EDF : le démantèlement de réacteurs repoussé de plusieurs dizaines d'années

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Les réacteurs concernés, arrêtés depuis plus d'une trentaine d'années, sont implantés sur les sites de Saint-Laurent-des Eaux (Loir-et-Cher), Chinon (Indre-et-Loire) et Bugey (Ain).
Les réacteurs concernés, arrêtés depuis plus d'une trentaine d'années, sont implantés sur les sites de Saint-Laurent-des Eaux (Loir-et-Cher), Chinon (Indre-et-Loire) et Bugey (Ain). (Crédits : REUTERS/Robert Pratta)
EDF a présenté "sa volonté de mener à bien le démantèlement complet d'un réacteur avant de commencer le démantèlement des autres réacteurs"' nucléaires, selon l'Autorité de sûreté nucléaire. Le premier démantèlement complet, celui de la centrale nucléaire de Chinon, devrait être fini à l'horizon 2050.

Plombé par des dépréciations d'actions et la baisse du prix de l'énergie, EDF cherche désormais à repousser le démantèlement de certains réacteurs nucléaires à l'arrêt. Le décalage serait de "plusieurs décennies", a annoncé l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). C'est lors d'une audition datée du 29 mars 2016 qu'EDF a informé l'ASN qu'elle retenait une nouvelle stratégie de démantèlement. Selon l'ASN, "celle-ci modifie significativement la méthode, le rythme des démantèlements et les scénarios associés".

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L'ASN "a demandé à EDF de rendre public et de justifier de manière détaillée ce changement, en démontrant le respect des exigences législatives relatives au 'démantèlement dans un délai aussi court que possible' de l'ensemble de ses réacteurs".

Réaliser un démantèlement complet avant d'entamer les autres

EDF a présenté "sa volonté de mener à bien le démantèlement complet d'un réacteur avant de commencer le démantèlement des autres réacteurs, dans le but de bénéficier du retour d'expérience associé", relève l'ASN. Or, selon les dispositions législatives en vigueur, les opérations de démantèlement doivent être "mises en œuvre dans un délai aussi court que possible".

Les réacteurs concernés, arrêtés depuis plus d'une trentaine d'années, sont implantés sur les sites de Saint-Laurent-des Eaux (Loir-et-Cher), Chinon (Indre-et-Loire) et Bugey (Ain).

"On a décidé de faire évoluer notre scénario industriel de démantèlement pour ces réacteurs graphite-gaz, en particulier en ce qui concerne le bloc réacteur", explique à l'AFP un porte-parole d'EDF. Concernant les échéances, EDF parle d'un horizon 2030-2050 pour la tête de série, et de 2060 pour les autres réacteurs. D'après les calculs du Monde, le premier démantèlement d'un réacteur graphite-gaz -celui de Chinon- serait ainsi repoussé de 2037 à 2050 voire 2060. Sachant qu'EDF attend un démantèlement complet pour entamer la procédure sur les autres réacteurs, certains pourraient rester dans le paysage français encore un long moment.

>> Aller plus loin Le démantèlement nucléaire, un grand marché en devenir

(avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 03/06/2016 à 14:51 :
Les réacteurs sont faciles à construire... mais personne ne sait les démanteler !
Cela fait 30 ans qu'EDF essaie d'en démonter un petit de 70 MWe, sans y être totalement parvenu... Bah avec un peu de chance nous serons tous morts quand nos petits enfants devront se déplacer en France en évitant soigneusement les zones irradiées comme à Tchernobyl ou Fukushima.
Réponse de le 07/06/2016 à 18:17 :
Physiquement, démanteler un réacteur revient en gros à découper de l'acier et à casser du béton. Cela n'a rien de compliqué, mais cela se heurte à deux difficultés :

1) La radioactivité, qui menace les intervenants, qui a le bon goût de décroitre avec le temps, et contre laquelle on sait se protéger (en limitant les temps d'exposition, en se tenant à distance, derrière un écran d'eau et/ou de plomb) mais cela renchérit le coût d'un démantèlement par rapport à une installation classique.

2) La réglementation, et les conséquences que cela a sur les filières de déchets. D'un part une réglementation trop tatillonne peut renchérir inutilement le coût d'une filière de déchets (par exemple pour celle des déchets à très faible activité en France) et rendre difficile sa mise en place, et d'autre part elle offre des possibilités de recours administratifs sans fin à des opposants politiques. C'est typiquement le cas à Brennelis et avec la filière de déchets du Bugey.

Pourtant les questions de démantèlement ne sont pas propres à la France : Les USA ont par exemple terminé en 2008 de démanteler la centrale nucléaire de Maine Yankee, un réacteur à eau pressurisée de 900MWe très similaire à ceux de notre parc. Et pour un coût d'environ 600 millions de dollars.

Et le démantèlement n'est pas réservé à la filière nucléaire : Par exemple, l'industrie pétrolière doit régulièrement démanteler des installations dangereuses contenant des déchets cancérigènes. Elle constate parait-il des coûts de démantèlement assez proches de ceux de la filière nucléaire : De l'ordre de 15% du coût de construction.

Pour terminer, EDF démantèle actuellement 9 réacteurs de diverses technologies (UNGG, REP, RNR, eau lourde). En ce moment, elle découpe notamment le circuit primaire du réacteur de Chooz A, de la même technologie que notre parc actuel.
a écrit le 03/06/2016 à 13:27 :
EDF a tout intérêt a se spécialiser dans la fermeture des centrales de toutes sortent vu les nombre de centrales a fermer dans le monde a devenir, un énorme marché a prendre !
a écrit le 03/06/2016 à 10:55 :
Quand aux generations a venir, qu'elles se depatouilles. Les "decideurs" d'aujourd'hui mangeront les pissenlits.
Quelle inconsequence.
a écrit le 03/06/2016 à 10:18 :
En repoussant EDF crée avec la complicité de l'état les conditions d'un transferts de charge vers le contribuable.
Il suffira ensuite de fillialiser vers 2030 les activitées rentables, les coter individuellement vers 2035 et laisser une entitées avec un peu de cash et des provisions pour gérer le démantélement.
J'espére qu'à cette date, les dirigeants d'EDF, et de leurs autorité de tutuelle pourront etre poursuivit pour escroquerie et envoyés en prison.
NB: Je suis anti écologiste et pro nucléaire, mais là il sÄagit d'un abus finnancier couvert par un état ou tout le monde espére bien croquer son bout du bonus et d'un grossier sacrifice de l'intéret général aux intérets particuliers.
Réponse de le 03/06/2016 à 11:25 :
Ce n'est pas cela la raison :

- EDF a de gros besoins de financement et l'Etat refuse de lui accorder le droit d'augmenter le prix de vente de l'électricité, il faut donc trouver d'autres moyens de trouver de l'argent,
- les charges de démantèlement sont provisionnées et en repoussant la date de démantèlement effectif, l'actualisation permet de mettre moins au pot aujourd'hui.

Mais je ne crois pas qu'EDF croit un seul instant que cette option sera acceptée par l'ASN. A mon sens il s'agit plutôt de faire pressions sur les tutelles

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