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Quel avenir pour le gigantesque gisement de gaz de Shtokman ?

Emmanuel Grynszpan, à Moscou

Publié le 08 août 2012 à 15:08 - Mis à jour le 08 août 2012 à 15:09

Le Quotidien Numérique

04 juin 2026

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Le Norvégien Statoil a rendu sa part de 24% dans le gigantesque gisement gazier en développement dans la mer de Barentz. Le Français Total pourrait suivre son exemple au vu des perspectives floues du projet.

Statoil a rendu son tablier le 30 juillet dernier, mais a attendu plus d?une semaine pour rendre la chose publique. Le groupe pétrolier norgégien, contrôlé à 67% par l'Etat norvégien, tient à ce que le divorce se fasse à l?amiable et laisse même entendre qu?il reste intéressé par les étapes futures du projet.

Le 30 juillet représentait le terme de l?accord sur le programme d?investissement entre les trois co-actionnaires de Shtokman Development AG (Gazprom, 51% ; Total, 25% et Statoil, 24%), le consortium créé pour développer le gigantesque gisement gazier de Shtokman, en mer de Barentz dont les réserves estimées s'élèvent à 3.900 milliards de mètres cubes de gaz et 53,3 millions de tonnes de condensat de gaz naturel. De quoi satisfaire la demande de gaz des Etats-Unis pendant un an.

Désaccords sur l'enveloppe d'investissements

Le projet butte depuis plusieurs années sur des désaccords quant au montant de l?investissement nécessaire, mais aussi son calendrier et la manière de développer le gisement. Depuis son entrée dans le projet en février 2008, Statoil y a déjà dépensé 340 millions de dollars, d?après les résultats financiers publiés le 26 juillet par le groupe et présentés comme des « frais financiers ». Selon plusieurs sources, les termes de l?accord entre les actionnaires n?obligent pas Gazprom à rembourser les frais engagés par ses partenaires, même s?ils rendent leurs actions. Total, qui aurait dépensé autour de 400 millions de dollars dans le projet, perdrait ainsi cette somme s?il décidait d?imiter Statoil. Le groupe français s?est abstenu de commenter la décision de son co-actionnaire de Shtokman. Fin juillet, le directeur financier de Total, Patrick de La Chevardière déclarait que le groupe « reste assez intéressé par un rôle actif ». Une clarification de la position du groupe français pourrait avoir lieu le 30 août prochain, lors de la prochaine réunion des actionnaires de Shtokman Development AG.

Shell à la place de Statoil?

Jusqu?à juin dernier, la co-entreprise employait 500 personnes, mais deux tiers du personnel ont depuis été remerciés, principalement ceux venant de Statoil et de Total. Le projet paraît gelé alors que Gazprom cherche à remanier la structure du consortium. Des rumeurs persistantes voient le groupe Shell rentrer dans le projet, en remplacement de Statoil.

Les autorités russes tentent depuis environ vingt ans de développer Shtokman, mais se heurtent soit à la fois à un déficit de financement et à des lacunes technologiques. Ni Gazprom, ni aucun autre groupe pétrolier russe ne dispose d?expérience en matière de développement off-shore en zone Arctique. Les partenaires du consortium hésitent à en faire un projet 100% GNL ou à tirer un gazoduc de 600km jusqu?à la zone de forage située en haute mer. La première phase du développement table sur une production à partir de 2016-2017.

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Pour Nikolaï Podlevskykh, analyste chez Tserikh Capital Management, une série de facteurs placent les trois partenaires de Shtokman dans l?embarras. Le gaz devait au départ être vendus aux Américains, mais l?explosion de la production de gaz de schiste a fait plonger les prix du gaz en dessous des coûts de production de Shtokman. La demande de gaz européenne stagne également. Dernier facteur décourageant : le gouvernement russe refuse pour l?instant d?offrir aux investisseurs les abattements fiscaux qu?ils réclament pour le démarrage du projet. Conséquence, malgré les grosses dépenses déjà engagées, la plupart des observateurs s?attendent à ce que le projet Shtokman soit gelé pour de bon.

Emmanuel Grynszpan, à Moscou

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