Hydrogène, captage du CO2…, Air Liquide veut surfer sur le marché de la décarbonation

Air Liquide a dévoilé son nouveau plan stratégique pour les quatre années à venir. Il entend conquérir de nouveaux marchés en devenant un acteur incontournable de la décarbonation de la mobilité et de l'industrie. Il mise avant tout sur l'hydrogène propre avec le déploiement d'électrolyseurs XXL et de sa technologie de captage de CO2 Cryocap. Une stratégie de long terme qui s'appuie sur une enveloppe d'investissements de 16 milliards d'euros, en hausse de 45%.
L'électrolyseur de Bécancour.
L'électrolyseur de Bécancour. (Crédits : DR)

L'invasion de l'Ukraine par la Russie et son impact sur les prix de l'énergie, n'ébranle pas Air Liquide. Loin de là. Confiant, le groupe tricolore a présenté, ce mardi 22 mars, un nouveau plan stratégique ambitieux pour les quatre années à venir (2022-2025) baptisé Advance. Il s'agit avant tout "d'inventer une croissance profitable bas carbone", a expliqué François Jackow, directeur général adjoint du géant des gaz industriels, appelé à prendre les rênes du groupe en juin prochain, tandis que l'actuel PDG, Benoît Potier, conservera uniquement la présidence du conseil d'administration.

Air Liquide vise une croissance annuelle de ses ventes de 5 à 6% jusqu'en 2025, contre une croissance annuelle moyenne de 4,5% observée lors du plan Neos, qui s'est étalé de 2016 à 2019. Le groupe, qui est sensible au gaz russe "à hauteur de 15% de ses approvisionnements", se montre ainsi optimiste dans sa capacité "à passer les périodes de prix de l'énergie élevés".

Des investissements en forte hausse

Pour atteindre ses nouveaux objectifs, l'industriel prévoit d'investir quelque 16 milliards d'euros. "C'est 45% de plus que dans la phase précédente", a souligné François Jackow, en faisant référence au plan Neos, ajoutant que la moitié de ces investissements devra servir la transition énergétique.

"Dans un monde transformé par l'épidémie de Covid, et marqué par une crise géopolitique dont la dimension de tragédie humanitaire nous bouleverse, il nous faut agir au présent mais aussi continuer de préparer l'avenir", a déclaré devant la presse Benoît Potier.

Air Liquide mise avant tout sur la décarbonation de l'industrie et de la mobilité, qui représentent respectivement 18% et 25% des émissions de CO2 à l'échelle mondiale.

"Le marché de la décarbonation de l'industrie fait 10 fois la taille du marché du gaz industriel actuel", a estimé François Jackow.

Baisser drastiquement ses propres émissions

Le spécialiste des gaz entend à la fois décarboner sa propre activité et contribuer à réduire les émissions de ses clients présents dans de nombreux secteurs, de la sidérurgie à la construction automobile, en passant par l'énergie, la chimie, l'aéronautique ou encore l'agroalimentaire. L'industriel français s'est ainsi engagé à réduire ses émissions de CO2 en valeur absolue dès 2025. L'inflexion devrait s'accélérer par la suite pour atteindre une réduction d'un tiers des émissions en 2035. Air Liquide vise la neutralité carbone d'ici à 2050.

En revanche, le groupe n'a pris, pour l'heure, aucun engagement sur ses émissions de scope 3, c'est-à-dire ses émissions indirectes autres que celles liées à sa consommation d'énergie dans les processus de fabrication. "Il existe beaucoup d'incertitudes sur la façon de calculer ces émissions. La méthodologie est en cours de développement", ont argué ses dirigeants.

Tripler le chiffre d'affaires "hydrogène"

Pour diminuer drastiquement ses propres émissions de gaz à effet de serre et celles de ses clients, Air Liquide, premier producteur d'hydrogène dans le monde, table sur la production d'un hydrogène propre, grâce à l'électrolyse de l'eau mais aussi à sa technologie de captage de CO2. Baptisée Cryocap, elle permet de capter par cryogénisation plus de 90% du CO2 émis lors de la fabrication d'hydrogène produit par reformage de méthane à la vapeur.

"Nous allons investir plus de 8 milliards d'euros dans l'hydrogène à l'horizon 2035 et tripler nos ventes d'hydrogène", a souligné Benoît Potier.

Le chiffre d'affaires reposant sur cette minuscule molécule devrait ainsi passer de 2 milliards d'euros actuellement à environ 6 milliards d'euros en 2035.

Des électrolyseurs XXL

Air Liquide met déjà en musique sa nouvelle partition. Il y a un peu plus d'un an, le Français se targuait ainsi d'avoir mis en marche la plus grande unité de production d'hydrogène vert. Située à Bécancour, au Québec, l'unité de 20 mégawatts permet de produire 8 tonnes d'hydrogène par jour. En France, c'est une usine 10 fois plus puissante qui devrait bientôt voir le jour dans la zone industrielle de Port-Jérôme, près du Havre, en Normandie. Présenté comme le plus important au monde, ce futur gigantesque électrolyseur permettra de produire un peu plus de 80 tonnes d'hydrogène propre par jour.

Au total, Air Liquide opère actuellement une quarantaine d'électrolyseurs à travers le monde. "Il s'agit de changer d'échelle", a affirmé son futur patron. Pour ce faire, l'industriel a notamment noué un partenariat technologique avec l'allemand Siemens Energy. Et, pour accélérer davantage, le géant du gaz industriel n'exclut pas de faire l'acquisition de nouvelles briques technologiques. Malgré cette nette accélération, Air Liquide produit encore "très peu" d'hydrogène décarboné, qu'il soit produit par électrolyse de l'eau ou qu'il soit associé à une technologie de captage de CO2, a admis Benoît Potier. L'hydrogène propre représente donc encore une infime partie des 1,2 million de tonnes d'hydrogène qu'Air Liquide vend chaque année. "Une partie de ce plan ne sera visible qu'après 2026", a reconnu François Jackow.

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