La France déverse chaque année 11.200 tonnes de plastique en Méditerranée

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(Crédits : Reuters)
79% de cette pollution est imputable aux activités côtières, selon un rapport du WWF. Les 22 pays du bassin méditerranéen y déversent dans leur ensemble 600.000 tonnes de plastique par an.

Si l'humanité continue à en déverser dans la nature au rythme actuel, en 2050 il y aura plus de plastique que de poissons dans les mers du monde. Voici la prophétie qui hante l'opinion publique comme les plasturgistes depuis une étude publiée en 2016 par le Forum économique mondial avec la fondation Ellen MacArthur. Ce vendredi 7 juin, veille de la journée mondiale de l'Océan, un nouveau rapport du World Wildlife Fund (WWF, Fonds mondial pour la nature) vient la renforcer.

Entièrement consacré à la Méditerranée, il pointe du doigt les quelque 600.000 tonnes de plastique qui finissent chaque année dans les eaux de l'ancien berceau de la civilisation occidentale.

Les rejets en mer imputables à 79% aux activités côtières

Tout en gérant mieux ses déchets que la plupart des autres 21 pays du bassin méditerranéen étudiés (Albanie, Algérie, Bosnie-Herzégovine, Chypre, Croatie, Égypte, Espagne, Gibraltar, Grèce, Israël, Italie, Liban, Libye, Malte, Maroc, Monaco, Monténégro, Slovénie, Syrie, Tunisie, Turquie), la France a sa part de responsabilité dans ce fléau. Première économie de la région et troisième pays en termes de population, elle est aussi la plus importante consommatrice de plastique et la principale productrice de déchets. En 2016, chaque Français en a généré 66,6 kilos par an, pour un total de 4,45 millions de tonnes, à savoir 18,6% du plastique jeté dans les poubelles de l'ensemble des 22 pays analysés.

De ces déchets français, 98% sont collectés, 76% sont incinérés ou enfouis, 22% -moins qu'en Italie, Espagne, Israël et Slovénie - sont recyclés. 80.000 tonnes de plastiques finissent toutefois dans la nature chaque année, dont 11.200 tonnes pénètrent en Méditerranée, s'alarme le WWF. Des rejets en mer qui sont imputables à 79% aux activités côtières, notamment à celles touristiques et de loisirs, et dont 9% est directement causé par les activités maritimes (pêche, aquaculture et transports). 12% est apporté par les fleuves, en particulier par le Rhône.

73 millions d'euros par an de pertes

L'impact de cette pollution est considérable, souligne le rapport, selon lequel 66% des déchets rejetés par la France reste en surface après un an, 21% revient sur ses côtes et 11% échoue sur les fonds marins. Les déchets en plastique encrassent les moteurs des bateaux et les filets de pêche, tuent la faune marine, inquiètent les consommateurs de produits de la mer, découragent une partie de touristes. Ils causent ainsi des pertes estimées par le WWF à 73 millions d'euros par an pour la France - et à 641 millions d'euros pour l'ensemble des pays de la région, alors que l'économie bleu représente 6% du PIB d'ensemble.

À cela s'ajoutent les coûts du nettoyage, qui dans les situations les plus complexes peuvent atteindre 18.000 euros par tonne de déchets collectés, et qui sont souvent pris en charge par les collectivités locales. Sans compter, en amont, l'impact environnemental de la consommation de plastique, qui en France nécessite l'équivalent de 74 millions de barils de pétrole et engendre l'émission de 35,4 millions de tonnes de CO2.

Saisir l'occasion de la prochaine loi "pour une économie circulaire"

« Il est donc impératif que les États méditerranéens prennent des mesures ambitieuses pour mettre un terme à ce fléau », conclut la présidente du WWF France, Isabelle Autissier.

L'ONG invite notamment les pays méditerranéens à négocier un accord multilatéral contraignant visant à mettre un terme aux rejets de plastique en mer avant 2030, et Paris à saisir l'occasion de la prochaine loi "pour une économie circulaire", dont un projet doit être présenté en Conseil des ministres le 3 juillet. Le gouvernement français est notamment exhorté à renforcer les mesures visant à réduire la production et l'utilisation de plastique, notamment en encourageant des modèles commerciaux fondés sur le réemploi, et à développer le recyclage. La France devrait même aller plus loin que la récente directive européenne sur le plastique à usage unique, prône le WWF.

Or, si l'avant-projet de loi "pour une économie circulaire" aujourd'hui à l'étude du Conseil national de la transition écologique (CNTE) a globalement été accueilli positivement par les acteurs du secteur, il est justement critiqué pour son manque d'ambition en matière de plastique. Aucune nouvelle interdiction d'emballages à usage unique n'y vient s'ajouter à celles déjà prévues par la loi sur la transition énergétique et par la loi Egalim. Quant aux dispositions visant à favoriser le recyclage et l'incorporation de matière recyclée, les recycleurs considèrent qu'elles auraient pu aller plus loin. Et certains acteurs craignent que le système de consigne évoqué dans l'avant-projet de loi ne finisse par être appliqué qu'en vue du simple recyclage des seuls déchets aujourd'hui bien recyclés, à savoir les bouteilles en PET. Mais les parlementaires pourraient bien par voie d'amendements, montrer davantage d'ambition. Le rapport du WWF s'adresse d'ailleurs à à eux aussi.

