Comment Volkswagen veut économiser 4 milliards d'euros
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[Article publié le lundi 28 octobre 2024 à 9h49, mis à jour à 16h57] Dans sa stratégie de réduction des coûts, le premier constructeur européen vise sa marque principale. La direction de Volkswagen compte, en effet, fermer au moins trois usines en Allemagne et supprimer des dizaines de milliers d'emplois, a indiqué ce lundi la présidente du comité d'entreprise, Daniela Cavallo. « La direction est tout à fait sérieuse à ce sujet. Il ne s'agit pas d'un coup de sabre dans les négociations collectives », a-t-elle indiqué devant plusieurs centaines d'employés à Wolfsburg, ville de la moitié nord du pays.
Daniela Cavallo n'a pas précisé quelles usines seraient touchées, ni combien des quelque 300.000 employés du groupe en Allemagne pourraient être licenciés. La présidente du comité d'entreprise du constructeur s'est insurgée face à la « ferme intention » de Volkswagen « de saigner à blanc les sites industriels » du groupe dans le pays et de provoquer un « chômage de masse » au sein de la marque VW, qui emploie 120.000 salariés en Allemagne.
Ces déclarations confirment en partie les informations révélées la veille par le journal allemand Handelsblatt. Ce dernier a rapporté que Volkswagen travaille sur plusieurs mesures potentielles afin d'économiser 4 milliards d'euros. Le média, qui s'appuie sur des sources au sein de l'entreprise, a bien fait état de la possibilité de fermer certains sites de production en Allemagne. Et a aussi évoqué d'autres pistes : une baisse de 10% de tous les salaires, ainsi que des gels en 2025 et 2026. Au total, cela reviendrait à une baisse de 18% des émoluments des ouvriers des chaînes au cours des deux prochaines années, d'après le comité d'entreprise. Dans le viseur aussi du groupe, le plafonnement des primes et des bonus liés aux anniversaires d'ancienneté pour les cadres.
La direction du groupe a finalement réagi à ces informations ce lundi, sans confirmer les mesures évoquées. Dans un communiqué, elle indique devoir « attaquer le problème à la racine » dans l'entreprise. « Le marché européen de l'automobile a perdu 2 millions de véhicules depuis 2020 », explique-t-elle. « Nous ne sommes pas assez productifs sur les sites allemands et les coûts d'usine sont actuellement supérieurs de 25 à 50% à ce que nous avions prévu », précise-t-elle. Elle ajoute que les usines allemandes sont « deux fois plus chères » que celles de la concurrence.
Depuis le début du mois d'octobre, la direction de Volkswagen rencontre chaque semaine les représentants des salariés de ses usines allemandes. Notamment IG Metall, le puissant syndicat allemand des métallurgistes. Le groupe allemand les a avancées d'un mois, compte tenu des défis « existentiels » auxquels il est confronté. Elles ont démarré dans un climat houleux, puisque quelques jours plus tôt, Volkswagen avait résilié l'accord sur la garantie de l'emploi en vigueur depuis 1994. Or, il était censé courir jusqu'en 2029. Ce qui a ouvert la voie à de possibles licenciements à partir du 30 juin 2025. Il avait par ailleurs annoncé sa volonté de fermer des usines outre-Rhin, ce qui serait une première dans son histoire.
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Reste que les représentants des salariés se sont engagés à combattre les plans du groupe. Ils ont menacé de grèves après la période de dialogue social obligatoire, soit à partir de décembre. Un porte-parole d'IG Metall a en outre précisé dimanche que les négociations sur les augmentations de salaire sont traitées séparément de celles sur l'avenir des emplois. Et la prochaine réunion officielle entre les deux parties est prévue pour ce 30 octobre.
À Berlin, le chancelier Olaf Scholz, via l'un de ses porte-parole, a mis en garde contre une vague de licenciements. Le gouvernement, qui attendait alors que la direction de VW se prononce, avait fait savoir que « la position du chancelier est claire. À savoir que les salariés ne doivent pas subir l'impact d'éventuelles mauvaises décisions prises par le management (de Volkswagen) dans le passé et que la priorité doit être à présent de préserver les emplois », a dit Wolfgang Büchner.
