour faire le job de conception du logiciel)

Pour les scrognegneus anti-fonctionnaires, je précise que le job avait été confié à des entreprises privées !... comme quoi, il aurait peut être mieux valu en rester aux feuilles Excel des services d'intendance.
a écrit le 29/10/2018 à 9:57 :
En France le provisoire dure tjrs tres longtemps. Il ne sert a rien de louvoyer.
a écrit le 29/10/2018 à 9:07 :
La solde des militaires est assise sur tant de facteurs, que nul n'arrive à créer et gérer un logiciel qui puisse l'opérer: un magnifique exemple de la France gérée par des élus qui ont complexifié les administrations, n'osant jamais démonter une mesure inadéquate, et préférant rajouter des contre-mesures.. C'est la simplification des systêmes qui permettra l'informatisation, pour la paye des militaires, comme pour les impôts..
a écrit le 29/10/2018 à 7:37 :
Rappelons que nous devons ce logiciel à M. Herve Morin, dont l'incompétence lui fait faire des catastrophes partout où il passe. C'est tellement bien connu au sein même de son parti qu'on lui a donné la région Normandie avec un titre très honorifique, mais avec le moins de responsabilités executives possibles.

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