Plus de 100 milliards d'euros par an, le prix de la pollution de l'air en France

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(Crédits : © Gonzalo Fuentes / Reuters)
Le coût sanitaire de ce fléau serait notamment compris entre 68 et 97 milliards d'euros, relève un rapport d'une commission d'enquête du Sénat publié mercredi. Ségolène Royal promet des "mesures extrêmement fermes".

Publié le 15/07/2015 09:37. Mis à jour le 15/07/2015 à 15:37.

Dépenses de santé, absentéisme dans les entreprises, baisse des rendements agricoles, ou encore perte de la biodiversité, entretien des bâtiments dégradés... ce sont tant de conséquences de la pollution de l'air en France qui pèsent lourd sur l'économie du pays. Un coût qu'une commission d'enquête du Sénat a tenté d'évaluer dans un rapport rendu public mercredi 15 juillet: elle a conclu qu'il s'élèverait à plus de 100 milliards d'euros par an.

Certes, "l'air est globalement moins pollué", constate le rapport, dont le titre est "Pollution de l'air: le coût de l'inaction". Mais "la pollution a changé de nature", s'alarme-t-il: moins localisée au niveau des sites industriels, elle est aujourd'hui plus diffuse, via les transports, le chauffage, l'agriculture et l'air intérieur. Ainsi, désormais, elle "n'est pas qu'une aberration sanitaire", mais aussi "une aberration économique", indique la commission d'enquête, présidée par Jean-François Husson (LR) et dont la rapporteure est Leila Aïchi (Ecologiste).

Les effets sanitaires de certains polluants encore mal connus

Dans le détail, le coût sanitaire total de la pollution atmosphérique serait compris "entre 68 et 97 milliards d'euros" par an, retient le rapport, qui exploite les données du programme "Air pur pour l'Europe" de la Commission européenne. Si l'impact sur le système de santé français est estimé "a minima" à 3 milliards d'euros, en incluant les dépenses pour traiter l'asthme, certains cancers ou encore les frais d'hospitalisations, le coût global "est largement sous-estimé", indique à l'AFP Leïla Aïchi, pour qui la France "est en retard" et "manque de recherches sur cette question". Les effets sanitaires de certains polluants sont en effet mal connus, notamment 'l'effet cocktail' de la présence de plusieurs agents.

Pire encore, selon les professionnels de la santé interrogés, un français sur deux devrait être confronté à une infection asthmatique d'ici 2050. Le coût global des traitements de l'asthme et des cancers imputables à la pollution de l'air est évalué à 1,3 milliards d'euros au maximum par l'Afsset.

Le coût non sanitaire lui, est estimé à 4,3 milliards d'euros. A elle seule, par ailleurs, la pollution de l'air intérieur représente un coût de 19 milliards d'euros par an, relève le rapport.

Une législation encore insuffisante

Pour sortir de cette inaction coûteuse, la commission plaide donc pour "une véritable fiscalité écologique" ainsi que pour "compléter les normes existantes", mal définies ou ne couvrant pas tout le champ des polluants connus. Elle énumère notamment 61 mesures.

Dans l'agriculture, la commission recommande ainsi d'étudier spécifiquement les causes de la surmortalité des agriculteurs du fait de certains types de cancers et de mieux contrôler les dispersions de polluants. Dans les transports, elle préconise l'alignement progressif jusqu'en 2020 de la fiscalité de l'essence et du diesel, ainsi que la mise en place d'une taxe sur les émissions d'azote, d'oxyde d'azote et de particules fines. Le rapport veut également accélérer le soutien aux transports propres: véhicules hybrides et électriques, fret ferroviaire, roulage des avions.

"Il ne faut plus que les gens rouspètent"

La ministre de l'Écologie Ségolène Royal annoncera "la semaine prochaine" des "mesures extrêmement fermes" de lutte contre la pollution de l'air, après la publication d'un rapport parlementaire évaluant son coût à 100 milliards d'euros par an en France.