Volkswagen n'est pas le seul constructeur allemand en difficulté. Ces dernières semaines, Mercedes-Benz et BMW ont dû revoir leurs prévisions annuelles à la baisse. Le premier a notamment abaissé son objectif de rentabilité pour la deuxième fois de l'année. Quant au deuxième, il a annoncé qu'il vendrait moins de voitures sur cette année comparé à 2023.
Les trois géants allemands sont confrontés à un ralentissement des ventes sur leur marché clé, la Chine. D'une part, car les difficultés économiques de la première puissance asiatique freinent la demande. D'autre part en raison de la concurrence croissante que représentent les fabricants locaux de véhicules électriques.
Cette crise qui touche le secteur industriel allemand devrait plonger la première économie européenne dans la récession en 2024. Les principaux instituts de conjoncture du pays prévoient en effet une baisse de 0,1% de son produit intérieur brut (PIB). Ce serait alors la deuxième année d'affilée que l'Allemagne connaît une récession.
Plus globalement, c'est bien l'ensemble du secteur automobile qui souffre en Europe. Même le champion des profits Stellantis, qui chapeaute Peugeot, Fiat, Chrysler, traverse une période compliquée. Lui non pas sur le marché chinois mais nord-américain, son habituelle machine à cash.
Les concessionnaires peinent à y écouler des véhicules trop chers, alors le groupe multiplie les promotions depuis quelques mois, limitant ses marges. Résultat, Stellantis a indiqué début octobre qu'il n'atteindrait pas son objectif répété de marge opérationnelle à deux chiffres cette année. Elle devrait se replier entre 5,5% et 7%, contre 12,8% en 2023.
Outre ces déboires qui leur sont propres, les constructeurs européens en affrontent des communs. Le marché automobile européen est resté sur des volumes de vente faibles depuis la pandémie. À cela s'ajoutent des tarifs élevés en concessions et un contexte économique morose qui n'incitent pas à changer de voiture, selon les analystes. Et cerise sur le gâteau : la faiblesse du marché sur les véhicules 100% électriques. « Le marché automobile européen stagne et ne s'en remettra pas dans un avenir prévisible », a affirmé la direction de Volkswagen ce lundi.
Un bien sombre présage qui fait craindre une nouvelle crise dans l'industrie automobile du Vieux continent. Et menace l'avenir des quelque 2,4 millions de salariés du secteur en Europe
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Les équipementiers européens inquiets
Les difficultés du secteur automobile européen inquiète inévitablement le reste de la chaîne. Ainsi, les équipementiers automobiles européens ont tiré la sonnette d'alarme ce lundi face au nombre inédit de suppressions d'emplois dans le secteur. 32.000 postes devraient disparaître en Europe d'après les annonces faites au premier semestre. Notamment chez des géants tels que Bosch, ZF ou Valeo. Soit plus que pendant la pandémie de Covid-19 chez ces fournisseurs qui emploient 1,7 million de salariés sur le Vieux Continent.
« C'est la pire période qu'on ait connue, et aussi la plus difficile en termes de durée », a reconnu dans un entretien à l'AFP le secrétaire général de l'Association européenne des fournisseurs automobiles (Clepa), Benjamin Krieger.
Depuis l'année 2020, 86.000 suppressions de postes ont au total été annoncées chez les équipementiers européens, notamment en Allemagne et en France. Parallèlement, seulement 29.000 postes ont été créés, pour un total d'environ 56.000 suppressions nettes.
Le responsable met en cause le recul du marché automobile européen et la lenteur de son électrification. Si bien qu'à l'instar de nombreux constructeurs, les équipementiers appellent la Commission européenne à une révision des objectifs de décarbonation de l'automobile dans les années à venir, alors que l'Europe prévoit d'interdire la vente des voitures à essence et diesel neuves en 2035. Ils demandent notamment à laisser la porte ouverte dans les prochaines années à d'autres technologies que l'électrique, que ce soit des moteurs à combustion plus efficients ou des hybrides rechargeables. Le Clepa réclame aussi des mesures à Bruxelles pour encourager l'investissement dans les nouvelles technologies, avec des budgets comparables aux programmes chinois et américains. Et de l'électricité moins chère pour assurer la compétitivité de l'Europe.
(Avec agences)
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