EDF revoit aussi à la baisse sa production nucléaire pour 2023

En raison d'arrêts dus à des problèmes de corrosion et des opérations de maintenance et de contrôle, EDF a de nouveau abaissé cette semaine sa prévision de production nucléaire pour 2022. Elle sera finalement de 295-315 TWh. Les estimations pour 2023 sont aussi d'ores et déjà réduites. En parallèle, le Conseil d'Etat a donné un avis favorable au projet de nouvelle centrale en Guyane.

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Au-delà du problème de corrosion s’ajoute la moindre disponibilité du parc nucléaire, liée à un calendrier de maintenance chargé, en outre perturbé par les confinements de 2020.
Au-delà du problème de corrosion s’ajoute la moindre disponibilité du parc nucléaire, liée à un calendrier de maintenance chargé, en outre perturbé par les confinements de 2020. (Crédits : Reuters)

Les annonces se suivent et se ressemblent. En janvier, déjà, EDF a abaissé sa prévision de production nucléaire pour 2022 de 330 à 360 TWh à finalement 300-330 TWh (térawattheures). La raison ? Des problèmes de corrosion identifiés ou soupçonnés affectant le système de sécurité de certains réacteurs.

Moins d'un mois plus tard, il s'agit donc d'une nouvelle prévision de réduction. Lundi 7 février, le groupe a indiqué, par communiqué, « ajuster son estimation de production nucléaire 2022 » désormais à 295-315 TWh, « dans le cadre de son programme de contrôles sur le parc nucléaire ».

« Nous avons poursuivi les investigations sur les réacteurs » et « cela nous amène à anticiper certains arrêts et à en poursuivre d'autres », a précisé à l'AFP un porte-parole d'EDF. Au-delà du problème de corrosion s'ajoute la moindre disponibilité du parc nucléaire, liée à un calendrier de maintenance chargé, en outre perturbé par les confinements de 2020. Sur les 56 réacteurs du parc nucléaire français, cinq sont déjà à l'arrêt, pour certains jusqu'à la fin de l'année. Selon le gestionnaire du réseau électrique (RTE), le planning actuel prévoit qu'entre neuf et treize réacteurs seront à l'arrêt au cours du mois de février, selon les semaines.

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Vigilance sur l'approvisionnement en électricité

EDF a engagé un réexamen documentaire des contrôles effectués dans le passé sur l'ensemble du parc. Selon les résultats de cette revue, il faudra peut-être réaliser des contrôles physiques sur des réacteurs si des soupçons de corrosion apparaissent, puis des réparations en fonction des résultats de l'inspection. Si le problème apparaissait sur un réacteur en fonctionnement, cela pourrait donc nécessiter sa mise à l'arrêt.

L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avait jugé que les problèmes de corrosion constituaient un "événement sérieux". Outre le manque à gagner pour EDF, ces problèmes accroissent la tension sur l'approvisionnement électrique de la France cet hiver.

Le gestionnaire du réseau électrique RTE a indiqué début février maintenir sa « vigilance sur la fin de l'hiver » pour l'approvisionnement, en raison d'un nombre élevé de réacteurs nucléaires à l'arrêt, tout en notant que « les prévisions météorologiques sur la période sont favorables ».

« On est sur un risque qui est maîtrisé, pour autant il faut bien se dire que la disponibilité de notre parc de production pendant cet hiver de manière générale est extrêmement contrainte », a souligné Thomas Veyrenc, directeur de la stratégie et de la prospective de RTE.

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Baisses déjà annoncées pour 2023

La semaine n'est pas encore terminée qu'EDF a fait de nouvelles annonces ce vendredi 11 février. Cette fois concernant 2023. « EDF ajuste son estimation de production nucléaire pour 2023 à 300-330 TWh contre 340-370 TWh précédemment », indique le groupe.

Cet abaissement s'explique par « un programme industriel chargé, avec 43 arrêts de réacteurs pour maintenance et contrôle, dont 6 visites décennales, auquel s'ajoutent 4 arrêts programmés démarrés en 2022 qui se poursuivront en 2023 ». La prévision tient aussi compte « de la poursuite du programme de contrôles et de réparations des tuyauteries potentiellement concernées par le phénomène de corrosion sous contrainte, dont l'instruction se poursuit ».

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FEU VERT POUR LE PROJET DE NOUVELLE CENTRALE EN GUYANE

En parallèle, jeudi 9 février, le Conseil d'État s'est penché sur le cas de la centrale du Larivot en Guyane, qui doit remplacer l'actuelle centrale thermique vétuste dont la fermeture est prévue en décembre 2023. Les travaux de construction avaient été suspendus en septembre 2021 par le tribunal administratif de Cayenne. Saisi par les associations France Nature Environnement et Guyane Nature Environnement, le juge des référés avait émis « un doute sérieux sur la légalité du projet ».

Le juge des référés de Guyane avait opposé « l'urgence climatique » et les objectifs nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) à l'autorisation environnementale accordée en octobre 2020 par le préfet de Guyane à EDF qui « prévoit l'usage du fioul domestique » pour sa future centrale. « Si l'État et EDF ont fait valoir que la centrale fonctionnera dès 2024 à la biomasse liquide, ils n'ont pas été en mesure de prouver cette allégation », précisait-il.

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Pour le Conseil d'État, « il n'y a pas lieu de confronter directement » l'autorisation environnementale, qui avait reçu un avis défavorable de la commission d'enquête, « au code de l'énergie » qui fixe à la politique énergétique nationale l'objectif d'une réduction des émissions de GES. Le Conseil d'État a aussi écarté toute entorse à la loi Littoral de ce projet de la grande agglomération cayennaise, dans un secteur peu urbanisé de bord de mer.

Dans un communiqué, le président de la collectivité territoriale de Guyane, Gabriel Serville, s'est dit jeudi "satisfait" de la décision. « Cette centrale, il faut la faire » avait soutenu récemment la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, en déplacement en Guyane.

« C'est une décision de justice en défaveur de la protection de l'environnement mais que l'on accepte (...) C'est loin d'être la fin de la bataille juridique », a réagi jeudi par communiqué Guyane Nature Environnement.

Le tribunal administratif de Guyane devra se prononcer sur le fond du dossier dans les mois prochains au regard des enjeux environnementaux.

(Avec AFP)

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Commentaires 2
à écrit le 11/02/2022 à 16:22
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super bonne nouvelle pour la nouvelle centrale nucleaire en Guyane. On va pouvoir photografier des nouveaux insectes mutants tropicaux pres des centrales nucleaires et enrichir la collection de l artiste Hesse-Honegger, brave dame de 77 ans

à écrit le 11/02/2022 à 16:20
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Un bon moyen de faire comprendre que sans le nucléaire, c'est pénurie de "jus"assuré. C'est ou Nucléaire ou Décroissance.

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