C'est un défi immense. Et l'ancien délégué général pour l'armement (DGA) Joël Barre est comme un alpiniste, certes chevronné, mais au pied d'une montagne piégeuse et imprévisible à gravir. Loin des voies plus ou moins balisées des sommets qu'il a jusqu'ici pratiquées tout au long de sa carrière dans le domaine spatial et de la défense depuis ses débuts à la Direction générale de l'armement (1979), puis au CNES (1997), ensuite chez Snecma en 2001 (devenu Safran), et à nouveau au CNES (2007), et, enfin, lors de son retour à la DGA en tant que premier de cordée (2017-2022). Bien sûr, il a quand même dû affronter de nombreuses tempêtes, aussi violentes que soudaines, sur des grands programmes d'armement (Barracuda, Eurodrone, SCAF, char du futur MGCS...) et du spatial (Ariane 5). Mais depuis novembre, Joël Barre a accepté une nouvelle mission d'une envergure sans pareille en tant que Délégué interministériel au nouveau nucléaire (DINN), qui est sous l'autorité de Matignon.
La Délégation interministérielle au nouveau nucléaire (DINN) va aider au pilotage d'un « immense chantier qui pèse plus de 60 milliards d'euros, qui a vocation à s'étaler sur plus d'une quinzaine d'années et qui va mobiliser plusieurs dizaines de milliers d'ouvriers, de techniciens et d'ingénieurs tout au long de ce programme. C'est un des plus grands chantiers jamais construits en France depuis au moins 30 ou 40 ans, que d'avoir ces constructions de six réacteurs », rappelle-t-on à l'Élysée. Et EDF et la DINN sont déjà convaincus qu'il faut réaliser les six EPR 2 par paire, c'est-à-dire construire deux réacteurs sur chaque site en respectant le même standard pour tenir les délais. Si, initialement, le programme des six EPR a été évalué à 51,7 milliards aux conditions économiques de 2020, la facture pourrait s'envoler avec l'inflation au-dessus de la barre des 60 milliards en euros courants.