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ClimatEnergie & Environnement

COP28 : une occasion de mettre la « pression » sur les pays pétroliers, selon Patrick Pouyanné

latribune.fr

Publié le 06 juillet 2023 à 07:45 - Mis à jour le 06 juillet 2023 à 09:15

Pour Patrick Pouyanné, le président de la COP28 Sultan al-Jaber « essaie de tirer les discussions vers le haut, il sait très bien qu'il est attendu là-dessus ».

Pour Patrick Pouyanné, le président de la COP28 Sultan al-Jaber « essaie de tirer les discussions vers le haut, il sait très bien qu'il est attendu là-dessus ».

Reuters

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Pour le PDG de TotalEnergies, les majors pétrolières occidentales fournissent suffisamment d'efforts pour le climat. Patrick Pouyanné aimerait bien désormais que la pression augmente sur les compagnies nationales, comme celles du Golfe. À ses yeux, le controversé président émirati de la COP28 est l'homme de la situation pour appliquer une telle pression et faire en sorte qu'elles s'engagent à atteindre des objectifs environnementaux pour la fin de la décennie.

[Article publié le jeudi 6 juillet 2023 à 9h45 et mis à jour à 11h05] Le prochain sommet de l'ONU sur le climat, la COP28, aura lieu au mois de décembre à Dubaï. Les Émirats arabes unis ont été très critiqués par des ONG et élus européens et américains pour avoir choisi comme président de cette manifestation internationale Sultan al-Jaber, le patron du géant pétrolier national ADNOC. L'intéressé se défend en répondant qu'il a fondé en 2006 Masdar, société nationale émiratie spécialisée dans les énergies renouvelables, et qu'il a représenté son pays à 12 COP.

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Ce choix est aussi défendu par le PDG de TotalEnergies.

« Je sais qu'il y a du scepticisme vis-à-vis de Sultan al-Jaber... mais je pense qu'au contraire, il faut tirer parti de sa double casquette »,a déclaré Patrick Pouyanné dans sa première interview consacrée à la COP28, accordée à l'AFP.« Cette position met plus de pression sur les pays producteurs »,estime le PDG, qui le côtoie depuis près de 20 ans.

Pour Patrick Pouyanné, Sultan al-Jaber « essaie de tirer les discussions vers le haut, il sait très bien qu'il est attendu là-dessus ».

« Les Émirats arabes unis veulent que la COP à Dubaï soit considérée comme un succès »,créant« un enjeu réputationnel »,affirme-t-il.« Cela place al-Jaber dans une position de porte-parole des engagements de l'industrie pétro-gazière »,selon Patrick Pouyanné, qui voit en lui« un industriel pragmatique ».

Une vision sur les énergies fossiles qui fait débat

Sultan al-Jaber plaide pour une accélération de la production des énergies renouvelables, mais, comme Patrick Pouyanné, il soutient que les fossiles restent indispensables. Et il mise sur les technologies encore immatures de captage du carbone pour réduire les émissions de carbone responsables du réchauffement.

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« Pour lui, le problème ce n'est pas les fossiles, c'est de baisser les émissions des fossiles. Et en même temps, il dit qu'il faut accélérer la construction du nouveau système énergétique »,ajoute Patrick Pouyanné.« C'est une vision pragmatique qui répond fortement à la vision des pays émergents (...) qui disent "On a besoin d'énergies fossiles" »,souligne-t-il. Et« la demande de pétrole continue d'augmenter dans le monde ! ».

Le président de la COP28 l'a d'ailleurs rappelé ce jeudi 6 juillet à Vienne. « La demande d'énergie ne fera qu'augmenter, car un demi-milliard de personnes supplémentaires rejoindront notre planète [...]. Par conséquent, le défi critique de ce siècle est de réduire considérablement les émissions, tout en maintenant un développement durable robuste », a déclaré Sultan al-Jaber.

Le PDG de TotalEnergies est d'ailleurs plutôt d'accord avec cette vision. « On n'arrivera pas à lutter contre le changement climatique en interdisant les énergies fossiles. Le vrai sujet, (...) c'est de construire le nouveau système. Et ce n'est pas parce qu'on ferait baisser les fossiles plus vite que l'on accélérerait la construction du système nouveau », juge-t-il.

Patrick Pouyanné plaide pour inclure dans cette démarche « un maximum de pays producteurs ». « En tout cas, c'est la recommandation que je lui adresserais », insiste Patrick Pouyanné. Quant à savoir quels pays, le PDF de TotalEnergie botte en touche. « Je ne veux pas pointer du doigt un pays en particulier, mais on sait bien que ce sont les pays producteurs, notamment du Moyen-Orient », indique-t-il, avant de prévenir : « C'est par la diplomatie que l'on y arrivera ».

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Obtenir des engagements des compagnies nationales

À travers les propos de Patrick Pouyanné se dessine ce que pourrait être un résultat de la COP28 : faute d'un appel à la fin des énergies fossiles, Sultan al-Jaber pourrait vouloir multiplier les grands engagements privés de la part de secteurs économiques entiers, comme dans l'énergie, en particulier sur le méthane, l'autre grand gaz à effet de serre après le CO2.

« Là où il peut nous apporter quelque chose de très fort, c'est de faire en sorte que toutes les compagnies nationales se retroussent les manches et s'engagent à l'horizon 2030 vers le zéro émission de méthane et la réduction de leurs émissions »opérationnelles (dites de catégories ou "scopes" 1 et 2), explique le dirigeant français.

Reste que plus de 80% de l'empreinte carbone d'une entreprise pétrolière vient de la combustion de ses produits par les clients ("scope 3"). Or, ce sont principalement les compagnies occidentales qui se sont fixées des objectifs de réduction sur les trois "scopes". « Il faudrait que chaque compagnie nationale ait au moins un objectif et pas seulement les grandes majors », martèle le Français.

Selon les chiffres de 2018 de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), les compagnies nationales, détenues en majorité ou intégralement par des États (dans le Golfe, en Chine, en Iran...), ont produit plus de 50% du gaz et du pétrole dans le monde, sur leur sol ou à l'international. Les majors occidentales, elles, en ont assuré 15%.

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Ce jeudi justement à Vienne, Sultan al-Jaber a incité l'industrie pétrolière et gazière à « prendre des mesures collectives pour éliminer les émissions opérationnelles » de gaz à effet de serre. « L'ensemble de l'industrie - les majors internationales et les compagnies nationales - doit s'aligner pour atteindre le zéro net d'ici 2050 ou avant », a-t-il lancé.

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Sultan al-Jaber a aussi appelé à « accélérer » pour « atteindre des émissions de méthane proches de zéro d'ici 2030 ». « Si nous faisons cela, cela prend en charge une proportion massive des émissions » opérationnelles du secteur. Il a aussi plaidé pour « surveiller, mesurer et valider les progrès à chaque étape du processus ».

(Avec AFP)

latribune.fr

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