Deuxième gestionnaire du réseau de transport de gaz en France, le géant Teréga a présenté jeudi 27 mai ses perspectives dans l’hydrogène, alors que l’augmentation de la production de cette source d'énergie pose la question de son acheminement. La société s’appuie sur la position stratégique de l’Hexagone, au coeur de l’Europe, pour poser les premières briques d’une future dorsale de l’hydrogène, en s'appuyant en partie sur le réseau actuel. Mais le projet n’en est qu’à ses prémices.Métamorphoser la consommation énergétique pour la décarboner, tout en s'appuyant sur l'infrastructure existante. C'est le pari sur lequel semblent miser les distributeurs de gaz, parmi lesquels Teréga - l'un des deux gestionnaires en la matière en France, avec GRT gaz -, qui travaille sur l'adaptation de son réseau de pipelines. Aujourd'hui alimentés en gaz naturel, un combustible fossile présent dans le sous-sol terrestre, ces derniers pourraient en effet acheminer demain une autre source d'énergie, aux vertus prometteuses : l'hydrogène « vert », produit par électrolyse de l'eau.
Transporté directement sur le territoire grâce à ses quelque 5.000 kilomètres de canalisations (15,8% du réseau français), il permettrait une multitude d'applications : faire carburer les camions, décarboner les procédés industriels, en passant, peut-être, par le chauffage les bâtiments. Et ce, en injectant dans les tuyaux de l'hydrogène pur, ou, entre autres, en faisant du « blending », c'est-à-dire un mélange de gaz naturel et d'hydrogène.
Une position stratégique
La stratégie était au cœur de la présentation du bilan 2020 de Teréga, qui avait lieu le 27 mai. Car si « la France a un rôle clé » en la matière, a expliqué Marie-Claire Aoun, responsable du pôle des relations institutionnelles, le gestionnaire de gaz, par sa localisation à Pau, bénéficie d'une position stratégique - proche de la frontière avec l'Espagne. Créé à l'origine pour transporter le gaz du gisement de Lacq (Pyrénées-Atlantiques) désormais épuisé, Teréga compte en effet aujourd'hui sur la collaboration dans l'hydrogène avec le pays de Cervantes, qui se lance dans la production d'une grosse quantité de cette énergie « propre » à partir de panneaux solaire.
Une démarche intégrée dans un projet de grande ampleur entre Teréga et son homologue espagnol Enagàs, baptisé Lacq Hydrogen. Concrètement, celui-ci consistera à produire 10 millions de tonnes d'hydrogène « vert » d'ici à 2030 à prix compétitif, avant de le transporter entre l'Espagne et l'Europe. Le but : devenir l'un des maillons de la future dorsale européenne de l'hydrogène.