LA TRIBUNE - Vous jetez en regard à la fois cru et inquiet sur l'avenir du textile fabriqué en France. Quel est l'état de la filière en 2024 ?
GUILLAUME GIBAULT - La situation est préoccupante, tant au niveau des fabricants de textile que des entreprises de confection. Aujourd'hui, seulement 3% de l'habillement acheté en France, représentant un volume d'affaires total d'environ 3 milliards d'euros, est effectivement fabriqué dans l'Hexagone.
Ce constat se traduit notamment par une perte de 80 à 85% des effectifs du textile en trois décennies. La filière, qui employait encore 600.000 collaborateurs en 1990, en compte désormais 100.000 en 2024. Sans prise de conscience et rebond, elle pourrait à terme se réduire encore.
Quelles sont les raisons de cette chute spectaculaire ?
Deux phénomènes ont entraîné cette dégringolade. Le principal responsable de cette hémorragie est évidemment le prix de la main-d'œuvre en France pour l'industrie textile, où elle représente entre 50 et 60% des coûts totaux. Alors que le Smic est à 1.700 euros brut dans l'Hexagone, un ouvrier chinois touchait environ 900 euros par mois en 2023. Conséquence, les marques hexagonales de vêtements ont petit à petit délocalisé leurs productions, d'abord en Europe de l'Est, puis au Maghreb, enfin en Asie, au Vietnam, au Bangladesh et en Chine notamment.