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ClimatEnergie & Environnement

La France en quête d'une nouvelle économie pour ses plastiques

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 22 décembre 2017 à 09:30 - Mis à jour le 22 décembre 2017 à 09:38

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Bien que ses vertus soient reconnues, le recyclage du plastique reste un défi technique comme économique. L'élaboration de la feuille de route pour l'économie circulaire lancée par le gouvernement est l'occasion pour la France de trouver des solutions.

Il est le pire élève de l'industrie du recyclage : le plastique, dont quelque 50 millions de tonnes sont consommées en Europe chaque année, mais moins de 30% recyclées. En France, la performance est même pire: un taux de recyclage inférieur à 25%, pour une consommation d'environ 5 millions de tonnes annuelles. Et ce, dans un contexte où les volumes du plastique mis sur le marché mondial sont encore destinés à croître pendant plusieurs décennies.

Pourtant, non seulement les dangers de la pollution par les déchets en plastique, qui atteignent les océans via les cours d'eau, sont de plus en plus largement dénoncés. Aussi, les avantage du recyclage de ce matériau d'origine fossiles, dans un contexte de réchauffement climatique et de raréfaction des ressources, ont déjà été prouvés: par rapport à la production de plastique neuf, celle de résines recyclées permet de couper la consommation d'énergie et les émissions de gaz à effet de serre au moins par trois, selon une étude récente.

Alors, quelles sont les raisons de ce retard, et comment les surmonter ? C'est l'un des sujets les plus complexes que devra adresser la feuille de route pour l'économie circulaire dont l'élaboration a été lancée fin octobre par le gouvernement, et qui devrait être complétée en mars 2018. Le ministère de la Transition écologique et solidaire y travaille main dans la main avec celui de l'Economie et des Finances, a souligné mercredi 13 décembre Brune Poirson, secrétaire d'État auprès de Nicolas Hulot, en conclusion d'un séminaire dédié et organisée non par hasard à Bercy.

Science et psychologie

Recycleurs, plasturgistes, metteurs sur le marché d'emballages y ont évoqué les obstacles qu'aujourd'hui rencontre le recyclage du plastique. Elles sont essentiellement techniques et économiques: alors que les résines mises sur le marché sont extrêmement variées et évoluent en permanence, "leur recyclage est une vraie science", a rappelé le directeur général adjoint en charge de l'activité recyclage et valorisation en Europe de Suez, Jean-Marc Boursier. Pour être compétitives, les matières plastiques issues du recyclage doivent en effet respecter les standards de qualité et traçabilité de celles vierges, particulièrement exigeants dans certains secteurs comme l'agro-alimentaire. Or, les volumes collectés pour chaque type de plastique sont trop souvent encore insuffisants pour justifier des investissements en recherche et développement et en nouvelles unités industrielles de la part des recycleurs, notamment lorsque les prix du pétrole sont au plus bas, et donc les résines vierges particulièrement peu chères.

A cela s'ajoute un frein plutôt psychologique : une perception encore souvent négative du plastique recyclé.

"Ses principaux ennemis sont deux: le directeur de la production, qui craint pour sa ligne, et le consommateur", a résumé Nicolas de Warren, directeur des affaires institutionnels du chimiste français Arkema.

Résultat: l'"absence d'une filière en aval pérenne et viable", qui a jusqu'à présent poussé les recycleurs à exporter en Chine la moitié des 6 millions de tonnes de plastique triées en Europe, souligne Jean-Marc Boursier.

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L'éco-conception plébiscitée

Des solutions existent pourtant, allant au-delà d'une amélioration de la collecte et en partie déjà prouvées, ont confirmé les échanges. Après le traumatisme du PET opaque, matériau encore difficilement recyclable qui s'impose de plus en plus pour les bouteilles de lait, l'éco-conception -à savoir une conception des produit qui en réduise l'empreinte environnementale et les rende plus facilement recyclables, voire réutilisables- semble rencontrer un consensus croissant en France. La Fédération de la plasturgie s'est elle-même déclarée demandeuse d'une meilleure coordination, voire d'une"co-conception", entre l'ensemble des acteurs avant toute mise sur le marché.

Une synergie d'autant plus nécessaire que le défi est de taille: deux multinationales comme Nestlé et Danone, qui travaillent déjà ensemble sur le développement d'un PET (le plastique des bouteilles d'eau) d'origine non fossile, n'arriveront pas à présenter une solution valide avant 2020, a reconnu le PDG de Danone Emmanuel Faber. Or, 80% des plasturgistes sont plutôt des entreprises de moins de 50 salariés, a rappelé la présidente de leur fédération, Florence Poivey.