"La semaine prochaine, je vais rendre publiques les décisions que l'Etat va prendre. Il ne faut plus que les gens rouspètent, que les gens disent 'ce n'est pas le moment, on verra demain'. Il faut aussi que les maires des grandes villes prennent leurs responsabilités dès lors que la loi de transition énergétique va leur donner des moyens d'agir, notamment pour créer des zones de restriction de circulation", a déclaré Ségolène Royal dans la cour de l'Elysée, au sortir du Conseil des ministres.

Et de renchérir, s'appuyant sur le rapport dont elle "salue la qualité":

"Il y a à la fois la pollution par le transport, par les voitures, le diesel, l'essence, etc. Donc il faut déployer les véhicules électriques. Il y a les pollutions agricoles avec les pulvérisations de produits chimiques qui sont enduites rabattues sur les gens et les habitations. Et puis il y a les pollutions industrielles pour lesquelles, maintenant, il faut que les règles soient appliquées et respectées", a poursuivi la ministre.

Des réglementations, mais pas d'écologie "punitive"

Il ne faut pas avoir "une vision globale" des problèmes de pollution, mais une vision locale, puisque "la pollution en Île-de-France n'est pas similaire à celle de Lorraine", affirme Jean-François Husson, président de la commission d'enquête. Et s'il ne s'agit pas de faire de "l'écologie punitive", la réglementation sera toutefois "le premier facteur qui permettra de lutter contre la pollution".

Les réglementations, elles, concerneront par exemple les transports routiers, soit l'essence et le diesel. A l'horizon 2020, la taxe devra augmenter de 17 centimes.

"L'Europe a une compétence particulière pour lutter contre la pollution, mais aujourd'hui, l'Etat doit être au rendez-vous, martèle-t-il.

La France : mauvais élève européen

En outre, les coûts estimés par la commission d'enquête - à hauteur de 101,3 milliards d'euro, seraient "largement sous-évalués". Tandis que l'Europe comptabilise plus d'une quatre-vingtaine de polluants, le coût sanitaire français lui, a été estimé en s'appuyant sur deux polluants seulement (l'azote et les particules), le coût non sanitaire sur un seul polluant, et le coût sanitaire de l'air intérieur sur six polluants. De plus, de nombreux coûts résultant des arrêts de travail liés à la pollution ne peuvent pas être précisément analysés.

La France reste cependant le "mauvais élève" européen, et le simple fait de respecter les normes européennes concernant la pollution engendrerait des économies :

"A l'échéance 2030, si l'on respecte les nouveaux plafonds d'émission nationaux proposés dans le cadre de la révision de la directive européenne, et si l'on appliquait les règles de l'OMS concernant la pollution, la France effectuerait des bénéfices sanitaires annuels d'environ 17 milliards d'euros, pour un coût de réduction estimé à 6,4 milliards d'euros par an, soit un gain net de 11 milliards d'euros net par an", affirme le rapport.

Chaque année, la pollution causerait près de 50.000 décès par an, un peu moins que le tabac (70 à 80 000 décès), et que l'alcool (50 000 décès), mais davantage que ceux dus aux accidents de la vie courante (15 à 20 000 décès).

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Commentaires
a écrit le 20/07/2015 à 10:01 :
Le titre: "Plus de 100 milliards d'euros par an"
La 1ère ligne: "Le coût sanitaire de ce fléau serait notamment compris entre 68 et 97 milliards d'euros"

