Comment la guerre en Ukraine façonne une nouvelle géopolitique de l'énergie
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A bien des égards, l'histoire du gazoduc Nord Stream 2 illustre le basculement géopolitique qu'a entraîné l'offensive de Moscou en Ukraine. A peine achevé, ce pipeline long de plus de 1.200 kilomètres qui devait relier la Russie à l'Allemagne en passant par la Baltique s'est vu gelé fin février par Berlin, en réaction à l'avancée des troupes de Vladimir Poutine. Résultat : alors même que près d'un milliard d'euros avaient déjà été engagés de part et d'autre, et que les infrastructures se trouvaient fin prêtes à recevoir le précieux hydrocarbure, le projet restera lettre morte. Une volte-face lourde de conséquences, qui symbolise le déchirement irréversible de liens construits depuis plusieurs décennies entre la Russie et l'Europe en matière énergétique.
De quoi provoquer un effet domino dans le monde entier. Car pour éviter une douloureuse pénurie cet hiver, les Vingt-Sept appellent déjà à la rescousse d'autres pays producteurs de gaz partout sur le globe. Et tissent dans l'urgence des relations stratégiques avec ces « sauveteurs » de l'Europe, lesquelles promettent de les engager sur des décennies.
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Qu'importe : sécuriser l'approvisionnement sur le court terme, autrement dit se passer le plus vite possible des quelque 150 milliards de mètres cubes de gaz que la Russie lui fournissait jusqu'ici chaque année, devient la priorité absolue du Vieux continent. Il y a quelques jours, cette idée fixe s'est même vu gravée dans le marbre : chaque pays membre devra avoir rempli à 80% minimum ses réserves souterraines de gaz d'ici à novembre, a dicté Bruxelles dans un règlement. Relégué en deuxième position, voire en troisième, derrière le pouvoir d'achat, le climat n'aura pas son mot à dire. Car la course au « net zéro émissions » ne changera pas la donne : comme depuis près de deux siècles, s'avitailler en combustibles fossiles reste l'obsession des Etats, et tous les moyens sont bons pour y parvenir.