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a écrit le 08/06/2019 à 9:27 :
Bonjour

Dans des villages très arriérés de l’Asie , les populations brulent leurs déchets en directe avec la terre , dans leurs champs ;
Je ne suis pas chimiste mais si ce procédé est appliqué dans chaque foyer en occident ou une entreprise collecte les «  plastiques » et les brulent ?
Est ce que ça peut «  lutter » contre la pollution des mers et de l’environnement ?
Et en parallèle , interdire la production des sachets en plastique , planter plus d’arbres ...

Cordialement
a écrit le 07/06/2019 à 17:43 :
Pour attaquer à la base ce problème, il faudrait le résoudre avec les fabricants de plastiques ( industrie pétrolière de raffinage ) , qui eux sont limités. Dans quelle mesure est-ce que la recherche, avec participation de l'Etat, l'Europe etc. pourait créer des nouveaux matériaux non-polluants?
a écrit le 07/06/2019 à 16:43 :
Tout le monde à une part de responsabilité. Pour les politiques nous savons depuis des lustres que la solution est le nombre de comités bidons mis en place M. Macron ne déroge pas à la règle et sa formation ne peut que l’accentuer avec comme acteur actif de cette vaste fumisterie les ministres de l’écologie dont Mme Duflot et M. de Ruggy étant les plus beaux spécimens de l’opportuniste politique comme M. Canfin, bien loin de la fonction écologique à ce sujet je me demande encore comment fait le ministre actuel pour être encore en place. Pour ce qui est des industriels en tout premier lieu les prolifiques en matière plastique les fabricants de yaourts avec un plus pour les Soja Sun dont un des packs est encore depuis des années extérieurement encartonné soit une double pollution, situation que j’ai signalé mais que l’entreprise a traité avec mépris puisque le double emballage est toujours d’actualité. Pour ce qui des grandes surfaces nous avons celui qui aime se gargariser de leçons M. Leclerc qui lui, en autre met à disposition pour du pain tranché dans certains hypers des emballages plastiques alors qu’il suffirait une modification de l’emballage papier de base soit 2 à 3 centimètres pour mettre un terme au plastique, situation maintes fois signalé ais sans effet la pollution et Leclerc comme celle des poilues bien dans le discours moins bien dans les faits. . Bien sur le citoyen consommateur n’est pas toujours la colombe mais les acteurs économiques de production et de distribution on une grande part de responsabilité dans cette pollution qui semble bien les soucier à minima tant que le business n’en pâtit pas. La pollution a de beaux jours devant elle et les acteurs politiques, industriels doivent en faire les choux gras des diners de bien pensants sans oublier l'arme fatale des politiques d'hier comme d'aujourd'hui LA TAXE "PROPRE"
a écrit le 07/06/2019 à 12:04 :
Sur le recyclage la France est parmi les plus mauvais en Europe.
Quand on parle de concret les derniers gouvernements de Sarkozy, Hollande, Macron qui ont fait beaucoup d'affichage sur l'environnement, ont obtenu des resultats ridicules, comme sur d'autres sujets. Des mots, juste des mots et si possible des taxes.
Quand on est nul on est nul.
a écrit le 07/06/2019 à 10:44 :
C'est quand-même incroyable qu'en 2019 il existe encore des décharges pour des déchêts et que la totalité des déchêts ne soitent pas soit recyclée, soit incinérée.
Reveillons-nous au lieu de critiquer les autres et de parler.
Réponse de le 07/06/2019 à 17:19 :
Voila, Anne Sophie.
a écrit le 07/06/2019 à 9:43 :
Si on reste sur l'idée de ramasser ses déchets et de les recycler nous aurons tout faut car se sont des idées de pays riches qui au besoin se débarrassent de leurs déchets vers les pays du tiers monde, pratique ces conteneurs, ni vu ni connu et quand le bateau coule c'est grande aubaine. Je préfèrerais que les quelques pays producteurs cessent (immédiatement) de produire tous ces poisons…..Croyons en nos génies qui mettraient rapidement en place des solutions de substitution, il y aurait là une vraie politique.
a écrit le 07/06/2019 à 9:39 :
Macron peut toujours critiquer Trump sur l'accord de Paris, mais il ferait mieux de balayer devant sa porte.
a écrit le 07/06/2019 à 8:15 :
LA politique économique du low cost afin que les mégas riches gagnent toujours plus de fric sur le dos de tout le monde ne peut que générer cette société de la pollution et du gaspillage.

Mais leurs médias disent que c'est notre faute à nous histoire de bien tourner en rond sans arrêt.
a écrit le 07/06/2019 à 7:48 :
Les cycles de l'eau sont prépondérant sur le plan thermique sur Terre (évaporation / condensation), car l'humidité (océanique et arborée) absorbe jusqu'à 35 fois mieux la chaleur que l'air sec ! Donc la couverture arborée d'agroforesterie retenue indispensable sur tous nos continents et à adopter au maximum...! Où donc ? https://greenjillaroo.wordpress.com

La saleté des océans peut entraîner une baisse significative de l'évaporation maritime et de celle de la fabrication de nuages !§!
Quel organisme mondial en parle ? Le GIEC en tient-il compte ?
a écrit le 07/06/2019 à 6:29 :
On oublie le problème principal
La majorité des gens sont .... des porcs. Donc plastique carton ou autre ça ne changera rien
Que ce soit sur un bateau ou une plage ou même au bord d une rivière rien n empêche les gens de ramasser et ramener chez eux leurs déchets
Mais non ......
a écrit le 07/06/2019 à 5:26 :
Elle est a la pinte l'ecologie en France. Pays a la ramasse.

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