Portée par de nombreux projets industriels, la région cherche à attirer soudeurs et ingénieurs. Le déclin démographique et la médiocrité des transports compliquent la donne.De la pointe Nord du Cotentin, l'étranger ne connaît souvent que ses somptueuses falaises de granit rose plongeant dans la mer. C'est oublier qu'ici, paysage rime indissolublement avec usinage. Portée par l'essor du nucléaire, des énergies marines et de la construction navale, l'ancien fief de Bernard Cazeneuve est, en effet, devenu en moins de deux décennies l'un des plus florissants bassins industriels de l'hexagone. L'un des plus méconnus aussi.
« C'est un miracle économique ignoré », dit à son propos l'économiste Laurent Davezies, auteur d'une étude sur l'emploi dans l'agglomération cherbourgeoise parue en début d'année. Depuis le milieu des années 2000, l'écosystème manufacturier du Cotentin s'est réarmé sans tambour ni trompette. L'accélération a été spectaculaire au cours de la dernière décennie. Témoin, la croissance de l'emploi industriel que l'étude chiffre à 30% entre 2016 et 2022. Presque trois fois plus que dans des métropoles plus visibles comme Toulouse ou Nantes.
Une période de vaches grasses
Les responsables de cette échappée ont pour nom EDF, Naval Group, LM Wind, Orano ou encore les Constructions Mécaniques de Normandie (CMN). Dopés par la bonne santé des marchés de l'énergie et de la défense, les principaux employeurs de la péninsule traversent une période de vaches grasses, entraînant avec eux un chapelet de sous-traitants en mécanique, ingénierie ou études techniques. Les CMN (500 salariés) illustrent bien cette dynamique. Propriété de feu le milliardaire franco-libanais Iskandar Safa, le chantier naval spécialisé dans les bateaux dit « gris » a plus que doublé ses effectifs en cinq ans en construisant des navires légers fortement armés pour les forces de sécurité du monde entier.