La croissance verte crée des emplois bien réels

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Ségolène Royal
Ségolène Royal (Crédits : REUTERS/Charles Platiau)
Ségolène Royal, présidente pleine d’allant de la COP21, veut aussi démontrer la réalité de la croissance verte à l’échelle nationale. Les mesures contenues dans la loi de transition énergétique doivent pérenniser et accélérer la création d’emplois enregistrée depuis 2014.

Qu'on se le dise, la croissance verte n'est pas un vain mot. Le dossier de presse le rappelle : "L'émergence de très nombreux nouveaux métiers rend le pilotage des politiques publiques plus complexe, et il est souvent délicat de savoir précisément où positionner le curseur pour soutenir une filière, sans détruire de l'emploi et sans créer d'effet d'aubaine." Mais pour la ministre, le compte est bon, et elle tient à le faire savoir dans une communication en marge du Conseil des ministres de ce mercredi.

Depuis 2014, 20.000 emplois ont été « créés ou sauvegardés » dans les filières du bâtiment, des énergies renouvelables ou de la mobilité durable, et la ministre en promet 100.000 dans les trois ans grâce aux mesures qu'elles a prises depuis deux ans et jusqu'à ces tous derniers jours.

Selon l'Observatoire de l'emploi et de l'investissement créé par Trendeo en 2009, 2015 marque une reprise, avec une progression de 72% des créations potentielles d'emplois liés aux investissements verts (par rapport à 2014). Les investissements enregistrés en 2015 présentent une grande diversité, de la fabrication de mâts d'éoliennes offshore à la construction de l'Airbus électrique E-fan, en passant par des partenariats entre Veolia et l'entreprise de ré-insertion Elise dans la collecte des déchets d'entreprises.

Les secteurs des déchets et de la chimie verte, de la mobilité propre et du stockage de l'énergie, qui figurent tous trois dans la Nouvelle France Industrielle, devraient représenter une part importante de ces créations d'emplois à venir.

Bâtiment, renouvelables, mobilité : ça redémarre

Dans le bâtiment, les travaux de rénovation énergétique ont contribué à faire progresser l'emploi de 9% depuis 2014, même si l'on reste toujours loin de la trajectoire ambitieuse affichée à l'époque du Grenelle de l'Environnement et réaffirmée depuis : la création de 500.000 emplois.

Dans les énergies renouvelables, à la peine depuis plusieurs années, et en dépit du retard français sur les objectifs à horizon 2020, les emplois ont connu une hausse de 13% entre 2012 et 2015. Le solaire semble avoir enfin surmonté les effets du moratoire qui l'a frappé fin 2010 et détruit 15.000 emplois, et l'éolien a créé 2.000 emplois pour la seule année 2014.

Ségolène Royal mise sur les appels d'offres lancés depuis 2014 dans le photovoltaïque et sur le troisième appel d'offres éolien offshore annoncé il y a quelques jours concernant une zone située au large de Dunkerque, pour entretenir cette dynamique.

Soutenues par des mesures très incitatives (jusqu'à 10.000 euros pour remplacer un diesel de plus de 10 ans par un modèle électrique ou hybride), les ventes de voitures électriques, bien qu'encore modestes, s'accélèrent enfin (+64% en 2015), entraînant un triplement de l'emploi dans la filière.

Les  « territoires à énergie positive pour la croissance verte », dont 400 sont déjà  labellisés, qui ont pour ambition de créer plus d'énergie qu'ils n'en consomment,  devraient soutenir ces créations d'emplois à travers leurs projets d'efficacité énergétique et d'énergies renouvelables. L'enveloppe dédiée à ce programme par le Fonds de financement de la transition énergétique vient d'ailleurs d'être doublée.

Des fonds pour l'innovation

Côté financement, plusieurs outils sont dédiés à des filières de la croissance verte : BPI France soutient les PME impliquées dans les projets industriels de la transition, les investissements d'avenir englobent deux programmes dédiés aux Véhicules et transports du futur et aux Démonstrateurs de la transition énergétique et écologique, tandis que l'Ademe gère le Fonds chaleur et le Fonds Déchets.

Plus anecdotique, une enveloppe de 5 millions d'euros est prévue pour le déploiement de 1.000 km de route solaire.

Mais cette route n'est pas la seule voie explorée par la ministre pour faire rimer croissance verte et innovation. La Green Tech Verte lancée en février doit ainsi permettre de mobiliser 15 millions du programme des investissements d'avenir pour accompagner 50 startups aux confins de la révolution numérique et la transition écologique : réseaux intelligents, compteurs communicants, maquette numérique, etc. Les porteurs de projets sélectionnés, incubés par le ministère, bénéficieront d'un accès privilégié à ses données et à ses expertises. Ils pourront recevoir une aide de 150.000 euros en fonds propres, et jusqu'à 500.000 pour les plus prometteurs d'entre eux.

Enfin, des hackatons seront organisés pour faire émerger les services au public que l'utilisation du numérique est susceptible d'améliorer dans les domaines de l'écologie, du développement durable et de l'énergie.