Pour tenir la promesse formulée par le candidat Macron de voir recyclés 100% des plastiques d'ici à 2025, et pour répondre à l'une des principales préoccupations exprimées dans le cadre de la consultation publique organisée en novembre, le gouvernement semble donc décidé à surfer cette vague:

"D'ici 2030-2035, l'objectif serait que l'ensemble des produits en plastique soient conçus dès le départ en pensant comment les collecter, comment les trier, comment les recycler", a déclaré Brune Poirson.

Un moyen d'incitation consisterait dans une modulation de l'éco-contribution payée par les metteurs sur le marché en fonction du niveau d'éco-conception de leurs produits, a suggéré le chef de service adjoint du service produits et efficacité matière de l'Ademe, Roland Marion : une solution déjà testée avec succès pour le papier par Ecofolio.

Le frein de la demande en aval

Autre demande unanime, notamment des recycleurs: le soutien public au plastique recyclé, d'autant plus nécessaire depuis la fermeture des portes chinoises aux déchets occidentaux, qui a déjà fait croître les volumes de plastique stockés chez les recycleurs. "Aujourd'hui, c'est la demande en aval qui doit tirer le processus", a insisté Roland Marion. Pourtant, la matière recyclée constitue environ 6% du marché de plastique européen.

Plusieurs mesures sont notamment suggérées dans le cadre de la feuille de route pour l'économie circulaire par les acteurs du recyclage : de l'intégration de davantage de plastique recyclé dans la commande publique à l'imposition d'un pourcentage minimal de matière recyclée dans certaines résines, en passant par une TVA réduite pour les produits issus du recyclage. Aujourd'hui, la réglementation va parfois paradoxalement dans la direction opposée: c'est le cas de l'interdiction d'utiliser du PVC recyclé dans les canalisations télécom, a remarqué Jean-Marc Boursier.

"Un prix du carbone à 30-40 euros la tonne permettrait à la plupart des technologies de recyclage du plastique d'être compétitives", a également souligné Antoine Frérot,  le PDG de Veolia.

Elargir la gamme des plastiques recyclables

Les recettes engendrées par de telles mesures - Brune Poirson les a évoquées parmi les options de la feuille de route - permettraient de mieux financer la recherche nécessaire pour élargir la gamme des plastiques recyclables d'une manière rentable, ainsi que pour accroître la qualité des plastiques recyclés. Veolia compte par exemple investir quelque 400 millions d'euros pour multiplier par cinq ses capacités de recyclage du PHD et de polypropylène avant 2025, notamment dans les "régions les plus prêtes à l'adoption de mesures incitatives", à savoir l'Europe et l'Amérique du Nord, a expliqué Antoine Frérot. En France, pour recycler les 5 millions de plastique consommés, 5 milliards d'euros seraient nécessaires, selon Jean-Marc Boursier.

En dehors du recyclage matière, et au-delà du débat sur la pertinence de la valorisation énergétique du plastique, d'autres solutions méritent par ailleurs d'être explorées:  c'est le cas du recyclage chimique, rappelle le directeur général d'Eco-emballages, Jean Hornain, mais aussi de la transformation du plastique en biocarburant.

Les yeux tournés vers l'Union européenne

A long terme, les restrictions chinoises à l'importation de déchets occidentaux, qui aujourd'hui engendrent un stockage de plastique paradoxal par rapport aux efforts de tri, constituent d'ailleurs plutôt une opportunité pour les recycleurs comme pour les plasturgistes français, insiste la majorité des acteurs. Le producteur de films en plastique ExcelRise, qui commercialise déjà du polythène issu à 100% de la matière recyclée pour l'emballage de pack d'eau, y voit même une "bénédiction" en termes de gisement et donc de capacité à mettre sur le marché un produit "à véritable valeur ajoutée".

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Les yeux, y compris du gouvernement, restent toutefois aussi tournés vers l'Union européenne, qui doit présenter le 16 janvier sa stratégie plastique dans le cadre de son plan d'action pour l'économie circulaire. "Les choix de l'UE sont importants afin de créer l'effet d'échelle nécessaire" pour le développement du marché du plastique recyclé, a expliqué Antoine Frérot, notamment dans un contexte de marché unique qui impose des standards communs. La Commission, dont diverses directions (environnement, marché unique, industrie, concurrence) travaillent à la stratégie, promet des "mesures inédites" pour que l'Europe puisse "être leader" en matière de recyclage. Eco-conception et soutien à la recherche devraient en faire partie.

Giulietta Gamberini

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