Nucléaire : "Il faudrait 50 EPR d'ici à 2060, un scénario 100% renouvelables n'est pas réaliste" (André Merlin, fondateur de RTE)
Propos recueillis par Marine Godelier
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André Merlin
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... nergétiques 2050 » présentés en octobre dernier par RTE, sur lesquels s’appuient notamment Emmanuel Macron mais aussi d’autres candidats à l’Elysée. Il estime notamment que le scénario 100% énergies renouvelables « n'est pas réaliste en l'état de nos connaissances » et que « RTE a été incité » à l'élaborer et « orienté pour des raisons politiques ».
LA TRIBUNE - Il y a quelques jours, le Conseil supérieur de l'énergie (CSE) a rendu un avis défavorable sur la décision du gouvernement d'augmenter le volume d'électricité qu'EDF devra vendre à prix cassés à ses concurrents en 2022 afin de faire face à la flambée des prix de l'énergie. De son côté, la Commission de régulation de l'énergie (CRE) a défendu cette mesure, son président Jean-François Carenco laissant entendre qu'EDF aurait, sans ce dispositif, bénéficié d'un important effet d'aubaine. Qu'en pensez-vous ?
ANDRÉ MERLIN - D'abord, le fait que le CSE s'oppose à une décision du gouvernement est absolument exceptionnel. Mais personnellement, j'irais encore plus loin : au-delà de ce relèvement du plafond pour 2022, je considère que ce dispositif de vente par EDF d'une partie de sa production à prix bradés constitue, à l'origine, une fausse bonne idée pour accroître la concurrence et faire baisser les prix pour les consommateurs. En quelques mots, on parle là de l'Accès régulé à l'électricité nucléaire historique (ARENH), qui est l'obligation faite à l'opérateur historique de vendre à « prix coûtant » 100 milliards de kWh d'énergie nucléaire à ses concurrents chaque année, soit autant que ces derniers n'auront pas à acheter sur le marché dérégulé de l'électricité. Proposé en 2009 par l'administration française, ce mécanisme apparaissait à l'époque comme un moyen d'accroître le nombre de fournisseurs, étant donné qu'EDF se trouvait en position dominante.
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J'avais alors émis des réserves : dans un marché qui fonctionne à l'échelle européenne, il était clair que ce dispositif dérogeait aux règles de la concurrence. Pourtant, dès 2010, le gouvernement l'a introduit dans la loi NOME. Mais il a fallu deux ans pour que la Direction générale de la concurrence de la Commission européenne donne son feu vert. Sans doute l'a-t-elle fait pour multiplier le nombre d'acteurs sur le marché français. Sur ce point, force est de constater que cela a fonctionné : près de 80 fournisseurs d'électricité opèrent actuellement en France. Or, en 2010, on ne trouvait, aux côtés d'EDF, que GDF Suez et quelques opérateurs étrangers, comme Eni ou Iberdrola.
Propos recueillis par Marine Godelier