Alors qu'elle plaide auprès des autres pays, notamment en Europe, pour qu'ils passent rapidement de leurs belles promesses de décembre dernier aux actes, la présidente de la COP21 ne veut pas avoir à rougir de son propre bilan.

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Commentaires
a écrit le 07/04/2016 à 22:42 :
Toutes les études confirment en effet la création "nette" d'emplois par les énergies renouvelables, subventions minimales ou pas et y compris avec un bas prix du pétrole. Ca a été notamment très net aux Etats-Unis en 2015 avec 13 fois plus d'emplois créés que dans les autres secteurs, à minima. Donc Ségolène a raison de viser cet objectif.
a écrit le 06/04/2016 à 20:47 :
Le gouvernement et Ségolène ont objectivement entièrement raison de soutenir la transition énergétique, ne serait-ce que pour plus d'indépendance énergétique alors que l'Europe dépend à 53% des importations d'énergies fossiles. De plus la création d'emplois "nets" dans les énergies renouvelables ne cesse d'être démontrée. Aux seuls Etats-Unis, l’emploi dans l’industrie solaire a crû de plus de 20% en 2015. Ce foyer d’emploi durable affiche une bien meilleure santé que ceux des secteurs des énergies fossiles. Le solaire devient un nouveau foyer d'emploi foisonnant dans le 2e pays après la Chine, le plus pollueur de la planète. Comme le fait valoir la sixième enquête d'emploi annuel dans ce secteur, la création d'emplois dans l'industrie solaire américaine a été l'an dernier 12 fois plus rapide que dans l'ensemble de l'économie, représentant 1 nouvelle embauche sur 83. Ce foyer d'emplois a connu une croissance de 20,2% sur un an, totalisant plus de 209.000 personnes, soit 35.000 de plus que l'année précédente, et de + 123% sur ces 6 dernières années. Les employeurs anticipent une augmentation plus faible en 2016, avec + 14,7% de postes supplémentaires (30.000 nouvelles embauches), soit tout de même 13 fois plus que l'ensemble de l'économie américaine ! La réalisation de cette anticipation porterait l'emploi solaire à près de 240.000 personnes à la fin de l'année 2016. Le secteur de l'installation reste le plus employeur, avec une croissance de + 24% au cours de l'année 2015 et de + 173% depuis 2010, année de la première enquête. Il représente plus de la moitié des emplois créés dans l'ensemble de l'industrie solaire américaine. L'emploi dans le solaire se porte par ailleurs bien mieux que dans les traditionnels secteurs des combustibles fossiles, alors qu'il n'y a pas migration particulière d'un secteur à l'autre et que les énergies fossiles ont retrouvé de la compétitivité avec la très forte chute de leurs prix. En 2015, l'industrie d'extraction pétrolière et gazière a créé seulement 13.800 nouveaux emplois, tandis que le secteur de l'acheminement pétrolier et gazier en a perdu 9.500. Le solaire représente, en outre, un foyer d'emploi 3 fois plus gros que celui de l'industrie minière, qui compte moins de 68.000 personnes. L'enquête souligne le rôle qu'a joué l'action du Congrès américain pour obtenir de telles performances. Ce dernier a reconduit cette année l'Investment Tax Credit (ITC) visant à soutenir le développement du solaire à l'échelle fédérale jusqu'à 2021. Ce soutien public à l'investissement permet aussi aux entreprises de ne pas sous-payer leurs employés. Le salaire horaire médian sur l'ensemble du secteur est à 17 dollars (15,6 euros), tandis que celui des concepteurs est à 27 dollars (24,7 euros), et celui des employés du secteur de la vente du marketing, à 29 dollars (26,6 euros). Les Etats-Unis ont plus misé que d'autres pays sur l'indépendance énergétique et notamment les retombées importantes du secteur du stockage énergétique, objet de nombreuses convoitises et qui entraîne les rares secteurs des commodities en forte hausse pour de nombreuses années.
a écrit le 06/04/2016 à 16:41 :
Quand on crée un emploi vert , quel en est le niveau , quel en est la rentabilité ? 0 réponse et puis on omet de parler de la destruction fatalement plus importante des emplois non verts détruits en conséquence.
a écrit le 06/04/2016 à 14:45 :
Avec des subventions, on peut créer des emplois ...
a écrit le 06/04/2016 à 14:39 :
Ces socialistes sont les champions des emplois aidés qui n'existeraient pas s'ils n'étaient lourdement subventionnés avec l'argent de ceux qui produisent ce qu'on a réellement envie d'acheter...
Pendant qu'elle y ait, elle devrait faire l'apologie de la criminalité, qui permet de créer des emplois de policiers et de gardiens de prison !
a écrit le 06/04/2016 à 14:09 :
Ce sont les habituelles balivernes du lobby vert et de politicards en quête d'attention. Tout ceci ne veut rien dire. La France sombre et ce n'est que le début.
a écrit le 06/04/2016 à 12:24 :
Quand le ministère va t il détaxer la production de produits vert performants afin de donner du travail a nos agriculteurs et aux ouvriers en batiment pour construire et isoler maison et autres sans polluer (chanvre naturel pouvant etre produit sur sol pauvre aussi) ?

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