Saint-Gobain sort encore le chéquier pour décarboner le bâtiment et la chimie

Et de deux ! Après s'être offert Chryso en mai 2021, le fabricant et distributeur de matériaux de construction et de verres Saint-Gobain vient d'acquérir GCP Applied Technologies pour 2 milliards d'euros. A l'image du rachat de MBCC Group par Sika, les industries du bâtiment et de la chimie doivent en effet toutes deux réduire leur empreinte carbone par tous les moyens. Les rapprochements s'accélèrent.
César Armand

5 mn

(Crédits : GONZALO FUENTES)

Le fabricant et distributeur de matériaux de construction Saint-Gobain poursuit ses acquisitions agressives. Ce lundi 6 décembre, il a annoncé l'achat de GCP Applied Technologies pour 2,3 milliards de dollars (2 milliards d'euros). Cette nouvelle emplette intervient sept mois après l'achat de Chryso pour 1,02 milliard d'euros.

A quelques semaines de l'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation environnementale des bâtiments, dite « RE2020 », les professionnels du bâtiment , à l'image de Saint-Gobain, accélèrent leur mue écologique. Tous les matériaux de construction pourront encore utilisés mais à condition, qu'à horizon 2031, « les matériaux plus usuels comme la brique et le béton se soient décarbonés ».

Sans attendre le 1er janvier 2022, les professionnels du secteur n'ont donc qu'un seul mot à la bouche : le béton « bas-carbone », considéré comme 40% moins émissif en gaz à effet de serre que le béton traditionnel. A vrai dire, ils n'ont plus le choix. Dès mai 2021, l'industrie cimentière s'est engagée, auprès du gouvernement, à baisser de 25% ses émissions à horizon 2030 et de 81% d'ici à 2050 ses émissions de gaz à effet de serre.

Tous les moyens sont bons effectivement pour réduire l'empreinte écologique du béton classique qui contient 88% de granulats et de sable ainsi que 12% de ciment, responsable à lui tout seul de 98% des émissions de gaz à effet de serre. Un jour, le métro du Grand Paris promet de substituer le ciment par des laitiers, les déchets de fonderie et d'aciérie ; un autre, Holcim entre au capital de CCB Greentech pour remplacer le gravier et le sable par du bois.

Une troisième acquisition stratégique en sept mois

C'est dans ce contexte normatif en pleine évolution qu'il faut comprendre les rachats de Saint-Gobain. GCP Applied Technologies et Chryso apportent en effet des solutions précieuses pour accélérer la décarbonation des activités du groupe. Leur point commun ? Ce sont tous les deux des acteurs historiques de la chimie.

Le premier est une « plateforme mondiale reconnue dans les additifs pour ciment, adjuvants pour béton et solutions d'imperméabilisation pour les infrastructures, le commercial et le résidentiel ». Le second, qui a appartenu à Lafarge, s'autoproclame « leader mondial de la chimie de la construction ».

C'est dans le même mouvement se rapprochement qu'il faut lire l'acquisition massive, il y a trois semaines, de MBCC Group par Sika pour 5,5 milliards de francs suisses (5,2 milliards d'euros), dont Saint-Gobain avait jusqu'à peu encore 10% du capital. MBCC Group constitue l'ancienne branche de chimie de construction du groupe allemand BASF spécialisée dans les systèmes et additifs pour la construction.

L'industrie chimique doit, elle aussi, réduire son empreinte carbone

Ces trois dernières cibles appartiennent donc à la famille de la chimie qui, elle aussi, doit réduire, dans la prochaine décennie, de 26% ses émissions de gaz à effet de serre sur la base de celles de 2015. Pour Saint-Gobain, GCP Applied Technologies, Chryso et sa branche historique Weber doivent lui permettre de « faire du sur-mesure pour le client final », dit son directeur général Benoît Bazin. Chez Sika, MBCC Group s'ajoute à Parex dans son portefeuille depuis 2019 et un chèque de 2,5 milliards de francs suisses (2,3 milliards d'euros).

« Nous ne faisons pas la course, nous serons co-leaders sur ce marché estimé à 60-70 milliards d'euros. Il reste encore quelques opportunités », souligne le DG de Saint-Gobain.

« Nous ne fabriquons pas le béton et le ciment, mais sachant que nous n'allons pas vivre un monde de la construction sans béton, nous leur permettons de décarboner leur offre », poursuit Benoît Bazin.

Saint-Gobain n'a plus le choix

Et si en réalité, le groupe coté n'avait plus le choix ? Dès novembre 2020, le PDG Pierre-André de Chalendar dévoilait, dans La Tribune, sa feuille de route pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Il y précisait ses engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030 validés par l'initiative Science-Based Targets. Cette structure «  évalue et approuve de manière indépendante les objectifs des entreprises pour accélérer la transition vers une économie bas-carbone ».

Un an s'est écoulé et le discours n'a pas changé. Marchant dans les pas de son ancien chef, le nouveau patron exécutif Benoît Bazin a insisté sur le modèle de Saint-Gobain « extrêmement vertueux sur la neutralité carbone ». « 72% du chiffre d'affaires vise à minimiser notre impact et à maximiser les solutions pour éviter le CO2 », a-t-il déclaré. « Nous voulons maximiser notre impact pour nos clients et minimiser notre propre empreinte carbone », martelait, déjà en octobre, sa DGA et DRH Claire Pedini.

« L'ESG (les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, Ndlr), c'est notre business model » a répété à l'envi Benoît Bazin.

A la Bourse de Paris à 16h45, l'action Saint-Gobain est en hausse de plus de 2,09% à 59,03 euros, après avoir ouvert à 58,4 euros. Ses actionnaires ne seront pas oubliés. Il y a deux mois là encore, le directeur financier, Sreedhar N., leur avait promis 2 milliards d'euros nets.

César Armand

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