Soit on nous lance encore des chiffres bidons et invérifiable soit je dois devenir nul en Math...
a écrit le 16/07/2015 à 6:26 :
Un pic de pollution,un rapport d’un comité Theodule qui annonce le chiffre terrifiant invérrifiable de 100 millards :le décor est en place , manque plus que l’actrice toute heureuse de monter en scéne:Royal va nous annoncer une grosse taxe sur le gaz oil histoire en fait de rattraper l’abandon de l’écotaxe :il faut bien compenser la gabègie des dépenses.
a écrit le 15/07/2015 à 20:35 :
C'est incroyable, on nous refait le coup du nuage de Tchernobyl et personne ne dit rien.
Le nuage de pollution des centrales électriques au charbon dont le nombre a été multiplié par 2 au minimum dans les 10 dernières années, pollue l'Allemagne bien sûr ( les grünen s'en plaignent) mais ne passe pas les frontières françaises. Cette cause de pollution ne fait pas partie de notre vocabulaire. Peut-être on n'a pas le droit de critiquer le modèle Allemand.
a écrit le 15/07/2015 à 18:45 :
On part de la conclusion et on habille avec des chiffres auxquels on fait dire tout et n'importe quoi en fonction des exigences du moment. Les chiffres en plus sont astronomiques pour faire peur au chaland (c'est la faillite grecque tous les ans, même tous les 6 mois).
Du gros pipeau en quelque sorte
a écrit le 15/07/2015 à 17:23 :
Une etude rendue juste à temps pour que ex mme Hollande puisse sortir ses nouvelles mesures.Si le sérieux de cette étude est à l'image de l exemple du ravalement du pantéon dont le cout serait passé de 90 000 euro ( pas cher mon fils ) à ... 900 000 du simple fait de la pollution ( MDR ) , eh bien on est dans ud grand n importe quoi ( pour la bonne cause ... bien sur ).
a écrit le 15/07/2015 à 15:15 :
Lorsque Sarkozy a imposé un jour non payé pour les congés de maladie des fonctionnaires (contre 3 jours dans le privé), l'absentéisme de courte durée des fonctionnaires a baissé de 40%. Lorsque les socialistes ont supprimé ce jour de carence, l'absentéisme est remonté. Conclusion: le jour de carence réduit la pollution. Voilà une mesure économique pour réduire la pollution
Réponse de le 16/07/2015 à 7:18 :
l'utilité de cette mesure reste à prouver. Les habitués des arrêts en prenait/prennent toujours autant en revanche ils durent plus longtemps. Par contre ceux comme moi qui n'en prennent quasiment pas, là oui il est vrai qu'on les a encore plus réduits. Par contre moi en parallèle a cette mesure, j'ai cessé certains vaccins comme celui de la grippe. L'année dernière je l'ai choppé; et je ne suis bien évidemment pas aller voir le médecin... Du coup j'ai bien partagé; le service est devenu vite très peu utile. Et tous çà juste pour un arrêt de trois jours qui aurait pu suffisamment m’isoler. C'est pas gentil, mais si la plupart des employés faisait cela aussi, la mesure serait vite retiré. Il ne sert à rien de râler alors qu'on a encore quelques moyens de faire changer les choses. Que croyez vous que les politiciens ferait si une simple grippe paralysais toute l'économie de notre pays pour 1 à 3 jours de carence?
a écrit le 15/07/2015 à 15:09 :
Il y a du vrai dans l'article, mais la photo ne prouve rien, car le temps brumeux donne la même image que le nuage de pollution. Allez faire un tour dans la Manche par temps de brume, c'est pire, et sans pollution.
a écrit le 15/07/2015 à 12:44 :
La rédaction aurait du mettre une photo de Pékin et pas une de Paris !! c'est mauvais pour le tourisme et pour l'image de la Ville-Lumière, on y voit presque pas la tour de Gustav, quoi ! quelle horreur !!
a écrit le 15/07/2015 à 11:53 :
Avant de reprocher au commun des citoyens l'utilisation de leur voiture pour aller faire leur courses ou aller travailler, combien nous a couté le voyage de Mr Valls pour aller voir le Barca en Allemagne?
Et combien vont nous couter les JO si Paris est retenu?
A mon avis dans le premier cas la pollution est une question de survit car je ne vois pas qui pourrais continuer à vivre sans manger et travailler, dans le second, c'est du luxe et du loisir et là oui on pourrait largement les taxer...

Mais bon vous ne vous taxerez jamais !
a écrit le 15/07/2015 à 11:45 :
Encore une étude à l'envers. On part du résultat souhaité, et on cherche comment l'atteindre. Méthode EELV!
Réponse de le 15/07/2015 à 14:21 :
Pipeautage et imagination sont les deux mamelles de la politique...
A qui profite ce crime ?
Quels intérêts se cachent derrière ces fables ?
a écrit le 15/07/2015 à 11:26 :
La mise en place d'une taxe sur les émissions d'azote, d'oxyde d'azote et de particules fines. c'est surtout cela le vrai but du gouvernement pas de la pollution, ou trouver des nouvelles taxes sur les pigeons ???

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