Nucléaire: cinq ans après Fukushima, le Japon à la peine, la France fragilisée

Tiphaine Honoré

Tiphaine Honoré
L'atome continue de diviser le Japon. Alors que la population manifeste régulièrement son opposition, le pays poursuit son lent retour vers le nucléaire. Depuis août 2015, quatre réacteurs ont été remis en marche, deux situés à Sendai (Kyushu) et deux à Takahama près de Kyoto. Un processus semé d'obstacles, puisque ces deux derniers viennent d'être à nouveau arrêtés sur décision de justice, le mercredi 9 mars dernier.
En février dernier, un arrêt inopiné des réacteurs, entraînant un problème technique, a motivé cette décision. Les doutes persistent donc quant au degré de sûreté des installations, alors qu'elles avaient reçues les feux verts technique et politique.
Mais les centrales japonaises ne sont pas les seules à susciter des interrogations. Depuis début 2016, outre les organisations anti-nucléaires qui demandent la sortie de l'atome dans l'Hexagone, des Etats donnent de la voix contre les centrales françaises.
Le canton de Genève (Suisse) demandait ni plus ni moins début mars "la fermeture de la centrale nucléaire française du Bugey", dans l'Ain, par la voix de sa maire Esther Adler :
Quelques jours plus tôt, c'est l'Allemagne qui haussait le ton contre la centrale de Fessenheim, dans le Haut-Rhin. Plusieurs médias allemands rapportent qu'un incident survenu le 9 avril 2014 dans la doyenne des centrales françaises aurait été sous-estimé, rendant "momentanément incontrôlable" le réacteur 1. Dans la foulée, le ministère allemand de l'Environnement a plaidé pour que la centrale alsacienne soit "fermée le plus vite possible".
L'Allemagne toujours publiait fin février un rapport -commandé par le groupe des Verts au parlement - fustigeant la sécurité d'une autre centrale française, Cattenom, située en Moselle. Dans le viseur des voisins frontaliers, elle ne serait pas aux normes internationales. Une action en justice concertée entre Berlin et Luxembourg est à l'étude contre cette installation, parmi les plus puissantes du pays.
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Des préoccupations légitimes, mais infondées, selon les contrôleurs français du nucléaire. Pour Thierry Charles, directeur général adjoint de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), les installations font "l'objet d'un contrôle constant et de réexamens complets tous les 10 ans".
Si les risques évoluent "en permanence" et que "nous ne sommes jamais à l'abri d'un accident", les exploitants et les autorités de sûreté "ont tiré les leçons de Fukushima". Ce spécialiste de l'atome considère que ces divers incidents font partie du fonctionnement normal d'un réacteur :
Cinq ans après Fukushima et trente ans après Tchernobyl, des normes toujours plus sévères sont édictées par les autorités pour anticiper les risques liés aux catastrophes naturelles.
Malgré tout, l'industrie nucléaire continue de susciter des interrogations non seulement sur sa dangerosité mais aussi, et de plus en plus, sur sa rentabilité, comme l'illustre l'affaire de la démission du directeur financier d'EDF à propos du projet de réacteur de "Hinkley Point C", au Royaume Uni.
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