Après la démission de Tavares, Stellantis chute en Bourse
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Le groupe automobile Stellantis a annoncé dimanche la démission « avec effet immédiat » de son directeur général.
Brendan McDermid
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Le groupe automobile Stellantis a annoncé dimanche la démission « avec effet immédiat » de son directeur général.
Brendan McDermid
[Article publié le lundi 2 décembre 2024 à 11h08, mis à jour à 14h17] Séisme chez Stellantis. L'action du constructeur automobile franco-italo-américain dévisse de plus de 8% lundi en fin de matinée, à la Bourse de Paris, après l'annonce de la démission dimanche soir de son directeur général, Carlos Tavares. Dans le détail, vers 10h50 (heure de Paris), le titre perdait 8,41%, à 11,474 euros. Le CAC 40 perdait, lui, 0,89%.
Le groupe automobile Stellantis (marques Peugeot, Citroën, Fiat, Chrysler, Opel, Lancia, Jeep...) a annoncé la veille la démission « avec effet immédiat » de son directeur général. Son successeur sera nommé au premier semestre 2025. Un processus déjà « en bonne voie », a souligné le groupe. De leurs côtés, l'action de Renault perdait 2,20% vers 10h58 à Paris et celle de Volkswagen, dont les salariés ont lancé une grève lundi, reculait de 0,96% à Francfort.
Le conseil d'administration avait déjà mis en sursis Carlos Tavares, 66 ans, en annonçant début octobre son départ à la retraite et lancé un processus de succession, mais des désaccords ont accéléré sa démission. Les planètes n'étaient plus alignées, avec des « points de vue différents » entre le conseil d'administration et Carlos Tavares, a expliqué Henri de Castries, administrateur de Stellantis.
De son côté, John Elkann, président du conseil d'administration de Stellantis et héritier du principal actionnaire du groupe, la famille italienne Agnelli, a notamment écarté en octobre tout rapprochement avec un autre groupe automobile. Et ce, alors que Carlos Tavares laissait cette porte ouverte.
Quant au groupe familial Peugeot, deuxième actionnaire de Stellantis avec 7,4% du capital, il a indiqué ce lundi apporter tout son soutien au nouveau comité exécutif ainsi qu'à l'ensemble des équipes de Stellantis.
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Plusieurs syndicats de Stellantis et de l'industrie automobile se sont en tout cas félicités ce lundi de ce départ. Shawn Fain, directeur du puissant syndicat américain United Auto Workers (UAW), a salué « un pas important dans la bonne direction pour une entreprise qui a été mal dirigée et une main-d'œuvre maltraitée ». Des milliers de membres de cette organisation demandaient depuis plusieurs semaines cette démission à cause de sa « gestion irresponsable », a souligné le syndicaliste dans un message publié par la chaîne de télévision américaine CNBC.
En France, la section Force ouvrière (FO) de Stellantis a condamné cependant une « décision précipitée », qui « fragilise l'ensemble de l'entreprise et ses milliers de salariés ».
La CGT de Stellantis estime de son côté que Carlos Tavares « n'est pas à plaindre et aucun travailleur ne va regretter » un dirigeant « qui a massacré l'emploi et détruit des milliers de familles ».
En Italie, le syndicat UILM a d'ores et déjà demandé sur X une « rupture » au prochain dirigeant du groupe. Avec une priorité à donner aux « travailleurs et usines italiennes », notamment à Maserati, dont les ventes se sont effondrées. « Tavares est parti, les problèmes restent pour les travailleurs », a souligné auprès de l'AFP Maurizio Oreggia, coordinateur du syndicat italien FIOM. « Nous avons besoin immédiatement d'un plan industriel pour charger les usines », alors que la production italienne s'est effondrée, et « relancer le groupe », a-t-il fait valoir.
Venu de Renault, Carlos Tavares s'était fait un nom en redressant le groupe PSA (Peugeot-Citroën) à partir de 2014, en réduisant les coûts. Il avait ensuite mené la mégafusion entre PSA et FCA (Fiat-Chrysler). Depuis la création de ce groupe aux quatorze marques en 2021, Stellantis a enchaîné les records de bénéfices nets. Le groupe s'est aussi tourné rapidement vers les voitures hybrides et électriques.
Mais Stellantis a toussé au premier semestre 2024, avec un bénéfice net divisé par deux, avant de voir ses marges s'effondrer face à des difficultés plus graves que prévu en Amérique du Nord, sa machine à cash. En cause ? Des véhicules à la qualité critiquée et des tarifs jugés trop hauts.
Carlos Tavares a ainsi dû abandonner fin septembre son objectif sacré de marge opérationnelle à « deux chiffres » pour l'année, qui le plaçait loin devant ses concurrents. Et justifiait également son salaire prévu à 36,5 millions d'euros pour l'année 2023. Parallèlement, il avait bousculé l'organisation du groupe début octobre, en choisissant des profils plus commerciaux pour relancer les ventes.
L'année 2024 a aussi été marquée par des retards dans les lancements de plusieurs modèles, causés notamment par des problèmes électroniques. La baisse de la production dans de nombreuses usines n'avait pas manqué d'inquiéter, comme en Italie, patrie de Fiat, où des milliers de manifestants lui avaient demandé des comptes mi-octobre. Le gouvernement de Giorgia Meloni reproche au constructeur de délocaliser sa production dans des pays à bas coûts, au détriment des usines italiennes.
En France, la direction du groupe avait assuré la semaine dernière qu'aucune fermeture d'usine n'était prévue à court terme malgré une baisse attendue de la production. Mais au Royaume-Uni, le groupe a annoncé la fermeture de son usine Vauxhall à Luton (nord de Londres), employant plus de 1.100 personnes.
Carlos Tavares assurait que la situation était en cours de redressement aux Etats-Unis, et qu'en Europe il n'était pas le seul groupe à rencontrer des difficultés en cette période « darwinienne ». Mais il n'avait pas complètement convaincu, ni les marchés, ni les salariés. Les dirigeants de Stellantis assuraient de leur côté que les ralentissements de 2024 étaient dus à la « transition » entre deux générations de véhicules. Ils promettaient une relance vigoureuse début 2025 avec la montée en puissance de ses nouveaux modèles.
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Reste à voir si cette promesse va pouvoir être tenue. Car selon Philippe Diogo, délégué syndical central FO du groupe, l'annonce « soudaine (de la démission de Carlos Tavares, Ndlr), combinée à la mise en place d'un comité exécutif temporaire sans leadership fort, expose dangereusement le groupe à une crise majeure ».
(Avec AFP)
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