Malgré l'aide pour l’installation de bornes électriques, les stations-service indépendantes s'inquiètent pour leur avenir

Le gouvernement a annoncé, ce mardi, une aide à l'installation de bornes de recharge de véhicules électriques dans les petites stations-service indépendantes. Mais les syndicats, qui s'inquiètent de voir de nombreux établissements fermer leurs portes avec la transition énergétique et la baisse des énergies fossiles, restent sceptiques face à un soutien financier mal adapté pour soutenir la mutation et l'avenir du secteur.
(Crédits : Reuters)

Offrir aux automobilistes qui ont fait le choix de l'électrique de pouvoir recharger leur véhicule partout en France. Tel est l'objectif du gouvernement qui a annoncé, ce mardi, une aide à l'installation des bornes de recharge à destination des petites stations-service indépendantes.

Plus concrètement, ce sont celles qui vendent moins de 2.500 m3 de carburant par an qui seront éligibles à cette aide, soit plus de 4.000 stations-services, précise le ministère de l'Écologie dans un communiqué. Grâce aux crédits de la loi de finances rectificative du 16 août 2022, une enveloppe de 10 millions d'euros est ainsi ouverte. Les stations concernées pourront solliciter auprès de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) à partir du 1er décembre, « un cofinancement de l'État à hauteur de 60% à 70 % du coût de l'installation, selon la puissance des bornes installées (50 KW ou 150 KW) », est-il expliqué. Soit environ 60.000 à 70.000 euros sur les 100.000 à 120.000 euros de coût estimé pour une de ces bornes, selon le syndicat patronal Mobilians.

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Des contraintes financières, d'installation et de localisation

Difficile de dire combien y feront vraiment appel, mais, pour Francis Pousse, président national stations-service et énergies nouvelles chez Mobilians, à court terme, seules 400 à 500 stations-service pourraient être intéressées.

Et pour cause, malgré l'aide de l'État, l'installation représente un coût important pour les stations-service, dont certaines connaissent déjà des difficultés financières. Autre contrainte : celle de disposer d'une source d'électricité capable d'alimenter les voitures désireuses de se charger à la borne. « Le plus souvent, l'alimentation existante de la station service ne suffit pas. En d'autres termes, la quantité de courant disponible au pied de l'établissement est insuffisante et il faut aller chercher plus loin cette électricité, ce qui coûte des sous. Or, il n'y a qu'une étude menée par RTE (le gestionnaire du réseau de transport d'électricité, ndlr) ou Enedis qui permet de savoir si vous êtes éligible et à un coût acceptable », résume-t-il, pointant une rentabilité encore inconnue. « À l'inverse, une cuve de gasoil ou d'essence, avec une seule pompe, vous octroie un bénéfice de 50.000 euros et un retour sur investissement assuré », affirme-t-il. Et d'ajouter : « Je ne voudrais pas engager mes adhérents dans une mutation vers l'électrique qui les mettrait à terre. » En particulier, les plus petits.

Selon le syndicaliste, il est nécessaire d'aider au développement de la recharge électrique en priorité dans les grandes villes, puis le secteur péri-urbain, où les stations sont les plus susceptibles de rencontrer une clientèle roulant à l'électrique, et assurer la pérennité de cet investissement. Or, ce sont « les communes de densité intermédiaire ou rurales » qui sont visées par l'aide, pointe le communiqué.

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Des stations menacées par la transition énergétique

Si le secteur est prêt à entamer cette mutation, comme l'assure Francis Pousse, ce dernier craint qu'elle laisse bon nombre de stations sur le bas-côté de la route.

« Nous sommes un des métiers les plus menacés par la transition énergétique », alerte-t-il, appelant à davantage d'aides de l'exécutif.

En plus de celle annoncée ce mardi, ce dernier avait déjà accordé aux stations-service, le 22 août dernier, un premier soutien financier pour leur permettre d'appliquer la remise carburant jusqu'à la fin de l'année 2022. Une subvention d'un montant de 3.000 euros à 6.000 euros qui « a d'ores et déjà permis de soutenir 880 stations-services », s'est ainsi félicité le ministère dans son communiqué.

Mais, comme Mobilians, la Fédération française des combustibles, carburants et chauffages (FF3C) qui représente les stations-services indépendantes, demande davantage avec la création « d'un fonds d'aide permettant, notamment, la modernisation » des stations, regrettant « un geste qui n'est pas adapté aux enjeux de la transition énergétique » pour le secteur.

« On sait très bien que, malheureusement, on va perdre un certain nombre de stations à horizon de dix ans », déplore Francis Pousse qui milite pour « conserver un maillage territorial ».

L'objectif du Programmations pluriannuelles de l'énergie (PPE) étant de baisser de 35% la consommation d'énergies fossiles d'ici à 2028, certains établissements risquent de fermer leurs portes et de ne pas être remplacés faute de rentabilité suffisante, créant des « zones blanches ».

« Et ce ne sont pas les grandes surfaces qui vont installer leurs stations au milieu de la campagne », pointe Francis Pousse. « L'État met en œuvre le développement de solutions alternatives aux énergies fossiles, mais il n'y a pas d'exercice prospectif sur l'impact que cela aura sur les infrastructures de carburant classique. Or, il est clair que le réseau ne pourra pas se maintenir en l'état dans les dix à quinze ans à venir », abonde Frédéric Plan, directeur général de la FF3C.

D'autant que ce sont les zones rurales qui risquent le plus de souffrir d'une désertification alors que c'est là que le besoin en carburant, essence ou gasoil, sera le plus longtemps présent. Un « cercle vicieux » pour un secteur qui voit déjà le nombre de ses stations indépendantes fondre au profit de celles de la grande distribution.

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Commentaires 3
à écrit le 29/11/2022 à 21:04
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Je pensai que les baisses d'impôts devaient permettre aux investisseurs privés de justement investir. Que deviennent ces 24 milliards d'euros par an, pour l'élite de la nation ? Il faut que cela soit un petit fonctionnaire derrière un bureau qui assu...

à écrit le 29/11/2022 à 19:16
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"pouvoir recharger leur véhicule partout en France" On espère qu'un jour dans ce millénaire, l'état pourra le faire. Quand je voie le flux sur un autoroute le week-end ou lors des vacances d'été, il est clair que la discrimination sera sévère. Les...

le 30/11/2022 à 9:48
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Sans oublier ,que lorsque le mercure est inférieur à 0 °C, le rayon d’action diminue de 10 à 50 % selon les modèles et l’intensité de la vague de froid.

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