Pollution en Chine : "Le chemin est encore long pour obtenir un air de qualité"

 |   |  872  mots
Le Premier ministre chinois, Li Keqiang (ici en octobre 2014), a présenté la contribution de la Chine à la lutte contre le réchauffement climatique au chef de l'Etat français, François Hollande, à cinq mois de la conférence de Paris sur le climat (COP21).
Le Premier ministre chinois, Li Keqiang (ici en octobre 2014), a présenté la contribution de la Chine à la lutte contre le réchauffement climatique au chef de l'Etat français, François Hollande, à cinq mois de la conférence de Paris sur le climat (COP21). (Crédits : REUTERS/Stefano Rellandini)
À cinq mois de la 21e Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 21), à Paris, et qui doit accoucher d’un accord international sur le climat, les regards se tournent du côté de la Chine. Son économie est asphyxiée par sa dépendance au charbon qui couvre 65% des besoins en énergie du pays. Le pays représente à lui seul 25 % des émissions de gaz à effet de serre de notre planète.

En novembre dernier à Pékin, les Etats-Unis et la Chine, les deux plus gros pollueurs de la planète annoncent un accord commun que l'on qualifie d'historique. Washington s'engage alors à réduire d'un peu plus de 25% leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) à l'horizon 2025, tandis que la Chine doit s'efforcer de plafonner ses propres émissions de GES vers 2030, avant de les faire décroître. Depuis, les engagements publics de la Chine étaient très attendus.

Mardi 30 juin, le Premier ministre chinois Li Keqiang a profité de sa visite dans l'Hexagone pour confirmer que son pays s'engage à atteindre le pic de ses émissions de CO2 "autour de 2030", tout en indiquant qu'il s'efforcerait d'y parvenir plus tôt. François Hollande n'a pas tardé à réagir, saluant l'engagement de Pékin à construire "une civilisation écologique". Mais ces engagements sont-ils réalistes ?

En Chine, le charbon couvre 65% des besoins en énergie du pays.

Pour Tu Yonghong, directrice adjointe de l'International Monetary Institute à la Renmin University à Pekin (RDCY), et membre du Think 20, groupe de réflexion du futur G20 en Turquie, la Chine doit jongler entre engagements et impératifs économiques :

"Certes, nous savons que le charbon reste la principale ressource énergétique en Chine. Mais le ratio a été largement réduit comparé aux années précédentes. Le gouvernement et la population cherchent toujours à maintenir un équilibre entre les enjeux environnementaux et l'économie, mais il ont certainement besoin de plus de temps".

Tout un modèle économique et industriel s'est construit sur le charbon qui couvre 65% des besoins en énergie du pays.

 "La Chine cherche à acquérir les technologies  qui ont une grande efficacité énergétique et de combustion qui pourront permettre d'assurer les besoins énergétiques tout en réduisant sa dépendance au charbon", détaille Tu Yonghong.

Si la Chine ne le dit pas officiellement, le pays aura certainement besoin de plus de temps pour convertir son industrie à une économie moins polluante, et mettre en place , cette "révolution copernicienne" énergétique. Selon Tu Yonghong, les autres énergies pourraient connaître une croissance rapide. Elle assure que les freins à l'utilisation des énergies nouvelles, qui existaient par le passé, à l'instar des éoliennes, ont été levés :

« La réduction du ratio de charbon pour assurer les besoins énergétiques chinois se fera sur le long terme. L'économie qui repose sur une pollution élevée va se poursuivre quelque temps, puis le secteur des industries non-polluantes va connaître une phase de développement rapide et de croissance stable ».

La Chine encourage les autres types d'énergie, y compris le nucléaire?

La Chine a d'ores et déjà commencé à diversifier son approvisionnement en énergie : générateurs electro-hydrauliques, gaz, gaz naturel liquéfié sont encouragés dans le pays depuis des années, assure l'universtaire chinoise.

« La photo-thermique, la photovoltaïque et l'énergie éolienne sont aussi mis en avant depuis une dizaine d'années. Et depuis deux ans, on parle de nouveau du nucléaire », détaille-t-elle.

Mardi 30 juin, la Chine a d'ailleurs fait savoir qu'elle souhaitait « porter la part de (ses) énergies non fossiles dans la consommation énergétique primaire à environ 20%".

Mais l'investissement dans les centrales à charbon ne baisserait pas...

Cette nouvelle stratégie permettra à l'Etat chinois d'augmenter ses recettes. Le gouvernement développe des industries qui visent à promouvoir les énergies propres et devraient générer de nouveaux revenus fiscaux, assure Tu Yonghong.

Mais si les annonces officielles fusent, des mesures concrètes ont-elles été prises par Pékin ? Certes, en mars, la capitale a fermé ses centrales de charbon qui asphyxiaient la ville. Pourtant l'ONG China Carbon Forum basé à Pékin assure que le pays continue d'investir dans les centrales du charbon, à l'ouest du pays moins peuplé...

Le documentaire écolo de Chai Jing interdit par le pouvoir chinois

La Chine joue t-elle un double jeu ? En mars dernier, c'est un documentaire signé par une célèbre journaliste chinoise Chai Jing, « Under the dome », qui fait état de la pollution atmosphérique dans le pays. Le film est alors visionné 155 millions de fois, et affole les réseaux sociaux.

On y apprend -entres autres- que, dans la région du Shanxi, 80% des fleuves sont pollués, et que, en 2014, Pékin a comptabilisé 175 journées noyées dans le fameux smog, un épais brouillard de pollution. Mais ce que dénonce surtout le film, c'est l'impuissance et la soumission de l'Etat qui se plie devant les acteurs du charbon et du pétrole.

Une lecture qui n'est pas nécessairement celle de Tu Yonghong, pour qui « la question est économique et non politique ». Sur la question du climat, la Chine doit faire face au principe de réalité, et faire preuve de pragmatisme économique.

"Pour assurer une réduction rapide des émissions, il faudrait une fermeture massive des entreprises polluantes, sauf que les taxes chuteraient de manière vertigineuse. La Chine a préféré prendre un chemin moins radical », tente de justifier l'universitaire.

« Mais le chemin est encore long pour obtenir un air de qualité", souffle-t-elle, en marge d'une réunion préparatoire au G20 d'Ankara...

___

| Pour aller plus loin:

"Under the Dome", le documentaire de Chai Jing (sous-titré en français)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 02/07/2015 à 22:15 :
Merci pour le documentaire, je vais regarder.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :