COP21 : le nouvel objectif de réduction des émissions de l'Australie déçoit

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L'Australie, qui affichait jusqu'à présent un objectif de réduction de 5% d'ici 2020 par rapport aux niveaux de 2000, est le premier exportateur mondial de charbon et minerai de fer et l'un des plus gros émetteurs de carbone par habitant.
L'Australie, qui affichait jusqu'à présent un objectif de réduction de 5% d'ici 2020 par rapport aux niveaux de 2000, est le premier exportateur mondial de charbon et minerai de fer et l'un des plus gros émetteurs de carbone par habitant. (Crédits : MICK TSIKAS)
Le gouvernement de Tony Abbott s'est engagé à une réduction de 26% à 28% des gaz à effet de serre du pays d'ici à 2030. Un chiffre bien trop modeste pour l'opposition, mais aussi pour l'Autorité australienne sur le changement climatique, et même pour l'opinion publique.

Les groupes de défense de l'environnement sont déçus. L'objectif de baisse des émissions de gaz à effet de serre annoncé mardi 11 août par l'Australie, dans la perspective de la conférence COP21 sur le climat qui aura lieu à Paris à la fin de l'année, est trop modeste, dénoncent les militants à l'unisson avec l'opposition.

Le chiffre annoncé par le Premier ministre conservateur Tony Abbott, de 26-28% d'ici à 2030 (par rapport aux niveaux de 2005), est non seulement à leurs yeux trop modeste par rapport à ceux déjà dévoilés par d'autres économies développées. Il est aussi bien inférieur aux recommandations formulées en juillet par l'Autorité australienne sur le changement climatique. Cet organe d'experts indépendants avait préconisé une réduction des émissions de GES par l'Australie de 40 à 60% d'ici 2030 par rapport aux niveaux de 2000, afin que le pays contribue véritablement à l'objectif mondial d'une baisse de 2 degrés Celsius de la température planétaire moyenne par rapport à l'ère pré-industrielle.

"Des schémas économiques du XIXe siècle"

"C'est un objectif défaitiste qui ne démontre aucune foi dans la capacité des Australiens à s'adapter, à innover et à effectuer une transition vers une économie propre", a déclaré l'Australian Conservation Foundation (ACF) dans un communiqué, alors que le Parti Vert ne s'est pas privé de moquer l'"archaïsme" du Premier ministre. Larrisa Water, sénatrice du parti écologiste, a ainsi déclaré dans un communiqué:

"Tony Abbott est bloqué dans les schémas économiques du XIXe siècle, dépossédant ce pays de son potentiel".

L'opposition accuse d'ailleurs Tony Abbott d'avoir truqué la donne en changeant l'année de référence, 2005 ayant marqué un pic d'émissions dans le monde.

Le premier exportateur mondial de charbon

Pour sa part, le chef du gouvernement a expliqué le nouvel engagement pris par l'Australie en soulignant:

"Nous devons être responsables sur le plan environnemental, mais nous devons l'être aussi sur le plan économique". "Nous devons réduire nos émissions d'une manière qui soit compatible avec la poursuite de la croissance", a-t-il déclaré.

L'Australie, qui affichait jusqu'à présent un objectif de réduction de 5% d'ici 2020 par rapport aux niveaux de 2000, est le premier exportateur mondial de charbon et minerai de fer et l'un des plus gros émetteurs de carbone par habitant. Une grande partie de l'électricité du pays est en effet produite par des centrales à charbon.

Tony Abbott est lui-même un ardent défenseur de l'industrie houillère. Il a supprimé l'an dernier une taxe sur le carbone et un plan visant à mettre en place un marché de crédits carbone.

"Pas en tête, mais pas à la traîne"

"Nous nous sommes engagés sur l'objectif de 26% de manière définitive, mais nous estimons qu'en vertu des politiques que nous mettons en oeuvre, et des circonstances qui seront à l'oeuvre, nous pourrons aller jusqu'à 28%", a précisé Tony Abbott.

"Il s'agit d'un bon objectif, solide, responsable du point de vue économique, responsable du point de vue environnemental", estime-t-il.

"Nous ne sommes pas en tête mais nous ne sommes certainement pas à la traîne", a encore considéré Abbott en comparant son engagement à ceux pris par des pays au niveau économique comparable. "Là où nous sommes en tête, c'est en ce qui concerne l'objectif de réduction des émissions par habitant, soit plus de 50%, ce qui est le meilleur objectif parmi les pays développés", a-t-il assuré. L'Australie compte en effet 23 millions d'habitants.

 63% des Australiens demandent plus

Cependant, un sondage réalisé la semaine dernière par le groupe d'études Climate Institute a montré que 63% des Australiens demandaient davantage d'action en la matière, soit une hausse de six points de pourcentage par rapport à 2014. L'opposition travailliste s'est engagée le mois dernier à réinstaller un marché des crédits carbone et à augmenter la part du renouvelable dans le mix énergétique à 50% d'ici 2030.

(Avec AFP et Reuters)

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a écrit le 12/08/2015 à 12:45 :
LES PAYS UTILISANT DU CHARBON COMME CENTRALE ELECTRIQUE SONT CODANNABLE D ETRE EN PARTIE RESPONSABLE DU RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE? DE PLUS CE PAYS COMME L AMERIQUE SUBIT CHAQUE ANNEES DES TEMPETES ET OURAGANTS ???
a écrit le 12/08/2015 à 2:52 :
Le point de non retour est dépassé et toute cette agitation n'est qu'un leure, des oeillère pour le peuple.
a écrit le 12/08/2015 à 0:42 :
Le Canada et l'Australie sont à la traîne avec leur gouvernement actuel en matière de réduction des gaz à effet de serre. Mais le Canada a des élections en octobre qui pourraient changer la donne. Rapporter les émissions d'un pays par habitant n'a pas beaucoup de sens car plusieurs pays produisent des biens pour d'autres, plus axés sur les services qui sont moins émetteurs. Mieux vaut donc tenir compte des émissions globales du pays, améliorer l'efficience des modes de production et quand c'est possible rééquilibrer cette production, également source de pertes d'emploi chez d'autres. C'est d'autant plus regrettable que l'Australie a beaucoup d'atouts, notamment dans le solaire (exemple les tuiles solaires hybrides avec Tractile Solar coté en Bourse et qui se développe en Asie, l'éolien, les véhicules solaires avec l'eVe Sunswift et la sortie en 2016 de l'Immortus d'EVX Venture etc : http://www.newsmaker.com.au/releaseFile/view/id/22939/thumb/800x800/cache/evxsolarcar.jpg
a écrit le 11/08/2015 à 14:20 :
Le dernier litron de pétrole et le dernier bout de charbon seront toujours brulés au plus vite. Surtout par les pays les plus riches, et donc, hypocrites. Détruire la planète, c'est avant tout détruire les autres... Y'avait pas une histoire de balle dans le pied..?? Renseignez-moi.
a écrit le 11/08/2015 à 13:40 :
Il me semble que la phrase suivante est erronée : "une baisse de 2 degrés Celsius de la température planétaire moyenne par rapport à l'ère pré-industrielle". Ca serait plutôt "limiter le dérèglement climatique à 2°C d’ici à la fin du siècle par rapport à la période pré-industrielle"
http://www.ale-lyon.org/qui-sommes-nous/actualites/2015-annee-du-climat-objectif-cop.html
http://www.gouvernement.fr/action/la-cop-21
Réponse de le 11/08/2015 à 14:07 :
Objectif totalement irréaliste et inaccessible.
Le célèbre climatologue John Christy a montré devant une commission de la Chambre des Représentants, en utilisant les modèles informatiques du GIEC que si les USA cessaient d'exister subitement, c'est à dire n'emettaient plus un seul gramme de CO2, la diminution de température globale serait de... 0,08 degré C au bout d'un demi siècle!
Autant dire que si c'était la France, on ne pourrait même pas la mesurer.
Source http://pensee-unique.fr/news.html#christy
Réponse de le 12/08/2015 à 1:08 :
Le problème des thèses de John Christy est qu'il a été démontré plusieurs fois par la communauté scientifique qu'elles reposent sur des données falsifiées, voir notamment : http://www.skepticalscience.com/examining-christys-skepticism.html De plus, une étude publiée dans la revue Global Environmental Change bat en brèche les reproches d'exagération souvent formulés à l'encontre du Giec. Ce dernier a systématiquement sous-estimé les effets du réchauffement. Ses premières prévisions anticipaient à moyen terme une augmentation moyenne du niveau des mers d'environ 2 mm par an. Cette élévation se fait aujourd'hui au rythme d'environ 3,2 mm par an, plus de 50 % au-dessus des prévisions du Giec. De même le 4eme rapport en 2007 avait présenté des estimations d'élévation du niveau marin à l'horizon 2100 qui ont dû être revues à la hausse dans le 5eme rapport. Une part de la communauté scientifique les juge encore trop faibles. L'ensemble du carbone contenu dans le pergélisol a été estimé à 1 672 milliards de tonnes (Gt), soit plus du double de celui présent dans l'atmosphère. Le potentiel amplificateur d'un relargage dans l'atmosphère de ce carbone par la fonte du pergélisol est énorme. Pourtant, cet effet potentiel n'a été pris en compte dans aucune des projections du Giec. Idem concernant la tendance vers l'acidification des océans et conséquences qui s'avèrent sous estimées. Entre autres paramètres.
a écrit le 11/08/2015 à 13:17 :
Deux remarques:
L'objectif fixé pour 2100 n'est absolument pas une baisse de 2% des émissions par rapport à l'ère pré-industrielle (comme écrit dans l'article), mais de limiter la hausse à 2%. Pas pareil du tout.
Effectivement l'ONU a été incapable de demander que les propositions de réduction de GES de chaque pays soient basées sur une même année de référence. Le resultat est désolant pour qui veut faire des comparaisons.

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