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Recyclage du papier : "l'heure est à la rationalisation"

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 07 avril 2017 à 14:40 - Mis à jour le 07 avril 2017 à 17:43

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Au lendemain de l'obtention de son nouvel agrément sur la filière du recyclage du papier, Ecofolio a enfin été autorisé par l'Autorité de la concurrence à se rapprocher d'Eco-emballages, en charge des emballages ménagers. La directrice générale de l'éco-organisme, Géraldine Poivert, explique sa nouvelle stratégie à l'horizon 2022.

LA TRIBUNE - Le rapprochement entre Eco-Emballage et Ecofolio, à l'étude depuis plusieurs années, vient de recevoir le feu vert conditionnel de l'Autorité de la concurrence. Quelles sont les prochaines étapes?

GERALDINE POIVERT - Les Conseils d'administration des deux éco-organismes sont désormais autorisés à se pencher sur les modalités de cette fusion, et sur la réorganisation qu'elle va impliquer. Ils le feront avant la fin du printemps, alors que les assemblées générales se prononceront au début de l'été.

Quels sont les avantages de ce rapprochement?

La logique est celle de tout projet de fusion industrielle. Nous allons partager les mêmes installations ainsi que simplifier nos démarches administratives vis-à-vis de nos nombreux interlocuteurs communs. Nous allons aussi pouvoir mener désormais une stratégie multimatériaux, plus cohérente et harmonisée, et développer de nouveaux services. La nouvelle entité, qui aura la forme juridique d'une société privée dotée d'une mission d'intérêt général, agira néanmoins sur le fondement de deux agréments distincts. Les effectifs actuels seront maintenus.

Votre agrément vient notamment d'être renouvelé pour la période 2017-2022. Quelle est votre nouvelle stratégie pour ces six ans?

Cet agrément a été bâti sur la sincérité du discours économique: nous sommes convaincus que l'économie circulaire est devenue un enjeu de transition incontournable, mais nous savons également que pour attirer les industriels, la morale ne suffit pas: il faut un signal prix. Or, la collecte et le tri des déchets papier sont encore chers en France, et leurs coûts augmentent. La ressource vierge reste alors plus attractive. Il est donc indispensable de rationaliser et réindustrialiser le processus, afin de rendre compétitif le papier issu des déchets.

Comment comptez-vous notamment atteindre l'objectif de 65% de recyclage des déchets papier à la fin de ce nouvel agrément?

Notre performance progresse régulièrement: depuis sa création en 2006, Ecofolio a fait augmenter le taux de recyclage du papier et des cartons de 34% et impulsé l'intégration croissante du papier recyclé dans les activités économiques. Mais nous affichons désormais encore plus d'ambition. Le premier objectif de notre nouvelle stratégie consiste dans la rationalisation des centres de tri, en synergie justement avec Eco-emballages. Aujourd'hui, nombre de ces établissements sont trop petits et vétustes. Afin de diminuer les coûts à la tonne de déchets, il faudrait en réduire le nombre à un peu plus d'une centaine sur toute la France.

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Lire: Tri des déchets : Paprec saisit au bond la balle de l'industrialisation

Dans le même esprit de rationalisation, il va falloir également repenser les gestes de tri et les modes de collecte, qui fonctionnent selon des modèles inventés il y a des dizaines d'années, alors que les rythmes de vie ont significativement évolué depuis. La simple alternative entre collecte porte à porte et apport volontaire n'est plus d'actualité: il faut aussi ouvrir la réflexion sur des solutions de proximité, notamment en milieu rural.

Quelle place occupe l'innovation dans votre stratégie?

L'écoconception en est l'un des piliers: trop souvent la question de la recyclabilité d'un produit est posée bien trop tard. Nous travaillons sur des programmes de recherche et développement depuis 10 ans, en favorisant la concertation entre l'ensemble des acteurs, afin d'éviter les fausses bonnes idées. Dans le cadre de notre troisième agrément, nous allons poursuivre notre travail sur les alternatives aux perturbateurs de recyclage (colles, encres...), mais aussi étudier d'éventuels nouveaux débouchés pour les vieux papiers, dans la construction et la chimie verte par exemple.

Et la pédagogie?

Elle a jusqu'à présent été le premier levier de l'amélioration du taux de recyclage du papier. Nous avons mené des campagnes nationales pour montrer aux consommateurs la simplicité, l'utilité du geste de tri et les débouchés du papier recyclé. Et nous avons travaillé avec les collectivités locales afin de simplifier les consignes de tri. Nous avons également été les premiers à faire oeuvre de pédagogie auprès des producteurs, en installant un système de bonus-malus sur le calcul de l'éco-contribution: l'utilisation de fibres recyclées est ainsi promue, alors que l'emploi d'éléments perturbateurs (colle, vernis UV, encres non désencrables) est découragé. Nous allons continuer sur cette voie.

Comment seront financées ces nouvelles actions?

Dans le cadre du nouvel agrément, les associés d'Ecofolio se sont engagés à augmenter leur contribution, bien que le contexte économique de la filière papier soit délicat. Ils mobiliseront près de 500 millions d'euros entre 2017 et 2022 au service des collectivités et de la filière, ce qui représente environ 17% de plus que l'agrément précédent. Ils ont compris qu'investir dans le recyclage peut avoir un impact positif sur les choix des consommateurs. Ecofolio se doit de maximiser la création de valeurs découlant de cet investissement.

Face aux difficultés que rencontre l'industrie du recyclage, qu'est-ce qui vous pousse à rester optimiste?

Il ne faut cesser de le rappeler: au-delà de son sens écologique, l'économie circulaire est un vecteur de création de valeurs. Il y a de l'or dans nos poubelles! Certes, on manque encore de gouvernance mondiale dans ce domaine, mais le chemin est tracé: nous sommes désormais obligés d'aller vers une croissance écologique, à savoir une économie incluant les externalités. Dans ce contexte, les coûts des déchets ne doivent plus être un tabou: au contraire, ils doivent devenir un vecteur de performance, en poussant à financer les solutions qui créent de la valeur. Les réponses technologiques existent: il appartient désormais aux acteurs de collaborer et aux politiques d'impulser le mouvement.

Quel regard portez-vous notamment sur les propositions des candidats à la présidentielle dans ce domaine?

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Je suis préoccupée par l'absence de propositions autour de ces sujets, alors que les déchets coûtent plusieurs milliards d'euros par an à l'État français et tandis que nos ressources s'épuisent. Pourtant, la France a tous les ingrédients pour devenir un leader en matière d'économie circulaire: des entreprises championnes du recyclage, des collectivités territoriales à l'avant-garde, des éco-organismes matures, des lois-cadres... Nous ne pouvons donc pas passer à côté de ce rendez-vous historique ni nous priver d'une telle source de croissance. Ecofolio va d'ailleurs bientôt interpeller les candidats à la présidentielle en leur proposant des mesures concrètes et réalisables.

_____

Propos recueillis par Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

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